Fermetures et sécurité : d’astucieuses solutions pour contrer les périls

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Le spectaculaire vol de bijoux au Musée du Louvre nous rappelle que les bâtiments, même prestigieux, peuvent être perfectibles.



Heureusement, verriers et menuisiers conjuguent matériaux et matière grise pour sauvegarder les édifices du feu, du bruit, des balles et de l’effraction. 

Radioscopie.

 

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© Vetrotech Saint-Gobain, photographe Olaf Rohl - Vetrotech apporte à ses clients une expertise technique à travers un investissement continu dans la recherche, avec plus de 400 tests au feu réalisés chaque année chez IFTS, en Allemagne

 

Filiale du Groupe norvégien Hydro, Wicona conçoit des façades, des fenêtres et des portes en aluminium, notamment pour les bâtiments tertiaires. Responsable Qualité, Produits feu, Certification et Formation chez Wicona, Aurélien Lesieur le constate : l’actualité fait évoluer la sécurité. « Après le drame de "Charlie Hebdo" en janvier 2015, les demandes de résistance pare-balles ont été plus importantes. Dernièrement, elles ont encore beaucoup évolué. À Paris, les portes et façades d’une synagogue, côté rue, nous ont été commandées en FB6, c’est-à-dire pouvant résister à des tirs d’armes de guerre. Il y a quelques années, le FB6 était réservé à l’armée. Et nous venons de livrer un commissariat dans le Sud de la France avec une classification pare-balles FB4 en rez-de-chaussée de bâtiment. Concrètement, les menuiseries peuvent stopper des projectiles – tirés par un Magnum 357, un Magnum 44 ou un 9 mm Luger – évoluant à plus de 400 mètres secondes ».

 

De son côté, Vetrotech Saint-Gobain a élargi son expertise avec la gamme Protect, dédiée à la haute sécurité : elle comprend des vitrages pare-balles, anti-effraction et des vitrages résistants à l’explosion. « Ces deux gammes – Feu et Protect – sont complémentaires et peuvent être combinées pour offrir des solutions vitrées multifonctionnelles, répondant aux exigences les plus strictes du marché et aux divers besoins des clients. Vetrotech promeut une approche systémique de la sécurité, en conseillant des systèmes complets intégrant le vitrage, le châssis et les éléments de fermeture », pointe Davide Massa, porte-parole de Vetrotech Saint-Gobain Atlantique.

 

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© Jeld-Wen - D.R. - Jeld-Wen a développé une gamme de portes de haute performance acoustique permettant de renforcer la confidentialité des échanges dans les espaces de bureaux et les tribunaux notamment

 

Pour sa part, Jeld-Wen France s’intéresse particulièrement à la performance acoustique des menuiseries, exprimée par l’indice d’affaiblissement acoustique Rw, indiqué en décibel. Plus l’indice est important, plus l’isolation phonique est conséquente. Filiale de la société américaine Jeld-Wen inc., (22 000 salariés répartis dans 19 pays), Jeld-Wen France possède deux sites de production à Ussel (19) et à Eauze (32) où 400 collaborateurs produisent quotidiennement 5 700 portes et bloc-portes de décoration et techniques pour tous projets résidentiels et tertiaires.

 

« Sur le marché tertiaire, les indices d’affaiblissement acoustiques recherchés se situent actuellement entre 45 à 47 dB. Cela s’explique par le besoin de renforcer la confidentialité des échanges dans les espaces de bureaux, les tribunaux… Il s’agit aussi de préserver la concentration des personnes qui y travaillent », expose Anne Renon, directrice marketing et Produits chez Jeld-Wen France. Lors du Salon Artibat, Jeld-Wen a dévoilé une gamme de portes de haute performance acoustique capable d’un affaiblissement au-delà de 45 dB.

