Louineau, une entreprise qui a le coup de patte

Louineau, une entreprise qui a le coup de patte

© Cyril Badet

Le site de Louineau s’étend sur 6 000 m² environ à Luçon (85)





La société vendéenne de fabrication de pattes de fixation et de systèmes d’habillage de menuiserie fête cette année ses quarante ans d’existence. Retour sur la saga familiale d’un industriel qui a su s’adapter à la réalité du marché.

 

Epicurien, passionné de cheval et de sports nautiques, vendéen et profondément attaché à sa région d’origine : s’il est un patron qui incarne au mieux son entreprise, c’est bien Jean-François Robergeau, le PDG de la société Louineau. Depuis 2008 et le départ à la retraite du fondateur de cette PME vendéenne, cet enfant du pays né à quelques kilomètres à peine de l’entreprise qu’il dirige désormais, n’a eu de cesse de faire grandir un outil industriel devenu un acteur de poids dans la ville de Luçon. Une ville située à 40 km au nord de la Rochelle qui est loin d’être une cité-dortoir. Car dans cette région du Bas-Poitou, l’emploi n’est pas chiche et l’esprit entrepreneurial bien ancré. Luçon, un peu plus de 9 000 habitants, c’est aussi quelques belles entreprises : le groupe Beneteau y possède sa division habitat notamment spécialisée dans la construction de mobil-homes, le groupe Libaud et l’imprimeur international Pollina, tirent largement leur épingle du jeu. Quant à Louineau, ce sont quelque 90 emplois répartis dans deux ateliers qui produisent entre autre chaque année plus de 50 millions d’équerres de fixation pour les menuiseries et solutions de bardage.

 

 

 

Preuve par l’exemple de son savoir-faire en matière de produits destinés aux ouvrages en bardage bois, les bureaux de Louineau sont les premières vitrines de l’entreprise © Cyril Badet

 

Sucess story à la française Des chiffres amenés à croître dans les prochaines années, car l’histoire du menuisier industriel est une véritable success story à la française. Aujourd’hui, Louineau est devenu en quatre décennies un des leaders de la fixation des menuiseries extérieures. Pourtant, rien n’était écrit d’avance. Car lorsque Lionel Louineau, jeune technicien de machines-outils en bureau d’études commence à s’intéresser à la fabrication de pièces métalliques dans le secteur de l’outillage, il part seul. Mais avec une ambition chevillée au corps : créer son propre catalogue de pièces en utilisant les besoins des clients pour en faire des standards incontournables.

 

Proposant d’abord ses services à Ouest Alu, acteur de poids du secteur, puis au Pvciste Maugin au détour des années 90, il est très vite sollicité par tout ce que la région ouest compte comme précurseurs de la fenêtre industrielle. S’il se voit d’abord en sous-traitant, Lionel Louineau va bien vite comprendre que rien ne sert de concevoir des classiques de la menuiserie si ces pièces ne sont pas capables de coller aux besoins du marché. Il lance alors sa propre signature et propose tout d’abord des solutions de fixation par gamme de menuiserie pour se rapprocher ensuite des gammistes auxquels il propose des solutions de fixation par gamme de produits.

 

Le succès est immédiat et l’entrepreneur individuel devient chef d’entreprise en implantant son atelier de production d'éléments de menuiseries à Luçon, en marge du marais poitevin. Il tient enfin son catalogue, lequel propose désormais quelque 10 000 références contre 4 000 en 2000 ! Au passage de l’an 2000, lorsque Jean-François Robergeau pointe le nez à la porte de l’entreprise, il n’est alors que l’époux de la fille de Lionel Louineau. Mais son beau-père, en plus de lui confier les destinées de sa descendance, ne souhaite pas s’arrêter en chemin : il veut aussi assurer sa succession et lui transmettre l’entreprise qui porte son nom.

