L’IA et le futur des métiers dans le bâtiment
Automatisation de certaines tâches, conception assistée, robotique… de la data à la vente en passant par la production, les fonctions se transforment, boostées par l’IA.
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© Groupe CETIH - Anne-Claire Perin, DRH du Groupe CETIH
La révolution ne fait que commencer et nécessite une organisation spécifique dans les entreprises. « Nous cadrons le déploiement de l’IA avec une charte et en lançant des parcours de formation qui démarrent cette année et concernent 80 collaborateurs, avec trois niveaux : la connaissance de l’IA et les premiers usages pour les néophytes, la formation de référents qui pourront aller plus loin et enfin d’experts qui ont une très bonne connaissance de l’IA, l’expérimentent et manient des outils », témoigne Anne-Claire Perin, DRH du groupe CETIH. Cette entreprise encourage les usages, à condition que les outils soient validés par la sécurité informatique. C’est par exemple le cas dans le marketing ou dans le design avec des IA permettant sans se déplacer de générer des visuels de projets…
L’IA vue par Karthik Ramasamy, Chief Analytics Officer chez Guardian Glass
« Nos équipes sont encouragées à adopter le changement de manière responsable et créatrice de valeur. Cela implique de rechercher activement des opportunités pour développer nos connaissances et déployer des cas d’usage pertinents. L'IA soutient les analyses basées sur les données pour l'optimisation des processus et de la qualité, les experts humains gardent le contrôle.
Par exemple, elle nous aide à analyser de manière avancée de grands volumes de données de production afin d'améliorer les performances et l'efficacité de nos processus de fabrication. Au-delà nous appliquons l'IA à l'ensemble de notre chaîne de valeur (chaîne d'approvisionnement, finances, expérience client, plateformes numériques, etc.). Aujourd'hui, nous utilisons l'IA pour détecter et améliorer la qualité de nos produits, déterminer la composition optimale des matières premières et aider à identifier les meilleurs itinéraires de transport pour nos livraisons.
L'IA contribue également à l’expérience client, notamment grâce à des solutions telles que l'assistant Claria™ alimenté par l'IA qui aide les clients à obtenir les informations dont ils ont besoin de manière rapide et fiable. Nous informons les utilisateurs qu’ils interagissent avec une IA et leur proposons un moyen simple de contacter un humain.
Cet outil contribue à améliorer l’autonomie des acteurs de la construction dans le processus de spécification du verre pour les projets architecturaux, tout en permettant à nos équipes de se focaliser sur les situations où leur expertise technique et leur accompagnement peuvent faire la différence ».
Tâches sans valeur ajoutée

© Sothogam - Matthieu Paineau, président du Groupe Sothogam
« L’IA représente un outil puissant, nous avons souhaité sensibiliser nos collaborateurs et créer de l’envie, cette année nous passons à l’étape suivante avec le déploiement de certains outils », déclare Matthieu Paineau, président du Groupe Sothogam. Son idée ? « Déployer l’IA sur les tâches sans valeur ajoutée ». Les exemples ne manquent pas. « Dans le commerce, nous pouvons gagner du temps sur l’analyse des documents reçus (demande de devis, commande) en automatisant les vérifications nécessaires, la cohérence des données. Avec les données techniques, nous disposons d’une mine d’or pour demander à l’IA d’aller chercher l’information pertinente », estime-t-il. Matthieu Paineau considère également que l’IA peut aider à recouvrir les paiements, effectuer les relances, alerter sur les dates d’échéance et apporter ainsi une assistance non négligeable au service des finances.

© Sothogam - Thomas Faure, directeur marketing et communication de Sothogam
« En production », glisse Thomas Faure, directeur marketing et communication du Groupe Sothogam, « des outils intelligents – sans IA mais avec des algorithmes – permettent déjà d’optimiser les stocks ». D’autres devraient arriver. Certains agents IA faciliteront la formation et la transmission des modes opératoires dans les ateliers.
Les nouvelles fonctions vues par Le Chat
Quels seront les nouveaux métiers qui émergeront grâce à l'IA dans le secteur du bâtiment ? Le Chat mentionne notamment les responsables IA & data, chargés de piloter l’intégration des outils d’IA, les architectes et ingénieurs assistés par l’IA pour concevoir des bâtiments plus performants, des gestionnaires de projets pour un management opérationnel plus fluide, des spécialistes de la maintenance prédictive et donc proactive, des experts en écoconstruction pour optimiser les ressources.