 

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© AGC Glass - D.R. - À Troyes (10), le site de fabrication de vitrages AGC Skyline est désormais qualifié pour produire du verre Wavetrap. Grâce à une protection contre les signaux électromagnétiques intégrée dans le verre, ces vitrages participent à la sécurité de l’information des bâtiments sensibles en les isolant contre le piratage des données

 

Demande et performances en hausse sur l’anti-effraction

 

Chez Wicona, ces derniers mois, la demande de menuiseries anti-effraction a augmenté sensiblement : « Nous recevons des demandes pour des menuiseries de classes CR3 ou CR4 sur des bâtiments de production de marques de luxe françaises situées en campagne. C’est nouveau », note Fabien Tries, directeur technique Wicona.

 

Les bloc-portes qui équipent les enveloppes externes des bâtiments publics font également l’objet de nouvelles exigences anti-effraction. « Nous devons y répondre avec des performances CR3, CR4 voire même CR5, alors que jusqu’à présent, ce sujet était moins prégnant. Nous avions vu le phénomène s'initier autour du Grand Paris, notamment à travers les demandes exprimées pour les chantiers des JO », rapporte David Palmero, directeur commercial Malerba, fabricant majeur français de blocs-portes techniques métalliques, bois et vitrés pour tous les segments de marché en France.

 

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© AGC Glass - D.R. - Le Perelman Performing Arts Center de New York est orné d’une façade Ecomineral Glass mise au point par AGC Skyline. Cette solution brevetée associe du marbre naturel à deux feuilles de verre protectrices dans un assemblage en verre feuilleté de sécurité

 

Et cela fait tache d’huile : les agglomérations et les maîtres d'ouvrage intègrent ces notions d'anti-effraction en amont du cahier des charges des opérations en lancement. Développé par Malerba, le bloc-porte palier BP2 doit résister 10 minutes aux assauts des voleurs. « De plus en plus, on nous demande d’aller au-delà de ce qu'exige la réglementation. C’est également le cas lors de chantiers sensibles, notamment liés à la construction de data centers qui comportent énormément de produits techniques », pointe David Palmero.

 

Depuis une dizaine d'années, de nouvelles tendances apparaissent effectivement autour des data centers, notamment des produits coupe-feu EI90 ou EI120, capables de résister entre 1 h 30 et 2 h à un incendie. « Les bâtiments en lien avec la gestion de données font l’objet de compartimentages normés. Leur sécurité est renforcée », note Baptiste Barreau, directeur général de Rénoval Menuiseries, filiale du Groupe Rénoval (qui emploie 150 personnes et a réalisé 35 M€ de CA en 2024), Rénoval Menuiseries a généré 25 % du CA global, soit un peu moins de 9 M€.

 

L’heure est au cumul des exigences

 

Pour les maîtres d’ouvrage, une menuiserie s’apparente à une voiture avec des options. Son aspect extérieur ne change pas, mais elle embarque des accessoires dissimulés – en feuillure ou dans les montants du profilé – qui lui apportent une résistance pare-flamme (E), coupe-feu (EI), pare-balle (FB) ou anti-effraction (CR). Plus les performances s’additionnent, plus la difficulté technique augmente et plus la menuiserie est chère.

 

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© AGC Glass - D.R. - Viglas Privacy® fait partie des dernières nouveautés d’AGC : il s’agit d’une porte entièrement vitrée, coupe-feu 30 ou 60 minutes, sans encadrement, pouvant devenir opaque sur simple impulsion électrique tout en laissant passer la lumière en devenant translucide

 

« Les besoins sont toujours plus complexes et s’orientent vers le cumul de performances », déclare Guillaume Leborgne, directeur général de MAF Atlantique, PME localisée à Guérande (44), qui emploie une quinzaine de collaborateurs pour un chiffre d'affaires de 5 M€ (comptes arrêtés au 30 septembre 2025). « Si je prends l’exemple des portes, les fonctionnalités s’ajoutent : résistance au feu, contrôle d’accès parfois combiné avec de l’anti-effraction. C'est plutôt intéressant pour MAF Atlantique : plus le défi à relever par notre service R&D se complique, mieux nous nous portons ».