 

 

 

Cavalier émérite et homme de terrain, Jean-François Robergeau, PDG de Louineau, mène les rênes de l’entreprise depuis 2008, sautant les pas stratégiques et relevant les défis de son marché par l’innovation et un accompagnement sur mesure © Louineau

 

 

L’homme de la situation Il faut dire que Jean-François Robergeau a alors tout pour plaire. Bien qu’accroché à ses racines maritimes et rurales, il quitte très vite la région après le bachot et c’est avec une maîtrise d’informatique en poche qu’il prend le large pour l’Angleterre pour suivre deux ans durant des études de management. De retour dans l’Hexagone, à Paris où il exerce comme informaticien, il fait la rencontre de celle qui deviendra alors sa future épouse. Après 10 ans dans la Banque & Assurance, c’est au 1er janvier de l’an 2000 qu’il fait ses premiers pas dans l’entreprise familiale de son père en tant que responsable administratif, financier et commercial.

 

« La société Louineau avait un potentiel important que je me suis d’abord attelé à développer, mettant à profit mon expérience dans l’informatique de gestion pour consolider l’activité de l’entreprise », explique Jean-François Robergeau. « La montée en puissance de la force commerciale axée sur l’écoute des besoins des clients et la prise en compte fine de l’évolution des principes constructifs nous a permis d’affirmer notre présence dans le secteur concurrentiel de la menuiserie industrielle ». Résultat : de onze salariés, l’effectif double dès 2001, avec une administration des ventes renforcée. Laquelle ne se contente plus d’approcher uniquement les industriels mais de prendre le pouls des besoins des menuisiers poseurs. Des professionnels qui, s’ils vivent de la mise en oeuvre des traditionnelles portes, fenêtres et profilés coulissants, sont aussi à la recherche de solutions de fixation pour de la façade petite hauteur.

 

Louineau va donc faire un virage à 180 degrés en lançant en 1998 une gamme complète de systèmes de fixation pour murs-rideaux de façade légère. Une seconde unité de fabrication voit alors le jour où pliage et soudure deviennent la règle et où en 2001, Lionel Louineau qui a repris la partie technique de l’entreprise, conçoit des pièces d’ancrages en monobloc pour mur-rideau spécifique à chaque gamme d’épines. Encore une fois, Louineau devenait le référent de la pièce de fixation.

 

 

 

L’industriel possède deux ateliers de production où sont employés quelque 50 salariés, soit plus de la moitié de l’effectif de l’entreprise. Les travaux de soudure et de pliage de pièces parfois produites à l’unité en fonction de la commande, sont une composante essentielle du savoir -faire de l’industriel vendéen. L’usinage à façon de pièces de menuiserie selon les standards des gammistes a fait la réputation de la société Louineau © Louineau

 

 

Cet atelier équipé d’une presse automatique, plus dans l’image du serrurier, va alors produire des manchons pour la partie basse du mur-rideau et des sabots pour la partie intermédiaire. Et va très vite ajouter d’autres cordes à son arc en produisant de l’habillage de tableaux sous la forme de précadres, surfant sur la vague des opérations d’isolation thermique par l’extérieur de l’enveloppe des bâtiments et le renforcement progressif de la réglementation. Dorénavant, le précadre n’a plus comme unique fonction de fixer la fenêtre vers l’extérieur, mais aussi d’habiller le tableau. Une petite révolution.

 

Spécialiste des équerres de fixation, Louineau performe avec une production annuelle de 50 millions d’unités © Louineau

 

« Lorsque vous débitez de la tôle acier, passer à un produit en aluminium, laqué ou thermolaqué est dans l’ordre des choses », poursuit Jean-François Robergeau. « Louineau a donc progressivement proposé un catalogue de produits spécifiques pour la façade, avec une dimension industrielle et en série, et dotés d’une note de service commerciale associée. Nous avons donc renforcé les fondations existantes de l’entreprise ce qui nous a tout naturellement amené en 2006 à participer à notre premier salon Equipbaie. Ce rendez-vous nous a fait prendre conscience que pour asseoir l’image d’une entreprise, il faut sans cesse miser sur l’innovation pour être vu comme un acteur essentiel du secteur de la menuiserie ». Depuis lors, Louineau n’a manqué aucun rendez-vous au salon professionnel parisien.