© Mesureo - Grégoire Cauvin, CEO de Mesureo
S’il ne s’agit pas ici de voir éclore de nouveaux métiers, les postes occupés se trouvent "augmentés" par l’IA et font appel à des profils plus hybrides. Les fonctions supports sont également concernées, ici pour capter de l’information, là pour aider à la rédaction de synthèse ou comptes-rendus. « L’IA se déploie avec deux enjeux, l’IA générative au service de l’analyse de document, de la rédaction et l’IA agentique qui permet la prise en charge de tâches par des agents », résume Grégoire Cauvin, CEO de Mesureo, éditeur d’IA pour la menuiserie. Pour cet expert, « avec l’IA, de gros changements se dessinent au niveau de l’accès à la connaissance technique, l’exécution de tâches répétitives et la coordination entre les différents acteurs de la chaîne de valeur d’un marché ». Il cite en exemple le secteur de la santé prédictive, où l’IA révolutionne les diagnostics et anticipe les traitements. Dans les usines aussi, il devient possible d’effectuer des vérifications sur la base d’analyse prédictive au lieu de se contenter de lecture à postériori. Les agents IA enrichissent le contrôle qualité, le planning, l’optimisation des stocks. « Au-delà des fonctions, l’IA modifie le business model et les process », ajoute Grégoire Cauvin.
3 questions à

Guillaume Deudon, CDO (Chief Digital Officer) du Groupe Somfy
Comment l’IA transforme-t-elle les métiers dans votre entreprise ?
Nous distinguons l’IA générative générique utilisée par tous et l’IA spécifique à différents métiers. Par exemple, l’IA assiste le travail des développeurs informatiques et la conception de puce électronique, l’IA augmente les moyens mis au service des tests et des simulations. Dans l’entreprise, d’autres fonctions sont impactées. L’IA répond dans la supply chain à des enjeux de modélisation, de flux logistiques, de planification ou encore d’optimisation de la gestion des stocks. L’IA accompagne et augmente l’expérience client, Somfy a choisi de conserver l’humain dans la boucle et ne recourt pas à des chabots, mais l’IA assiste l’humain et face à une demande client peut identifier les solutions.

© garry killian - Pour Somfy, l’IA répond notamment dans la supply chain à des enjeux de modélisation, de flux logistiques, etc… et augmente l’expérience client
Quels rôles nouveaux apparaissent ?
J’en identifie trois : un, l’accompagnement au changement pour aider à l’adoption et à l’utilisation de l’IA ; deux, l’arrivée de compétences spécifiques dans les équipes digitales, et trois, la nécessité de veiller à la dimension éthique des usages qui doivent respecter les normes, valeurs et cadres éthiques.
Quels garde-fous avez-vous mis en place pour sécuriser les usages ?
Nous nous sommes dotés d’une charte éthique. L’IA suscite beaucoup d’intérêts mais présente un double risque : la perte ou la fuite des données et les cyberattaques. C’est pourquoi nous sensibilisons nos collaborateurs et leur proposons de n’utiliser que les IA fonctionnant sur un périmètre sécurisé et privé, réservé à notre entreprise. Le second risque provient des menaces toujours plus sophistiquées des hackeurs, là encore nous nous efforçons d’informer et de sensibiliser nos équipes.
Du codage à l’analyse de données

© Groupe Elcia - Florent Segui, responsable partenariats et data du Groupe Elcia
Les éditeurs de logiciels sont en première ligne pour s’emparer du sujet. Ainsi, explique Florent Segui, responsable partenariats et data du Groupe Elcia, « nous distinguons deux types d’usage : le premier, pour améliorer la productivité et la fiabilité de nos processus internes où nous nous appuyons sur des agents IA pour le développement (écriture de code, fiabilisation, mise en forme…) et pour automatiser nos flux métiers ; le second, pour améliorer nos solutions logicielles et ainsi apporter de la valeur à nos clients. L’IA permet de faciliter et fiabiliser la saisie dans nos outils, de faire gagner du temps à nos utilisateurs. Elle va aussi permettre de connecter différents systèmes pour récupérer des informations des documents comme des images ou des PDF ».
Au niveau des métiers, « le monde de l’IA étant très lié à la donnée, nous voyons de plus en plus de profils hybrides DATA/IA. Un Data Scientist par exemple, est expert de la donnée et de l’analyse. Il fait de plus en plus appel à des modèles IA de machine learning ou de deep learning pour traiter des volumes de données de plus en plus importants. Des développeurs dédiés à l’IA commencent aussi à arriver. Ces profils se sont spécialisés dans la mise en place d’architectures complexes. Cela va des modèles (machine learning ou autres) à des protocoles MCP (Model Context Protocol) permettant de communiquer avec une multitude d’outils (standardisation des solutions IA). Enfin, il y a aussi des Ingénieurs en Big Data. Les volumes de données augmentent de façon exponentielle : ces profils sont là pour les structurer et faciliter leur exploitation et leur analyse », expose-t-il.
3 questions à