 

Chez Wicona, les menuiseries coupe-feu EI-60 doivent aussi résister à l’effraction de classe CR-3. « L’avantage de nos gammes, c'est qu’elles présentent le même aspect, en standard, en coupe-feu et en anti-effraction : elles s’harmonisent discrètement sur le plan architectural. Nous avons une solution de gamme pour chaque problématique. Et nous pouvons la compléter avec des réalisations sur mesure », argumente Fabien Tries, directeur technique Wicona.

 

« Cumuler les exigences en ajoutant l'anti-effraction sur un seul et même bloc-porte nous amène souvent à développer de nouveaux produits à intégrer dans nos gammes », avise David Palmero.

 

Les acteurs de la R&D ont des idées lumineuses

 

Leader français de la conception de fenêtres, portes et volets en PVC, Rehau France emploie 450 salariés et réalise près de 100 M€ de CA. La matière fait partie intégrante des innovations continues sur lesquelles Rehau a renforcé sa R&D. « Nous disposons aujourd'hui de deux pôles de R&D, l’un en Allemagne et l’autre en France, pour chercher des nouveaux matériaux et répondre aux applications d’aujourd'hui. Le PVC recyclé est une nouvelle tendance. Et cela nous permet de répondre aussi bien aux exigences de la RE 2020 sur les notions de durabilité des produits qu’aux aspects sécuritaires de tenue au feu », témoigne Maxime Boileau, directeur marketing et communication et responsable du Pôle Prescription de Rehau.

 

Ces cinq dernières années, Rehau a innové en mettant 50 % de fibre de verre en plus dans ses matériaux Raufipro® pour renforcer l'aspect mécanique du produit et aller encore plus loin en termes de performances.

 

Pour sa part, évoluant depuis deux ans et demi dans le domaine de la menuiserie sécuritaire, Rénoval a d’abord développé une gamme très courte de fenêtres intérieur-extérieur destinée aux artisans et aux entrepreneurs. « Il s’agissait d’acquérir de l'expérience technique en interne, de bien se former sur la norme et de réussir l’industrialisation de nos produits, parce qu'on ne fait pas n'importe quoi avec le feu », souligne Baptiste Barreau, directeur général de Rénoval Menuiseries.

 

Ayant fait le choix de diversifier ses activités en 2021-2022, Rénoval Menuiseries s’est tournée vers la construction traditionnelle et notamment les établissements recevant du public (ERP). « Nous disposions de produits répondant aux besoins du marché en termes de capacité, de rapidité de pose, de production de chantier. Et ces choix ont été plutôt payants. Aujourd’hui, nous connaissons un fort développement sur la partie hospitalière, notamment à travers nos produits standards de châssis intérieur aluminium, nos produits antirayonnements et la partie coupe-feu », indique Baptiste Barreau.

 

Depuis un an, Rénoval élargit sa gamme et propose des performances EI90 sur les châssis et les portes et des performances EI120 sur la partie fixe en châssis, en intérieur et en extérieur. Une gamme de fenêtres a été intégrée.

 

Employant 600 personnes, Malerba est le fabricant français référent avec les plus larges gammes de blocs-portes techniques métalliques, bois et vitrés pour tous les segments de marché en France. Depuis 1971, cette société familiale conçoit et fabrique tous ses produits en France, à proximité de son siège social en région lyonnaise. Actuellement, une quinzaine de personnes animent la R&D et le bureau d’études chez Malerba, qui dispose aussi d’un laboratoire intégré avec nombre d'équipements spécifiques.

 

« Nous menons des essais en interne. Nous nous assurons ainsi de suivre les bonnes pistes de développement avant d'aller tester officiellement nos innovations en laboratoire. Nous sommes même équipés d'un four pour mener nos essais feu, en conformité avec les exigences réglementaires. Et nous réalisons des essais acoustiques et de durabilité de nos bloc-portes en simulant, par exemple, 50, 100 000, 200 000, 300 000 cycles d’ouverture et de fermeture », souligne le directeur commercial de Malerba.