 

Un chiffre d’affaires multiplié par trois


Mais l’actuel PDG de Louineau n’a pas attendu les salons professionnels pour comprendre la nécessité de toujours se renouveler. Lorsque son beau-père lui confie entièrement les rênes de l’entreprise familiale lors de son départ à la retraite en 2008, il est déjà membre depuis 2003 de l’Union des Fabricants de Menuiseries (UFME), une adhésion bien vite doublée dans les mois qui suivront de celle au Syndicat National de la Construction des Fenêtres, Façades et Activités Associées (SNFA). « Je ne souhaitais pas me sentir le seul décideur des actions que je pouvais mener dans l’entreprise et j’avais besoin d’apprendre en échangeant avec d’autres dirigeants », confie Jean-François Robergeau.

 

Participant à différentes commissions techniques et intervenant au SNFA en qualité de profession associée, cette ouverture vers l’extérieur imprime sa marque à l’entreprise familiale vendéenne. Avec plus de cinquante personnes dans ses ateliers – soit plus de la moitié de sa masse salariale – dont celui historique qui continue de produire les équerres de fixation qui ont fait la renommée de l’entreprise, Louineau est désormais capable d’adresser quatre typologies de mise en oeuvre distinctes : façade légère,menuiserie en pose intérieure, menuiserie en pose extérieure, et chantier à façon. Car si l’entreprise vendéenne est passée d’un CA de 4 M€ dans les années 2000 à 12 M€ en 2020 avec une progression flirtant les 10 % sur les cinq dernières années, c’est aussi parce qu’elle a su avant tout prendre en compte la réponse chantier.

 

 

Fiche technique :

 

  • Masse vue de 7 cm d’épaisseur autour de la menuiserie sur une profondeur de 50 cm ;
  • Assemblage de l’habillage sans ajustement spécifique et sans aucune vis apparente ;
  • Thermolaquage mat dans 4 couleurs différentes (jaune, orange, vert et bleu).

 

© Cyril Badet

 

Relief et teintes vitaminées pour les 45 précadres monoblocs Louineau habillant le récent groupe scolaire Angèle et Jules Nicollet à Bonneville (74)

 

Pour ce nouveau groupe scolaire Angèle et Jules Nicollet conçu par Vurpas Architectes, la maîtrise d’oeuvre souhaitait souligner les ouvertures de précadres saillants et colorés pour créer du relief et animer le ton gris et brut de l’enveloppe. À l’écoute des architectes, le bureau d’études Louineau a accompagné chaque étape de la conception ; un partenariat particulièrement apprécié par Daniel Briet, architecte associé de l’agence Vurpas Architectes.

 

Chaque "PrecHab Façade" a été débité, plié et assemblé sur le site de production vendéen Louineau, puis livré prêt-à-poser sur le chantier. Un gage de rapidité et de facilité de mise en oeuvre, et la garantie d’un travail précis et soigné. L’offre Louineau de précadres de fenêtres facilite également les travaux d’isolation thermique par l’extérieur.

 

En clair : faire remonter du terrain les besoins des artisans poseurs et façadiers confrontés à des problématiques nouvelles. Celles notamment de l’ITE qui demande des fixations vers l’extérieur non plus par patte, mais par précadre, et aussi celles venant du secteur de la rénovation des bâtiments. Et dans ce domaine, il y a un problème : la mise en oeuvre de nouvelles menuiseries en dépose totale contraint à altérer l’habillage intérieur. Résultat : pour éviter cet effet collatéral, la rénovation des menuiseries s’effectue de manière partielle, en gardant le cadre vieillissant et en y posant un nouvel élément en le fixant par visseries avec un encadrement. Une solution qui d’insatisfaisante sur un dormant bois, devient du reste un véritable casse-tête sur du PVC ou de l’aluminium, contraignant l’artisan à la dépose complète de la fenêtre, avec les travaux de plâtrerie afférents au retrait complet de l’élément.

