Quels métiers pour demain ?

Quels métiers pour demain ?

© Castes Industrie

 

Alors que la menuiserie industrielle et le secteur du verre poursuivent leur transformation digitale, les compétences évoluent pour donner naissance à de nouveaux métiers.





Des jobs plus pointus

 

Parmi les métiers et l’industrie du futur : la cobotique (collaboration homme-robot directe ou téléopérée) – (à g.) test d’exosquelettes chez Castes Industrie – et le développement du numérique, (à dr.) le concept de maintenance VisualAssistance greffé par Kasto à des lunettes connectées, une interface beaucoup plus pointue et intuitive entre l’utilisateur et les fonctions d’application.

 

 

BIM, objets connectés, cobotique, usines 4.0… les outils au service du bâtiment se digitalisent et les produits deviennent de plus en plus intelligents, exigeant des hommes qui les conçoivent, les produisent et les posent, de nouvelles compétences.

 

 

© Union des Transformateurs de Verre Plat

 

Christian Le Devehat, délégué général de l’Union des Transformateurs de Verre Plat.

 

 

Lorsque Constant Marandel, président du groupe E.A.SY (Entreprise Acra Systèmes), société spécialisée dans la conception automatisée de machines destinées à la production de volets roulants, lance son offre de location longue durée afin de permettre aux entreprises de s’équiper de machines, il opère un changement de paradigme qui en dit long sur les mutations du secteur et des métiers. A l’image de l’industrie automobile qui s’est tournée vers plus de services et de nouvelles solutions de financement appréhendant désormais la mobilité dans son ensemble, le bâtiment entre dans une nouvelle ère. Le contexte s’y prête car sous l’influence des grandes évolutions sociétales, il doit répondre aux enjeux énergétiques et environnementaux, et ne plus se contenter de construire, mais développer des services à valeur ajoutée.

 

 

Influence numérique

 

La menuiserie industrielle et le secteur de la transformation du verre n’échappent pas à la tendance. « L’impact du numérique, la vague de robotisation, l’arrivée de la 5G, modifient la gestion des flux de production. ainsi que les stratégies d’achat et de relation clients des entreprises », constate Christian Le Devehat, délégué général de l’Union des Transformateurs de Verre Plat (UDTVP), branche de la FFPV. Le bâtiment aujourd’hui, et à plus forte raison demain, doit apporter une réponse énergétique et environnementale, ce qui modifie la façon de le concevoir, de le construire et de l’entretenir. Conséquences, une nouvelle génération – en termes de compétences – de salariés devrait peupler les usines comme les bureaux. « Il ne s’agit pas de changer les personnes mais de les former, de les sensibiliser à la gestion de la data, aussi bien au niveau de la production que de la relation clients », précise Christian Le Devehat. Car la data va impacter la relation clients, de la prise de commande à la livraison, et même à la maintenance des produits, qui mute aussi grâce à la réalité augmentée. « Par exemple », avance Christian Le Devehat, « pour déposer les données dans les bases et alimenter les modèles numériques, les compétences de gestion des fiches FDES sont nécessaires ». Dans les ateliers, l’arrivée de la 5G accélère les transferts de flux, favorise les interactions et optimise la production. Le développement des outils numériques et l’essor du BIM font émerger de nouveaux jobs. Du BIM manager en charge de la gestion de la maquette numérique au chef de projet IoT pour le développement de produits connectés ! Sans oublier toutes les thématiques liées à la gestion des données (avec les chief data officer), la cybersécurité (et ses consultantsdédiés), l’intelligence artificielle (ingénieur IA) ou la cobotique (qui veille au développement et à la maintenance des cobots, ces robots qui travaillent en collaboration avec l’humain)… Autre évolution qui devrait impacter les métiers, la recherche des performances, car après l’isolation thermique, la dimension acoustique devient centrale. « J’ai lancé trois thèses sur la modélisation acoustique de la fenêtre et deux sur celle des entrées d’air, dont la dernière, porte précisément sur la modélisation acoustique des entrées d’air dans les coffres de volets roulants parce que nous savons modéliser le comportement d’une menuiserie au plan thermique, mais pas encore au plan acoustique, or, la prédiction des performances thermiques et acoustiques des menuiseries devrait alimenter les nouveaux métiers du secteur », explique Philippe Macquart, délégué général de l’UFME et professeur au Cnam (Conservatoire national des arts et métiers). Des métiers qui s’orientent vers toujours plus de haute technicité.

 

Dans les usines, les postes évoluent. « C’est déjà le cas », constate Dominique Lamballe, président de FenêtréA, « les opérateurs "faiseurs" sont devenus des opérateurs "pilotes", le travail de précision est réalisé par la machine ». En outre, les méthodes de management de la production se sont enrichies. « Le savoir-faire méthodologique remplace le savoir-faire.