 

Chez MAF Atlantique, Guillaume Leborgne remarque que les besoins en matière de sécurité sont toujours là : « Nous visons le secteur tertiaire, au sens large, hors logement : les ERP, équipements publics, bureaux, hôpitaux, centres commerciaux, aéroports, gares… Les sujets de rénovation y sont nombreux ».

 

MAF Atlantique a développé une gamme de portes très spécifiques. Réalisées en acier soudé, elles offrent une pérennité plus longue aux utilisateurs et sont à la fois coupe-feu et motorisées. « Nous sommes le seul fabricant en France à proposer cela. Nous concevons également des portes coupe-feu vitrées, motorisées, que ce soit en battant, en coulissant ou en va-et-vient. Et nous avons conclu un partenariat avec la société Record Portes Automatiques, basée à Champlain (91) : elle peut installer et mettre en service nos produits dans tous les départements de France », annonce Guillaume Leborgne.

 

La sécurité concerne aussi les solutions de protection solaire. Fondée en 1955 et employant environ 5 000 personnes pour un CA de 687 M€ en 2024, Warema Group conçoit notamment des BSO, des volets roulants et des stores toiles extérieurs.

 

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© Warema - Roland Halbe - En cas d'urgence, le système SecuKit de Warema permet de soulever manuellement un brise-soleil orientable. La lame finale s'arrête latéralement à une hauteur prédéfinie dans les coulisses 

 

Pour éviter que les occupants d’un logement ou d’un espace tertiaire ne restent prisonniers en cas d’incendie ou de coupure de courant, Warema a imaginé la gamme SecuKit qui permet d'ouvrir rapidement – et indépendamment de l'alimentation électrique – une deuxième issue de secours. « Le kit de repliement de secours à accumulateur fait remonter le brise-soleil orientable en une fraction de seconde. Actuellement, nous travaillons stratégiquement sur la sécurité résidentielle. Nos solutions allient protection solaire intelligente au quotidien et commande manuelle supplémentaire en cas d’urgence », souligne Olivia Bodin, responsable marketing international Warema Renkhoff SE.

 

Contrôles d’accès renforcés dans les bâtiments : les menuiseries se font de plus en plus polyvalentes

 

Le contrôle d’accès aux bâtiments évolue en fonction des heures de la journée. « Si l’accès reste libre durant les périodes d'ouverture, par exemple des bureaux, une fermeture automatique peut être activée à certaines heures de la journée, le soir notamment, avec des possibilités de contrôle d'accès par badge, par téléphone, par carte. Chez Jeld-Wen, nous recevons de plus en plus de demandes en ce sens », révèle Anne Renon.

 

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© Jeld-Wen - D.R. - Espaces sensibles et bruyants, les salles informatiques hébergeant les serveurs se doivent d’être isolées ; ici, les portes Jeld-Wen en limitent l’accès tout en offrant des indices d’affaiblissement acoustiques élevés

 

Chez Wicona, la serrure à points devient quasiment obsolète, même sur des éléments antipanique. « Nos éléments pare-flamme et coupe-feu intègrent de plus en plus de serrures motorisées, ce qui amène de nouvelles contraintes vis-à-vis de l'élévation de température. Ce n’est pas forcément lié à des raisons de sécurité, mais plutôt à des usages dans les bureaux, dans les lieux publics, les écoles… Il s’agit de sectoriser l'activité dans le bâtiment à des créneaux horaires précis », argumente Fabien Tries. Et de poursuivre… « C'est-à-dire qu'on va définir une entrée possible dans le bâtiment de 7 h à 9 h, après quoi il sera complètement verrouillé. Puis on permet à nouveau l’accès au bâtiment en fin de journée… Cette polyvalence horaire est demandée par des EHPAD… Elle mobilise la Gestion Technique du Bâtiment (GTB), d’autant que nous avons un autre casse-tête à gérer : la combinaison de châssis qui doivent permettre de ventiler le bâtiment tout en demeurant sécuritaires – en matière de feu ou de contrôle d'accès – à d'autres moments de la journée. Et l'architecte du bâtiment exige qu’aucune différence esthétique ne soit visible d’une menuiserie à l’autre. Il accepte tout juste la pastille équipant les ouvrants pour les sapeurs-pompiers. C’est complexe… ».