Niels Schreuder, Public Affairs & Communication d’AGC Glass Europe
Quels sont les usages de l’IA dans votre secteur d’activité ?
L'intelligence artificielle offre de nombreuses opportunités : pour l’analyse de données permettant de produire le verre avec plus de sécurité et d’efficacité. La distribution de nos nombreuses références peut également être optimisée grâce à cet outil. L'IA peut analyser en temps réel les données provenant de capteurs sur nos lignes de production. S’appuyant sur ces données, la production peut être ajustée pour maximiser le rendement et réduire la consommation d'énergie.
Concernant l’amélioration de la qualité, des systèmes basés sur l'IA sont capables de détecter des défauts invisibles à l'œil nu (bulles, rayures, distorsions optiques). L’entretien de l’appareil industriel est amélioré grâce à l’IA qui permet d’analyser les données de fonctionnement des équipements afin d’éviter des arrêts de production coûteux et imprévus.
Dans la Recherche et Développement (R&D), l'IA peut simuler les propriétés de nouvelles compositions de verre ou de nouveaux revêtements (verres à couche). Cela permet de faire des "jumeaux numériques" et d’analyser des possibilités pour développer plus rapidement des verres innovants avec des performances énergétiques, solaires ou acoustiques améliorées.
En matière de sécurité, AGC Glass Europe a récemment été reconnue par l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail (EU-OSHA) pour son programme "Sécurité du futur" qui vise à utiliser des solutions numériques pour atteindre le zéro accident du travail avec arrêt dans toutes ses usines. En octobre 2024, AGC Glass Europe avait déjà gagné le Prix ??belge des bonnes pratiques pour l'excellence en matière de transformation numérique au service de la sécurité au travail.
Quels nouveaux métiers voyez-vous émerger ?
La diffusion de l'IA ne va pas seulement transformer les métiers existants, elle va aussi créer de nouveaux métiers, tel que celui de spécialiste en IA pour déployer des solutions d'IA sur mesure. Notre département IT compte déjà une cellule sur l’IA avec des gestionnaires de données et un module GPT Chat Bot propre à notre entreprise.
Quid des enjeux RH ?
Les départements RH doivent accompagner cette transition humaine et organisationnelle. L’enjeu est de former nos collaborateurs actuels, mais aussi de proposer des outils au service du recrutement pour attirer les profils de demain. Les RH, en collaboration avec l'IT, doivent s'assurer que des formations en matière de cybersécurité sont dispensées pour protéger nos actifs industriels et nos données stratégiques.
Aide à la vente

© AlloTools - Simulation sur photo grâce à l’IA - avant/après d'un projet de store-banne
AlloTools souhaite faire de l’Intelligence Artificielle la continuité logique de sa mission : « rendre la configuration, la simulation, la création de devis et la vente plus rapides encore. C’est pourquoi en 2025, nous n'avons pas cessé de faire évoluer MyAssistant, notre assistant AI », témoigne Audrey Ehrhardt-Conter, responsable marketing communication d’AlloTools. « Dans sa version BtoB, intégrée aux configurateurs et à la plateforme de chiffrage MyBusiness, MyAssistant booste la productivité des commerciaux et revendeurs en leur permettant de générer instantanément des devis plus rapidement sans erreur et en respectant les règles de fabrication, grâce à une description orale complète du projet ou par écrit, grâce à un chatbot », poursuit-elle. L’éditeur promet des gains de temps record permettant aux vendeurs "augmentés" de se concentrer sur la relation client et la vente.
Chez Sothogam, Thomas Faure ne cache pas son intention de « recourir à l’IA pour fournir un outil d’aide à la vente à nos clients ». Les commerciaux "augmentés" devraient ainsi développer leurs performances…
— Véronique Méot
Photo ouverture © VMA/Y.D. - Comme cette image générée par l’IA, l'intelligence artificielle offre de nombreuses opportunités de service dans les métiers du verre, de la menuiserie et de la protection solaire, à la fois pour les prescripteurs et fabricants