 

Face à un certain désarroi venant de ses clients, Louineau trouve pourtant une solution et lance en 2008 sa patte de rénovation en dépose totale, baptisée "PRDT". Son principe : le perçage oblique directement dans le doublage facilite la mise en oeuvre et évite de dégrader inutilement la plaque de plâtre, les enduits et la peinture. Depuis les débuts de sa commercialisation, la solution a évolué en 2020 avec une patte renforcée de rénovation en dépose totale (BTRDT) à laquelle est venue se joindre une cornière filante de rénovation en dépose totale (CFILRDT) qui assure la linéarité et la reprise des menuiseries lourdes. Pour assurer la vente de ses équerres et alléger le service administratif, Louineau a donc lancé sa plateforme iLouineau de vente en ligne ouverte aux artisans. Avec un credo : les professionnels ont besoin de produits conventionnels mais adaptés aux besoins du terrain.

 

La société Louineau propose toute une gamme de fixations, et notamment des manchons usinés dans ses ateliers permettant la fixation d’épines de mur-rideau en partie haute et basse © Louineau

 

 

Du sur mesure industriel


C’est dans cette optique que parallèlement au lancement de son site marchand, l’entreprise a développé un service de chiffrage en ligne pour orienter l’artisan vers un catalogue de produits adaptés. Une manière de se différencier des serruriers locaux et  des gros industriels de la métallerie en apportant un conseil sur mesure. Ce service d’ingénierie animé par un collaborateur de l’entreprise uniquement affecté au pôle « recherche et développement » permet notamment de répondre aux problématiques de résistance au vent, au poids et au sismique des pièces de mur-rideau. Un dossier que connaît bien Louineau qui a développé une méthode de calcul certifiée par le CSTB qui permet désormais à ses clients d’avoir une garantie sur les pièces sans avoir à les justifier à chaque chantier.


Proche des artisans poseurs, Louineau l’est également des architectes, notamment en phase préprojet. Des architectes qui sont toujours à la recherche de plus de normes et plus de sécurité de mise en oeuvre, et pour lesquels l’entreprise a récemment développé un précadre destiné à la construction en ossature bois qui permet de garantir la continuité du plan d'étanchéité entre la menuiserie et le parepluie. Lancé fin 2020, le Precwood 1400 est certifié par le centre technique industriel FCBA dans la catégorie CTB composants et systèmes bois. Une solution technique de certification de l’étanchéité du tableau vis-à-vis de sa structure bois qui fait son chemin avec la mise en oeuvre récente sur trois chantiers différents. « Ce qui séduit les architectes, c’est de pouvoir faire du mouton à cinq pattes », résume Jean-François Robergeau. « Ils sont constamment à la recherche d’innovations, ce qui nous pousse à renouveler et faire grandir notre catalogue de produits pour montrer que les solutions industrielles existent. La menuiserie n’est plus un domaine figé, c’est au contraire devenu le vrai terreau de l’invention technique dans le bâtiment ».

 

Les vérins de seuil conçus par Louineau garantissent la mise à niveau des menuiseries de type porte-fenêtre vitrée sur les sols non finis © Louineau

 


Fondée en 1981, Louineau reste encore aujourd’hui une entreprise familiale, avec un rayonnement qui dépasse depuis de nombreuses années le strict pourtour régional de la Vendée. Reconnu nationalement, l’industriel a fructifié sur la reconnaissance précoce des gammistes de la région nantaise pour essaimer son savoir-faire partout dans l’Hexagone. Et à Luçon, l’océan est à 15 min de route. De quoi aisément regarder vers le large, et voir encore plus loin…

 

 


S.C.
Source : verre-menuiserie.com

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