 

La résistance au feu s’organise

 

Comptant plus de 1 000 collaborateurs dans le monde, Vetrotech Saint-Gobain conçoit et fournit des vitrages de protection incendie et de haute sécurité adaptés à une grande variété d’applications : portes, cloisons, façades, verrières, planchers, fenêtres, écrans de cantonnement. Elle cible tous les segments du bâtiment non résidentiel. Fondé il y a plus de 45 ans, Vetrotech s’est d’abord spécialisé dans les solutions résistantes au feu, avec le développement progressif de la gamme Contraflam, Vetroflam et Pyroswiss.

 

Aujourd’hui, Vetrotech dispose de trois usines en Europe et d’un site de production en Inde. L’entreprise collabore étroitement avec une diversité d’acteurs du secteur de la construction : métalliers, fabricants de châssis, entreprises de pose, architectes et bureaux d’études techniques. « Cette synergie nous permet de proposer des solutions verrières adaptées aux exigences de chaque bâtiment, en alliant sécurité, performance et design », précise Davide Massa, porte-parole de Vetrotech Saint-Gobain Atlantique.

 

Au rang des innovations récentes, Vetrotech propose de grandes dimensions de vitrages visant à défier les limites des systèmes. « Nous disposons du plus grand portfolio de solutions présent sur le marché. En outre, nous développons des solutions compatibles avec les menuiseries bois répondant aux tendances architecturales. L’année dernière, nous avons lancé en France le bord-à-bord Contraflam Structure Elegance, personnalisable avec le Vibrance », rappelle Davide Massa.

 

Disposant pour sa part de plus de 100 sites industriels en Europe et employant environ 13 000 personnes, AGC Glass Europe produit, transforme et distribue du verre plat, notamment à destination des secteurs de la construction (vitrage extérieur et décoration intérieure). En France, AGC fabrique du verre plat (float), du verre bas carbone, du verre feuilleté et du verre à couche magnétron basse émissivité à Seingbouse. Elle s’appuie sur un réseau de 11 filiales de transformation et centres de distribution.

 

Concernant la sécurité incendie par les vitrages et portes en verre, Valérie Vandermeulen, responsable marketing communication France AGC Glass, constate que la tendance pousse toujours plus vers la sécurité "invisible". L’heure est aux grandes portes vitrées, sans encadrement, pour laisser entrer un maximum de lumière et dissimuler les aspects sécuritaires qui pourtant font partie intégrante des nouvelles solutions proposées. Viglas Privacy® est l’une des dernières nouveautés d’AGC. « Il s’agit d’une porte entièrement vitrée, coupe-feu 30 ou 60 minutes, sans encadrement, pouvant devenir opaque sur simple impulsion électrique. Outre la transparence, cette innovation dans la gamme des vitrages de protection incendie permet aussi d’occulter la vision tout en laissant passer la lumière en devenant translucide. Cette porte, faite entièrement de verre de sécurité, s’intègre parfaitement dans les cloisons coupe-feu bord à bord et est disponible en simple ou double vantail », expose Valérie Vandermeulen.

 

Complément des solutions verrières, les portes coupe-feu sont conçues pour résister à l’incendie pendant une durée déterminée, comprise généralement entre 30 et 240 minutes. Équipées de ferme-portes, elles se referment automatiquement en cas de sinistre. Et les joints intumescents dont elles sont équipées contribuent à isoler les différents compartiments du bâtiment pour limiter la propagation des flammes et de la chaleur, tout en donnant plus de temps aux occupants pour évacuer et aux secours pour intervenir.