 

 

© Groupe E.A.SY (Entreprise Acra Systèmes)

 

Au-delà de la haute technicité de son expertise et de ses innovations, E.a.sy Group crée de nouvelles passerelles entre l’utilisation de ses machines et l’évolution émergeante de nouvelles pratiques et services dans un écosystème dédié.

 

 

© Mariton

 

Mariton : conjuguer évolution technologique et savoir-faire traditionnel

 

 

© FenêtréA

 

Dominique Lamballe, directeur de FenêtréA

 

 

Manuel, le manager de production est plutôt un meneur d’hommes, qui applique une méthode et suit des indicateurs », poursuit-il. Ces évolutions, accompagnées par des formations et l’installation d’outils connectés, devraient se poursuivre. De nouveaux métiers apparaissent au sein des fonctions "support". Surtout autour du digital et de la donnée. « L’enjeu est d’aller plus loin qu’aujourd’hui dans l’utilisation et l’exploitation de la donnée, afin de pouvoir répondre de façon encore plus précise aux besoins des clients », assure Sabine Mariton, PDG de Mariton. Dans ce domaine aussi, compétences et outils vont de pair. Mariton s’est d’ailleurs doté d’une chargée du digital qui s’occupe de l’espace Pro, d’une partie de la communication sur les réseaux sociaux, qui représentent aujourd’hui un moyen de communication et un outil de prospection, etc. « Le service digital a vocation à s’étoffer, en relation avec le service informatique, il s’agit d’une tendance lourde », précise Sabine Mariton.

 

 

Poussée environnementale

 

La transformation environnementale et les politiques RSE des entreprises ne sont pas non plus sans effet sur les nouveaux profils. Les entreprises, qui ont déjà intégré des responsables RSE (ou responsable développement durable) et des responsables Qualité Sécurité Environnement (QSE), se préparent à recruter des profils aux compétences environnementales toujours plus pointues. Car pour gagner des appels d’offre, attirer des jeunes talents et fidéliser leur écosystème, les industriels et fabricants doivent prouver l’efficience énergétique et environnementale de leurs produits. « Il faut être en mesure de communiquer des données pour être retenus », lâche Christian Le Devehat. Le cycle de vie du produit doit être géré dans son ensemble. Des postes de chef de produit PLM (Product Life Manager) devraient voir le jour aux côtés des responsables de la collecte et du recyclage des matériaux issus de la déconstruction ! « Certaines entreprises sont déjà bien avancées sur les thématiques numériques et environnementales, elles investissent dans de nouveaux moyens de production et forment leurs équipes et vont prendre le pas sur celles qui continuent à travailler à l’ancienne et ne pourront pas se positionner », résume Christian Le Devehat. « La question de l’employabilité des salariés se pose, car les métiers sont en mutation à iso des évolutions des produits », poursuit-il.

 

 

Féminisation en marche

 

« CEKAL a une vue assez large des métiers autour de la transformation du verre, nous travaillons avec des acteurs dont les métiers connaissent une dynamique indéniable en matière d’innovations et qui suivent les grandes tendances notamment au niveau environnemental », note Nelly Philipponnat, présidente de CEKAL. Des métiers en prise directe avec l’actualité. Or, précise Nelly Philipponnat, « il faut corriger l’image du secteur car ses acteurs proposent réellement des métiers qui évoluent beaucoup, se transforment, nous observons une ouverture aux problématiques actuelles dont les jeunes gens n’ont peut-être pas conscience ». Avec deux tendances de fonds, la transformation du verre est pourvoyeuse d’emplois et n’est pas fermée aux femmes. « Je peux en témoigner en tant que présidente de CEKAL », s’amuse Nelly Philipponnat… Il est possible de faire carrière dans le secteur lorsque l’on est une femme. « Il n’est d’ailleurs pas rare que CEKAL ait des interlocutrices dans les centres de transformation », ajoute-t-elle. La féminisation poursuit son développement dans l’ensemble du bâtiment. Y compris dans la menuiserie. Chez Mariton, la dirigeante peut se féliciter d’être en avance sur le sujet. « Plus de la moitié de nos salariés dans l’usine sont des femmes ; nos métiers, proches de la décoration, attirent les candidates, qui développent une expertise et une technicité très pointues », ajoute Sabine Mariton.

 

 

© Mariton

 

Sabine Mariton, Pdg de Mariton

 

 

© CEKAL

 

Nelly Philipponnat, présidente de CEKAL

 

 

Un marché du travail dynamique

 

Les intentions d'embauches en France continuent à progresser au 3e trimestre 2021 par rapport au trimestre précédent selon le baromètre des perspectives d'emploi de ManpowerGroup (publié début juin). Le secteur de la construction est celui dont la prévision nette d'emploi s'avère la plus importante (+ 16%), un chiffre qui correspond toutefois à une diminution de –4 points en un trimestre.88 % des employeurs français sondés déclarent avoir des difficultés à recruter, une hausse spectaculaire de 34 points par rapport à 2019.

