La seconde main dans le secteur de la menuiserie : une niche à développer ?
Le réemploi et la distribution de produits reconditionnés qui contribuent à préserver les ressources naturelles et à diminuer les volumes de déchets, restent très en marge de l’activité sur le marché.
Des initiatives se multiplient néanmoins ici ou là pour faire vivre les bâtiments de manière plus vertueuse.
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Avec photo ouverture © Interlock Design - Entreprise française à mission écologique labellisée French Tech et fondée par Bastien et Lucas Giger, InterLock Design basée à Lunel-Viel près de Montpellier (34), réutilise l’aluminium composite pour créer des objets design d’ameublement et de décoration sur un modèle de production circulaire et responsable (Cf. Signature # 9-2024 - p.142. Architerure et Art de vivre magazine - Profils Systèmes)
Portes en bois signées Malerba, bloc-porte vitré, stores vénitiens, châssis fixe, garde-corps… le site de l’association Mineka (matériaux de construction à (ré)utiliser), mineka.fr, édité par l’association éponyme installée à Villeurbanne et réservé à une clientèle de professionnels propose à petit prix des produits de seconde main. Il n’est pas le seul. Le site opalis.eu regroupe des fournisseurs de matériels de réemploi en France, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas. De nombreux sites Internet donnent accès à des matériaux de réemploi. Sinfina.fr, édité par General Metal Edition, promeut le réemploi d’éléments métalliques (main courante, garde-corps, poutrelles, etc.). La plateforme Clicbaie.com propose également des produits de menuiserie de seconde main.
À savoir !
Selon le Code de l’environnement (art. L541-1-1) le réemploi désigne « toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui ne sont pas des déchets sont utilisés de nouveau pour un usage identique à celui pour lequel ils avaient été conçus ».
Alors que la réutilisation désigne « toute opération par laquelle des substances, matières ou produits qui sont devenus des déchets sont utilisés de nouveau ».

© Clic Baie - Page d’accueil du site Clic Baie de mise en relation entre vendeurs et acheteurs de produits de seconde main
« Nous mettons en relation les industriels, les professionnels et les particuliers qui vendent ou cherchent à acheter des produits d’occasion issus de la déconstruction, des erreurs de commandes ou de cotes, des showrooms d’exposition et des stocks invendus », explique Patrick Larhantec, président du réseau 4Tro (collectif de professionnels de la menuiserie, protection solaire et véranda, regroupant une quarantaine d’adhérents) à l’origine de la création de Clic Baie. Son objectif ? « Remettre sur le marché les produits qui ne sont pas utilisés et qui dorment entassés dans des ateliers ou qui finissent dans une benne ». À date, déclare-t-il, « une dizaine d’industriels nous ont contacté pour écouler des produits et une cinquantaine d’entreprises nous ont sollicité pour en acquérir, quelques particuliers également, la demande existe ».
Griesser offre une deuxième vie aux actionneurs de stores JAX

© Griesser - Actionneur de stores JAX - Griesser
Constatant le caractère durable des protections solaires, Griesser a communiqué en 2025 sur le reconditionnement des anciens actionneurs JAX qui équipent notamment les automatismes de commande KNX. Le lancement de cette initiative de réemploi constitue pour Griesser un pas de plus vers son objectif de neutralité climatique d’ici 2050.
Les automatismes de commande KNX, notamment ceux qui utilisent des actionneurs de stores JAX, figurent parmi les meilleures ventes du fabricant. Pour Urs Neuhauser, CEO du groupe Griesser, le point de départ était évident : « Nous avons décidé d’agir là où nous pouvions avoir le plus d’impact. C’est la raison pour laquelle notre choix s’est porté sur nos automatismes KNX. Grâce à notre savoir-faire et à notre longue expérience des automatismes, nous garantissons la meilleure qualité des actionneurs lors de leur reconditionnement. Nous offrons ainsi une garantie d’un an sur les actionneurs reconditionnés. Nos prestations de services s’appliquent également à nos produits reconditionnés ».
Ces actionneurs constituent un élément principal des commandes centrales de Griesser et conviennent à toutes les protections solaires de façade. Ils peuvent être installés dans des armoires électriques, en fonction du nombre de canaux de moteur (9 ou 6 indépendants), ou décentralisés dans des plinthes, des faux-planchers ou des faux-plafonds (1 canal moteur ou 3 canaux moteur indépendants). Intelligents et équipés d’entrées numériques directes, ils peuvent remplacer une commande centrale coûteuse via le réseau.