 

Au quotidien, les joints intumescents sont inactifs, mais s’ils sont fixés sur le champ de la porte ou sur l'huisserie, ils peuvent être dégradés par les usagers d’un bâtiment. Dans les collèges, il arrive que les cartables frottent sur les portes. Et dans certains services d’hôpitaux, les passages répétés des chariots de service soumettent les portes aux chocs. « Mais si un joint est dégradé, intentionnellement ou non, la sécurité de l'ensemble du bâtiment est mise à jeu car le bloc-porte n'aura plus son action coupe-feu en cas d’incendie », explique Aurélien Lamothe, responsable R&D chez Jeld-Wen France.

 

Faire changer les comportements des usagers étant difficile, les industriels menuisiers développent des produits qui s'adaptent à l’usage. « Depuis une dizaine d'années, nous empêchons les dégradations en intégrant les joints intumescents à l’intérieur de nos bloc-portes. Nous posons aussi des ferme-portes encastrés et des charnières invisibles. Et, depuis six mois, les demandes du marché s’orientant vers des bloc-portes encore plus robustes et capables d’encaisser les chocs, nous intégrons le bloc-porte à l'intérieur de la porte : il disparaît complètement tout en préservant sa pleine capacité de fonctionnement. Et cela renforce l’aspect esthétique de nos produits », souligne Aurélien Lamothe.

 

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© Rehau - D.R. - Mise au point par Rehau et Eribel, la fenêtre Resiteq est la première fenêtre en polymère résistante au feu sur le marché, adaptée aux logements collectifs privés ou publics et aux établissements de santé (hôpitaux, EHPAD), tant en construction neuve qu’en rénovation

 

Basé à Morhange (Lorraine), Rehau s’est rapproché de la société Eribel, localisée à Saint-Michel-sur-Meurthe (88), fabricant de produits coupe-feu et pare-flammes, pour donner naissance à un nouveau produit. « Après plusieurs années de recherche et développement et la création d’une cellule dédiée, nos équipes ont conçu une menuiserie en PVC capable de résister aux flammes, nommée Resiteq. Son nom reflète cette prouesse technique, alliant résine et résistance (RESI) à technologie et technique (TEQ). Aujourd’hui, Resiteq est une gamme unique de menuiseries vitrées résistant au feu, idéale pour la construction ou la rénovation de logements collectifs ou EHPAD », relève Maxime Boileau, directeur marketing et communication et responsable du Pôle Prescription de Rehau.

 

Resiteq cumule plusieurs fonctionnalités : elle est certifiée pare-flamme E30, garantissant une étanchéité aux gaz de combustion, fumées et flammes durant 30 minutes. Elle est également certifiée coupe-feu EI30 : elle empêche la propagation de la chaleur pendant 30 minutes. Et elle est certifiée également RC3 à l’effraction. En clair, elle va résister durant 5 minutes à un cambrioleur professionnel essayant d’ouvrir la porte, fermée et verrouillée, à l’aide d’un tournevis ou d’un pied-de-biche.

 

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© Malerba - D.R. - Malerba dispose d’un laboratoire intégré et d'un four en interne pour mener ses essais feu

 

Pour sa part, Malerba disposait d’un produit offrant une performance EI30, uniquement avec le côté intérieur de la porte exposé au feu. La performance feu étant exigée de plus en plus souvent des deux côtés de la porte, elle a donc relancé le développement de son produit pour obtenir une performance feu EI30 en ce sens. « Et pour pouvoir répondre à de nombreuses demandes alors qu’il n'y avait pas forcément d'offres sur le marché, nous avons développé ce produit en configuration pour la réhabilitation : nous posons un nouveau bloc-porte par-dessus l'huisserie existante, ce qui nous permet d’atteindre le niveau de performances recherché. En une demi-journée d'intervention, nous pouvons remettre un appartement en conformité EI30 grâce à une porte classée BP2 des deux côtés et qui possède aussi de très bonnes performances acoustiques. Avec ce produit, nous détenons une réponse pour les bailleurs sociaux, soucieux de se montrer exigeant vis-à-vis du niveau anti-effraction », déclare le directeur commercial de Malerba.