 

Du côté de l’UFME, Philippe Macquart délégué général de l’UFME confirme : « nous avons accueilli dans nos entreprises les salariés issus du secteur de la restauration qui, à l’annonce du déconfinement, s’apprêtent à réintégrer leur propre activité, nous allons être confrontés à des pénuries de candidatures, car dans notre secteur l’emploi est dynamique ».

 

 

© UFME

 

Philippe Macquart, délégué général de l’UFME et professeur au Cnam

 

 

Formations adaptées

 

La fabrication automatisée modifie les métiers, c’est pourquoila profession s’est mobilisée pour adapter le CAP de menuiserie industrielle et proposer un Certificat de Qualification Professionnelle (CQP) "menuisier industriel, fabrication de fenêtres et de portes", en cours de création. « Les ateliers se sont transformés avec l’automatisation complète de la fabrication de fenêtres sur mesure », rappelle Philippe Macquart, délégué général de l’UFME qui vient de participer à la révision du CAP de menuiserie industrielle. « Le CAP n’intégrait pas suffisamment la dimension numérique du métier, la nouvelle mouture devrait être appliquée dès la rentrée 2021 ; elle tient compte de l’évolution de la menuiserie industrielle, qui n’est plus en bois, mais en multimatériaux ! », déclare-t-il. Cette mise à jour du CAP devrait entériner l’évolution du métier de menuisier industriel. Le CQP créé par la profession devrait être mise en oeuvre en 2022. Il cherche à combler les carences et propose aux salariés en poste, ou souhaitant rejoindre le secteur, une formation qualifiante pour améliorer ou reconnaître leurs compétences. « Nous avons terminé les phases de tests et avons déposé le CQP au registre national des certifications professionnelles », précise Philippe Macquart. Sur son site Internet, l’Opco 2i (opérateur de compétences interindustriel) rappelle que l’hybridation des matériaux entraîne un élargissement des compétences nécessaires, en plus de la compétence traditionnelle en bois qu’il faut préserver.

De son côté, la branche miroiterie est désormais adossée à l’Opco EP (entreprises de proximité) alors que d’autres secteurs du verre dépendent de l’Opco 2i. « Nous travaillons sur le sujet du numérique avec l’Opco de la branche et les partenaires sociaux afin d’accompagner la miroiterie dans cette mutation, car si les grandes entreprises s’y préparent, les PME doivent également se pencher sur la gestion prévisionnelle de l’emploi et se projeter à 5 ou 10 ans pour bien définir leurs besoins en compétences », explique Christian Le Devehat.

Enfin, les poseurs devront monter en compétences. « Notamment pour piloter l’interconnexion des produits entre eux », suggère Dominique Lamballe. Mais pas que. Les produits évoluant, les compétences pour les mettre en oeuvre aussi. « Les miroitiers ne fabriquent quasiment plus rien, ils achètent les produits et les assemblent, voire les posent ou sous-traitent la pose, nous leur proposons des formations sur les produits innovants (vitrage chauffant, opacifiant, thermochrome, photovoltaïque…) qu’ils méconnaissent », indique Jean-Christian Thenière, président adjoint des opérations, animation et développement de la formation à la FFPV. Les marchés liés à ces innovations, tout comme au vitrage sous vide ou aux façades intelligentes, devraient se développer et appellent là encore de nouvelles compétences.

 

 

« 15 000 jeunes talents Bâtisseurs »

 

La FFB et ses adhérents se sont engagés à proposer 15 000 contrats de travail et stage – dont des contrats d’apprentissage ou de professionnalisation – en 2021- 2022. C’est l’objet d’une convention nationale signée le 15 avril dernier par la FFB, Élisabeth Borne, ministre du Travail, de l’Emploi et de l’Insertion, Emmanuelle Wargon, ministre déléguée du logement, de l'Égalité des territoires et de la Ruralité et Nadia Hai, ministre déléguée auprès de la ministre de la Cohésion des territoires et des Relations avec les collectivités territoriales, chargée de la Ville. Ce dispositif concerne tous les métiers et toutes les fonctions et devrait permettre aux entreprises d’entrer en contact avec des candidats jeunes, demandeurs d’emploi et stagiaires principalement issus des Quartiers de la Politique de la Ville (QPV) et réfugiés en situation régulière. L’idéeétant de les former et de stabiliser les compétences au sein du bâtiment, tout en agissant sur l’emploi dans les territoires prioritaires. Les Pouvoirs publics s’engagent à venir en aide aux entreprises afin d’identifier les candidats.

 

 


Source : verre-menuiserie.com

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