Lancé en France, le projet de réemploi sera ensuite étendu à d’autres sites Griesser. Les actionneurs JAX reconditionnés sont disponibles sur la plateforme en ligne MyGriesser.fr (pièces détachées/Griesser KNX/Commande moteurs). Trois modèles (3, 6 ou 9 canaux) y sont disponibles à prix avantageux.
Créer la demande
Lorsque l’on interroge les experts du secteur de la menuiserie sur les perspectives de la seconde main, la première objection avancée concerne les dimensions, sur mesure, des produits. Puis le vieillissement des composants comme les joints d’étanchéité. Or, répond Patrick Larhantec, « globalement les dimensions sont standards, les fenêtres mesurent 1 200 mm de large x 1 250 mm de haut, les portails 3,50 m de large x 1,60 m de haut, les portes de garage 2,40 m x 2 m ». Mieux, « certains chantiers de réhabilitation peuvent s’adapter au produit », et non l’inverse. Le sujet mérite également d’être élargi. « Les palettes en bois sur lesquelles les fenêtres sont livrées posent des problèmes aux entreprises, pourquoi ne pas les donner ? », suggère-t-il. Un site comme montasdebois.fr propose aux artisans, commerçants, professionnels de se débarrasser des palettes encombrantes et de les mettre à la disposition de bricoleurs ou jardiniers. Une autre voie est donc en passe d’être inventée et la demande devrait suivre…

© Delta Dore - Thermostats Tybox reconditionné - Delta Dore
C’est également ce que pense Pierre Delaunay, directeur compte-clé chez Delta Dore : « D’un point de vue environnemental, les produits reconditionnés et les invendus de la distribution présentent un double intérêt, ils entrent dans le cadre plus global de la stratégie RSE de notre entreprise, et alimentent une petite brique de l’économie circulaire ». Delta Dore commercialise ces produits de seconde main via la plateforme du fournisseur de matériel électrique Rexel, après avoir vécu une première expérience via le site Back Market, spécialiste de la tech reconditionnée. « Nous avons été sollicité par notre partenaire Rexel, très enclin à promouvoir la RSE et qui mène des actions très concrètes en ce sens, nous avons préféré alimenter la filière professionnelle », relate Pierre Delaunay. Une trentaine de références ont été sélectionnées et sont ainsi mises à disposition des professionnels sur le site de Rexel depuis dix-huit mois et plusieurs milliers ont déjà été écoulées. « L’offre propose les deux produits, soit neufs, soit reconditionnés », indique-t-il, « avec les tarifs adéquats et des étiquettes spécifiques mentionnant un code date (mois, année). Les produits reconditionnés dans nos ateliers par les équipes du SAV, sont garantis un an – au lieu de cinq ans pour les produits neufs – leurs emballages et notices le précisent pour éviter toute confusion ». Delta Dore souhaite jouer la transparence vis-à-vis du professionnel, comme du consommateur final.
Le CSTB se mobilise
Pour massifier les pratiques du réemploi, le CSTB a créé la Reconnaissance de la Qualité des Processus de Reconditionnement (ReQPR), une démarche volontaire et disponible sur l’ensemble du territoire national, qui permet aux centres de reconditionnement de valoriser la fiabilité de leur(s) processus de reconditionnement auprès des prescripteurs et acteurs de la maîtrise du risque. L’attestation est valable trois ans.
Par ailleurs, dans le cadre du projet Spirou (Sécuriser les Pratiques Innovantes de Réemploi via une Offre Unifiée) cofinancé par l’Ademe, le CSTB et ses partenaires Mobius réemploi, le Booster du Réemploi/A4MT et Qualiconsult, ont retenu plus de vingt critères dans l’analyse des produits, dont la taille des gisements disponibles, la raréfaction du produit neuf, les surcoûts liés à la dépose et au transport, les besoins exprimés par les maîtrises d’ouvrage, les types de performances à évaluer sur le PEM en vue de son réemploi, les risques engendrés pour le nouvel ouvrage, et l’existence de retours d’expérience significatifs et documentés. Les bloc-portes en bois et bloc-portes coupe-feu en bois figurent parmi les dix typologies retenues.
Reste que les ressources s’avèrent limitées. « Delta Dore fabrique de très bons produits, nous enregistrons peu de retours, néanmoins nous exploitons ces produits, qui sont triés par le SAV, certains considérés comme intéressants sont remis état, à condition que leur réparation ne génère pas un surcoût trop important. La seconde main n’est pertinente que si elle est économiquement viable », affirme Pierre Delaunay.
La boutique en ligne de Somfy commercialise également des produits reconditionnés (caméra, sirène…). Le fabricant souligne qu’ils sont remis en état, retestés et vérifiés par les équipes Somfy et qu’ils ne font pas de compromis sur la fiabilité et la qualité.