 

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© Malerba - D.R. - Malerba propose une gamme complète de blocs-portes anti-rayons X, afin d’équiper les salles de radiologie et de radiothérapie

 

Pare-flamme et norme EW

 

De plus en plus, les bâtiments sont conçus avec des dièdres, ce type de construction s’accompagnant d’évolutions réglementaires pare-flammes un peu "exotiques". « Nous recevons de plus en plus de demandes pour des gammes de menuiseries en EW60, une norme plutôt utilisée aux Pays-Bas. En France, la norme E est plus courante. Elle exprime en minutes le temps de résistance mécanique et l’étanchéité aux flammes de la menuiserie, ainsi que sa capacité à retenir les fumées dans un volume déterminé, par un écran de cantonnement. Mais elle ne retient pas la chaleur ressentie près du feu. La norme EW reprend la norme E en y ajoutant une limitation du temps pendant lequel la chaleur ressentie – le rayonnement – ne dépasse pas un certain seuil. Le classement EW est donc intermédiaire entre le pare-flamme E et le coupe-feu EI », avise Aurélien Lesieur. Ces deux dernières années, Wicona s’est adaptée : sa gamme propose désormais des classements EW60 et E60 pour des applications en murs-rideaux et en cloisons. « Nous voyons aussi arriver des demandes sur des fenêtres, ce qui apporte d'autres complexités. Mais le classement EW est important aujourd’hui ».

 

Avec la proximité des bâtiments dans le tissu urbain, le classement EW apporte une sécurité complémentaire : en limitant l'élévation de température d’un incendie, il empêche que des éléments à proximité s'enflamment et propagent le feu à distance.

 

« En réalité, l’intérêt du classement EW réside aussi dans son coût, car il est nettement moins cher qu'un EI. Financièrement, le ratio est de 1 pour 3 entre du pare-flamme (E) et du coupe-feu (EI) : ce n’est pas anodin pour un maître d’ouvrage. En matière de sécurité des personnes, le classement EW apporte donc un compromis », analyse Fabien Tries.

 

Les produits sécuritaires se mettent au recyclage

 

Dans sa R&D, Wicona veille au respect de critères environnementaux. Il a banni certains produits pouvant générer des poussières à la coupe, leur substituant des composants minéraux qui allègent la menuiserie tout en permettant son recyclage. « Nous restons dans notre logique de proposer des produits facilement démontables et à 95 % recyclables. C'est très exigeant côté R&D car nous capitalisons sur la matière grise pour générer de la valeur ajoutée. Mais cela aboutit à un vrai gain pour nos clients puisque 90 % du produit sécuritaire est identique au standard. Ils savent donc le fabriquer tout en maîtrisant leur temps de production. Donc ils vont plus vite et ils optimisent leur stock », indique Fabien Tries.

 

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© Rénoval - D.R. - Depuis un an, Rénoval élargit sa gamme et propose des performances EI90 sur les châssis et les portes et des performances EI120 sur la partie fixe en châssis, en intérieur et en extérieur

 

Rénoval travaille aussi sur la partie environnementale : « Je pense que nous sommes les seuls aujourd'hui à pouvoir proposer une FDES sur les portes, les fenêtres et les châssis coupe-feu. C'est un élément important vis-à-vis de la recyclabilité carbone. Elle est importante pour nous et sera importante pour demain. Il n'y a pas de raison que les produits feu échappent à ce périmètre », assure le directeur général de Rénoval Menuiseries.

 

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© Rénoval - D.R. - Rénoval ambitionne à moyen terme de s’intéresser aux espaces de bureau et à la partie tertiaire. Atout : elle propose une fiche FDES validée sur ses portes, fenêtres et châssis coupe-feu

 

Les produits coupe-feu de Rehau sont eux aussi recyclables et contribuent, comme les autres produits, à la réduction de l'empreinte carbone.

