La ville bas-carbone, mythe ou réalité ?

La ville bas-carbone, mythe ou réalité ?

Alors que les émissions des bâtiments représentent un quart des émissions nationales de gaz à effet de serre, la perspective d’une ville bas carbone se dessine, mais à quelle échéance ?





Les orientations de la RE2020 qui prend en compte l’empreinte environnementale du bâtiment et sa capacité à produire de l’énergie, laisse le secteur perplexe… alors que des initiatives fleurissent pour promouvoir le bas carbone.

 

Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique et Emmanuelle Wargon, ministre déléguée en charge du logement ont annoncé le 24 novembre dernier les principales orientations et décisions structurantes de la nouvelle règlementation thermique RE2020, dont l’enjeu majeur est de diminuer significativement les émissions de carbone du bâtiment. Pour rappel, les engagements pris dans la lutte contre le changement climatique –- réaffirmés dans la loi Énergie Climat – suppose que la France atteigne la neutralité carbone en 2050.

 

Parmi les annonces phares : la suppression du recours aux énergies fossiles et donc la fin du chauffage au gaz dans les maisons individuelles neuves dès 2021, assortie d’une transition plus progressive dans le logement collectif. Un seuil carbone sera également fixé – son niveau n’est pas encore précisé – sur la partie construction afin de tenir compte du CO2 des produits et matériaux mis en oeuvre. Ces orientations proposées ont provoqué quelques remous.


Elles seront déclinées à travers des textes réglementaires, après consultation des acteurs, pour une publication définitive début 2021 et une entrée en vigueur envisagée à l’été 2021. 2024, 2027 ET 2030 Si le Pôle Habitat FFB salue la démarche de progressivité des exigences carbone aux horizons 2024, 2027 et 2030, il déplore « la fixation de nombreux seuils en l’absence d’analyses multicritères complètes » et « le choix d’éradiquer à très court terme le gaz ». En outre, il pointe que « la généralisation à moyen terme de l’usage du bois et des matériaux biosourcés pour les maisons individuelles et les petits collectifs semble sous-estimer les délais dans lesquels une telle révolution peut être accomplie, tant par l’outil industriel que par le tissu d’entreprises et d’artisans locaux ».

 

 

CES INITIATIVES QUI ONT DÉCROCHÉ LE LABEL BBCA

 

 

"Construire bas carbone, manuel à l’usage des décideurs" - BBCA, © Laisné-Roussel Woodeum


Dans le neuf…


• Althea - Velizy (78)
92 logements, 2 bâtiments R+6
66 logements en accession,
Vefa Sequens 26 logements


- Maîtrise d’ouvrage : Woodeum
- Architecte : Agence Laisné Roussel
- Bureau d’études : Sinteo
- Constructeur : Bouygues Construction
- Label BBCA 2018


En rénovation…


• Saint-Just en Chaussée (60)
102 logements, 3 bâtiments


- Maîtrise d’ouvrage : Oise habitat
- Assistance à la Maîtrise d’ouvrage : Alterea
- Architecte : Lair et Roynette
- Bureau d’études : Berim
- Constructeur : Brezillon – Engy Cofely
- Label BBCA rénovation 2018

 

 

Concrètement, le Pôle Habitat FFB, estime que « pour la maison neuve, un Bbio renforce de 30 % et un traitement du confort d’été, associés à l’obligation de recourir aux pompes à chaleur, engendreront un surcoût de 10 à 15 % dès 2021. Et pour le logement collectif, la perspective de labels d’État préfigurant à court terme les étapes 2024, 2027 et 2030 présente le risque d’une surenchère locale au détriment du logement abordable ».

 

Rénovation de logements à Saint-Just en Chaussée (60) labellisée BBCA © Alexis Toureau

 

 

C’est pourquoi, conclut Grégory Monod, président du Pôle Habitat FFB, « la RE2020 risque malheureusement d’être synonyme de renoncement des ménages modestes à accéder à un logement neuf et d’accélération de la chute d’activité ». L’Association des Industries de Produits de Construction (AIMCC) a indiqué dans un communiqué « craindre que l’orientation prise ne conduise à imposer le recours à certains matériaux et modes constructifs en s’appuyant sur des modes de calcul de l’impact environnemental contestés par les experts ; alors que deux choix positifs ont été faits avec la sobriété énergétique renforcée (coefficient Bbio) et la prise en compte du confort d’été qui constitue une avancée vers une performance accrue des enveloppes ». Et de dénoncer une prise de risque pour l’ensemble du secteur de la construction. La Fédération Française des Constructeurs de maisons individuelles réclame, entre autres, une application différée des mesures envisagées au plus tôt à 2022 et l’introduction d’une progressivité sur les performances en matière de Bbio.