Des Français plus indécis
Si plus de la moitié des Français interrogés restent inquiets et estiment qu’il est urgent d’agir pour préserver l’environnement, et que 8 sur 10 estiment que « la crise climatique nous oblige à revoir nos modes de vie et de consommation », ils sont pourtant moins nombreux à rester mobilisés selon le Baromètre de la consommation responsable 2025 (GreenFlex - Ademe*). La dynamique collective semble s’essouffler. Alors que les préoccupations de sécurité augmentent, dans les esprits, les enjeux environnementaux faiblissent. Les principaux freins à la consommation responsable restent le prix, la limite de l’offre et une certaine lassitude. Cette étude montre qu’une grande majorité de consommateurs se posent pourtant des questions clés avant d’acheter et qu’ils sont ouverts aux alternatives. Ainsi, 72 % se disent très intéressés ou plutôt intéressés par la possibilité de faire réparer un produit plutôt que d’en acheter un neuf si le vendeur le leur conseille. 64 % seraient attentifs à la nécessité de précommander un produit pour qu’il soit fabriqué dans les justes quantités.
Par ailleurs, la confiance envers les grandes entreprises se confirme, mais reste conditionnée à des preuves : 81 % des Français auraient besoin de preuves pour croire aux engagements des marques en faveur de la planète et de la société.
Enfin, l’appel de la nouveauté et des promotions s’imposent face aux bonnes intentions, surtout chez les plus jeunes, et les promotions et les prix attractifs déclenchent l’acte d’achat en cas d’hésitation.
* Méthodologie du baromètre : enquête réalisée du 3 au 14 mars 2025, auprès d’un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population nationale française âgée de 18 ans et plus. Enquête administrée en ligne par CSA.
Quelle différence entre réparation, réemploi et recyclage ? « La réparation permet d’allonger la durée de vie du produit. Le réemploi permet de conserver la valeur du produit et le recyclage permet d’en recapturer une partie (récupération de tout ou partie de la matière) », écrivent les auteurs du document intitulé "Nos solutions pour l’économie circulaire", publié par Saint-Gobain en 2025. Clipper Coramine se positionne par exemple comme un pionnier du réemploi et mène des projets pilotes en faveur du réemploi de systèmes de cloisons. Chez AGC, Xavier Dognies, responsable collecte France d’AGC Recycle Glass prévient : « le réemploi dans le secteur du verre reste marginal car très compliqué, nous réutilisons la matière collectée et recyclée, le verre étant recyclable à l’infini – AGC Glass a collecté plus de 200 000 tonnes de verre en Europe issus des pertes de production chez ses clients et des vitrages démontés – mais hormis via quelques cas d’école, la seconde main ne se développe pas ». Le vieillissement du verre représente un frein. « Les verres perdent leurs propriétés thermiques et isolantes avec le temps et risquent de devenir opaques, ils peuvent le cas échéant être réutilisés en intérieur ou en décoration, mais cela reste une niche », estime Chloé de Maesschalck, responsable finance et stratégie d’AGC Recycle Glass. Les façadiers ne sont pas prêts à mettre autre chose en œuvre que des produits neufs.
Interlock Design

© Interlock Design
Recycleur de conscience, entreprise à mission, designer inspirant... Interlock Design ne manque pas de définitions, aussi composite que la matière dont il fait usage pour réaliser ses objets de décoration et d'ameublement. À Lunel-Viel près de Montpellier, Bastien et Lucas Giger ont fondé il y a 4 ans un modèle de réemploi, conception et production écocirculaire sans limite de créativité...
Conçu selon le principe de l’origami où à partir d’un croquis, le client assemble lui-même son produit, chaque pièce est expédiée à plat jusqu'à sa fin de vie consignée et de son recyclage pris en charge à son retour par Interlock. Un concept qui fait fleurir en toute dimension jardinières, tables et chaises, fauteuils, parasols, bureaux, rangements... où art de vivre se combine avec art d'agir, tout à la fois éthique et esthétique. Interlock Design signe des créations personnalisées uniques identifiées auprès du grand public, des entreprises et aussi des collectivités, lesquelles grâce à un mobilier urbain recyclable permet notamment de régler la problématique récurrente des dégradations. « Notre entreprise a pour objectif d'apporter à notre niveau ce changement de paradigme écocirculaire dès en amont de la chaîne de valeur, en rendant attractif nos produits par le design ; car aujourd'hui, l'écologie ne vend pas (encore), le design, oui », résume Bastien Giger. A.B.
(Cf. Signature # 9-2024 - p.142. Architerure et Art de vivre magazine - Profils Systèmes)
— Véronique Méot