 

Rencontre harmonieuse des aspects techniques et esthétiques

 

Inauguré en 2023 à New York, le Perelman Performing Arts Center est orné d’une façade peu commune, faite de 5 000 panneaux d’Ecomineral Glass mis au point par AGC Skyline, une filiale du verrier AGC située à Troyes (10). Ecomineral Glass est une solution brevetée qui associe du marbre naturel à deux feuilles de verre protectrices dans un assemblage en verre feuilleté de sécurité.

 

Pouvant mesurer jusqu’à 5 000 x 3 200 mm, les panneaux d’AGC Skyline adoptent des motifs aussi variés que les carrières de marbre de Mineral Expertise le permettent. Ces panneaux destinés aux bardages de façades peuvent être posés selon les méthodes traditionnelles, sans adaptation particulière pour les installateurs, tout en garantissant un effet esthétique réussi.

 

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© Chabanne architecte mandataire / 3XN architecte associé - D.R. - Wicona a conçu les châssis supportant les éléments verriers du nouveau Palais des Congrès de Nîmes, relevant avec succès la double problématique de courbure et d’inclinaison des menuiseries tout en préservant leurs caractéristiques de protection incendie

 

Autre défi mêlant esthétique et sécurité, Wicona a participé au chantier du nouveau Palais des Congrès commandé par la Ville de Nîmes (30) et dessiné par l’agence d’architecture Chabanne. Une faille urbaine a été créée dans la cité gardoise, à proximité de bâtiments existants, pour accueillir cette réalisation, faisant naître un risque potentiel là où il n'y en avait pas auparavant.

 

« Chaque nouveau bâtiment doit protéger les autres de son propre risque d'incendie, afin d’éviter qu'il se propage. Et ce, d’autant que le Musée de la Romanité – imaginé par l’architecte Rudy Ricciotti et auquel a également contribué Wicona – est tout proche du futur Palais des Congrès », explique Fabien Tries.

 

Pour favoriser l’insertion sur mesure du bâtiment dans le contexte historique et dense du centre-ville de Nîmes, l’agence Chabanne a repoussé les façades du Palais des Congrès en plusieurs points afin de dégager de l’espace. Elle a aussi fait naître des ondulations sur les façades, forgeant l’identité du projet.

 

« Toute la structure à l’intérieur du bâtiment est en acier. Et il nous a été demandé des menuiseries feu inclinées vers l'intérieur ou vers l'extérieur avec un degré 30 minutes. Cela nous a obligé à recréer des essais spécifiques sur nos menuiseries en tenant compte de l’inclinaison des façades. Il a aussi fallu recréer un concept de fenêtre avec le même design, mais incliné, et comportant un drainage intégré, caché dans les fenêtres, compatible avec la pente inclinée de la façade. La sécurité n’est pas antinomique avec l'architecture. Aujourd'hui, Wicona réussit avec des partenaires verriers, à créer des volumes gigantesques de 2 x 4 m en protection incendie. Et nous parvenons à ne pratiquement plus brider les architectes dans leur conception », conclut Fabien Tries.  


Photo ouverture © Vetrotech Saint-Gobain, photographe Olaf Rohl - Vetrotech dispose d’un Shooting Lab pour tester ses solutions pare-balles. « En 2025, nous avons encore intensifié les tests de systèmes en collaboration avec nos partenaires », expose Davide Massa, porte-parole de Vetrotech Saint-Gobain Atlantique


Source : verre-menuiserie.com

L'auteur de cet article

photo auteur Jacques LE CORRE
Titulaire d’un DUT Information - Communication spécialisation Journalisme obtenu auprès de l’IUT de Bordeaux III, Jacques Le Corre est journaliste professionnel depuis 36 ans. Passionné par les grands enjeux économiques, il a relaté plusieurs grands défis industriels dans des magazines, notamment la construction du paquebot “Queen Mary 2” et la mise en place des programmes A380 et A400 M d’Airbus. Homme de terrain (texte et photos), il collabore avec V&MA depuis près de 4 ans.
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