 

 

INTERVIEW : 3 QUESTIONS À HÉLÈNE GENIN, DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE DE L’ASSOCIATION POUR LE DÉVELOPPEMENT DU BÂTIMENT BAS CARBONE (BBCA)

 

 

  • " Quelle est la raison d’être de la BBCA ? "


L’association est née en 2015 et réunit les principaux acteurs de la construction, des maîtres d’ouvrage, maîtres d’oeuvres (près de 115 membres promoteurs immobiliers, investisseurs, aménageurs, architectes, bureaux d’études, collectivités, etc.) qui se sont saisis de la question du climat. Le bâtiment est le secteur le plus émissif – avant les transports – et c’est dans sa phase de construction qu’il l’est le plus. En effet, les émissions en phase de construction représentent 60 % du total, contre 40 % en phase d’exploitation. Or, cette phase était jusqu’alors ignorée et le bâtiment piloté à l’aune de sa consommation énergétique. Notre objectif est donc de mobiliser autour de la question du carbone et de l’urgence à réduire les émissions, notamment par le choix des matériaux. La BBCA contribue également à développer la connaissance. Elle a mis au point une méthode de mesure dès 2016, référentiel qui sert de socle à son label.

 

  • " Sur quels critères le label BBCA est-il délivré ? "


Le label atteste de l’exemplarité d’un bâtiment en matière d’empreinte carbone. Il concerne le neuf et la rénovation et s’appuie sur quatre piliers : la construction raisonnée (mixité des matériaux, sobriété de la construction), l’exploitation maîtrisée (énergie faiblement carbonée, ENR…), le stockage carbone (présence de matériaux biosourcés), l’économie circulaire (déconstruction sélective, réemploi de produits, mutualisation des espaces…). Il est délivré par des organismes certificateurs (Certivea, Cerqual, Prestaterre, Promotelec Services) et offre trois niveaux de performances.

 

  • " La BBCA a publié un Manuel à l’usage des décideurs, quels sont ses objectifs ? "


Cet ouvrage collaboratif est conçu à partir des retours d’expérience et des travaux des membres et partenaires actifs de l’association, et mobilise de façon très concrète les décideurs de l’amont de la filière. Il explique les enjeux du bas carbone et propose des clés pour mener un projet bas carbone.

 

 

De son côté, la filière forêt-bois se félicite de la reconnaissance de la méthodologie de l'analyse de cycle de vie dynamique et salue une avancée historique. Si elle voit d’un bon oeil l'instauration de seuils d'exigence carbone favorisant l'essor d'une mixité renforcée des matériaux de construction, elle appelle néanmoins à la vigilance, redoutant que les échéances annoncées concernant l’entrée en vigueur des seuils ne desservent l’ambition de la RE2020.

 

L’innovation durable de Kermarrec, l’un des promoteurs les plus primés sur l’ensemble de la Bretagne, a été saluée par ses pairs à Thorigné-Fouillard (35) pour le programme Muonio (en symbole de la région de Finlande où l’air est réputé être le plus pur au monde). Cet immeuble passif innovant de 35 logements, garantit performances énergétiques, acoustiques et fait par ailleurs évoluer le service apporté aux acquéreurs avec des appartements personnalisables parmi 4 thématiques : zen, pure, chic ou design.

 


« La réussite de cette opération tient aux efforts de tous ses acteurs : la ville de Thorigné-Fouillard qui a su adapter la charge foncière aux exigences du passif, l’architecte et le bureau d’études qui ont optimisé ensemble le projet, dès le premier coup de crayon et tout au long de la phase de conception, Kermarrec Promotion pour l’ambition globale et la conduite de l’opération », a déclaré Nolwenn Lam Kermarrec, présidente de Kermarrec Promotion.

 

 

« Nous avons gardé l’esprit architectural compact, voire monolithique propre au passif, tout en y apportant subtilité et finesse », s’est exprimé Julien Guénéguès, architecte du projet. « Le travail réalisé au niveau de la toiture avec de grandes terrasses et des façades de maisons en bois participe à donner une impression de légèreté à la construction. L’architecture se veut à la fois moderne et en accord avec la campagne environnante ». Le chantier a débuté en janvier 2020 et la livraison est prévue au 1er trimestre 2022.

 

Agence d’architecture Rhizome - Bureau d’études Équipe Ingénierie

Crédits Photos : Kermarec Promotion - Rhizome Architecture - Équipe Ingénierie

 

ÉMISSIONS DE CO2


En neuf ou en rénovation, le secteur doit, on le voit, se pencher sur les émissions de CO2. Dans ce combat, tous les acteurs de la filière du bâtiment sont concernés (maître d’ouvrage, maître d’oeuvre, fabricants industriels, négoce, exploitants, usagers). Les industriels sont invités à innover afin de réduire l’impact carbone de leurs produits, à effectuer des tests (pour obtenir les Avis Techniques, le marquage NF, etc.) et à rédiger les FDES (ces Fiches de Déclaration Environnementales et Sanitaires qui permettent de connaître l’empreinte carbone de chaque matériau). D’où, dans le secteur de la menuiserie, les efforts en matière de recyclabilité des chutes de production et de collecte des châssis déposés lors des travaux de rénovation/réhabilitation, ainsi que les préoccupations des industriels en termes d’économie circulaire. L’UFME, par exemple, vient d’annoncer l’arrivée de deux nouvelles recrues au sein de son équipe afin de renforcer l’animation du réseau de collecte et de démantèlement des fenêtres en fin de vie.


De leur côté, les promoteurs se mobilisent. Le palmarès de l’association pour le développement du Bâtiment Bas Carbone (BBCA) en témoigne, qui distingue désormais chaque année au mois de décembre les promoteurs immobiliers les plus engagés dans une démarche bas carbone. Les résultats 2020 ne sont pas encore tombés au moment où nous rédigeons ces lignes. En 2019, il saluait les efforts du groupe Nexity, groupe Woodeum-WO2, groupe Bouygues, BNP Paribas real Estate, Crédit Agricole Immobilier, etc. Si les grands noms de la promotion y figurent, c’est bien que la construction raisonnée s’impose au coeur des préoccupations, même si de lourds freins persistent, au premier rang desquels le coût.


BOOSTER DU RÉEMPLOI


Il n’empêche, les initiatives fleurissent. Au mois de septembre, à l’occasion de Paris Real Estate Week, une trentaine de maîtres d’ouvrage et d’investisseurs ont ainsi lancé le "Booster du réemploi" en faveur du réemploi des matériaux dans le bâtiment. L’initiative réunit des investisseurs (Agrica, Colliers, Covéa Immobilier, Gecina, Groupama Immobilier, Icade…), des promoteurs (Adim, Altarea, BNP Paribas Real Estate, Bouygues Immobilier, Ceetrus, Crédit Agricole Immobilier, Kaufman & Broad, Spie Batignolles Immobilier…), mais aussi des grands utilisateurs (Engie, Orange…).

 

Les signataires vont engager 150 chantiers à se fournir en matériaux de réemploi issus d’anciens bâtiments déconstruits. Parmi les premiers chantiers engagés : #Community (Bordeaux) ; Z5C (Saint Denis) ; 43-45 avenue d’Iéna (Paris), etc. Une plateforme en ligne permettra de centraliser et standardiser les besoins en matériaux de réemploi difficiles à identifier pour les fournisseurs (il peut s’agir de portes, de produits de serrurerie, de cloisons, de menuiseries, etc.). L’objectif étant de structurer la demande pour développer l’usage du réemploi et réaliser des économies d’énergie. Cette opération est pilotée par A4MT (Action pour la Transformation du Marché) et l’IFPEB (Institut Français pour la Performance du Bâtiment).

 

Membre de cette alliance, Jacques Ehrmann, directeur général du groupe Atarea, développeur immobilier et investisseur, a déclaré lors du lancement : « nous avons tous un rôle pour transformer la ville afin qu’elle apporte des solutions concrètes et durables face au changement climatique. Nous croyons que l’économie circulaire est une des réponses pour un immobilier plus responsable, frugal, limitant notre impact carbone. Le groupe Altarea, très actif en réhabilitations tertiaires depuis longtemps, s’est engagé dans la création du Booster. Il a, d’ores et déjà, entamé une première démarche de réemploi de matériaux dans le futur siège de Groupama que nous réalisons à Mérignac ». À suivre …

 

RÉSIDENCE ÉTUDIANTE ET PARKING RÉVERSIBLE - © : Frédéric Achdou


Il n’est pas bas-carbone, mais mérite une mise en lumière pour la gymnastique architecturale qu’il propose : le programme de 192 logements étudiants dans la résidence Rosalind Franklin livrée par 1001 Vies Habitat sur le Plateau de Saclay (Essonne) se distingue par la réversibilité du parking en logements. Signé par les agences d’architectes Bruther (française) et Baukunst (belge), ce bâtiment hybride est certifié NF Habitat HQE niveau excellent et labellisé RT 2012-20 % Effinergie +. Le chauffage et la production d’eau chaude sanitaire seront assurés par le réseau de chaleur urbain créé sur la ZAC du quartier de l’école polytechnique, des panneaux photovoltaïques sont intégrés en toiture.

 

2 SOLUTIONS BAS CARBONE SIGNÉES SAPA - © B-rob.com


Sapa propose depuis fin septembre deux solutions en aluminium bas carbone recyclé hydro Circal 75R avec le coulissant à levage Confort Smartline et façade Elegance 52. Cet alliage de seconde fusion se compose d’au minimum 75 % de matières recyclées post-consommation provenant de menuiseries issues de chantiers de déconstruction. Il affiche une empreinte carbone de 2,3 kg CO2e/kg d’aluminium.

 

 

 

V.M.
Crédit Photo ouverture : Laisné-Roussel Woodeum
Source : verre-menuiserie.com

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