L’espaceur a su se faire une place au chaud

L’espaceur a su se faire une place au chaud

Les intercalaires de vitrages plus communément appelés warm edge se sont imposés progressivement sur le segment de la menuiserie industrielle.



Dans le bâtiment, les meilleures innovations ne sont pas forcément des technologies de rupture. Une assertion qui prend tout son sens aujourd’hui, alors même que pour décarboner, nous redécouvrons quasi ébahis les qualités incroyables des matériaux biosourcés utilisés depuis la nuit des temps pour isoler le bâti. Pour protéger l’enveloppe, la fenêtre a depuis longtemps fait ses preuves, et le double vitrage isolant s’est imposé naturellement au cours de ses quarante dernières années comme un allié primordial. Mais avec le renforcement continu des différentes réglementations thermiques et la prise de conscience grandissante de la fin des énergies fossiles, les vitrages ont aussi dû faire leur mue progressive. Et gérer une faille de taille. «Jusqu’à l’apparition des premiers espaceurs en matériaux de synthèse à la fin des années 2000, les vitrages étaient équipés d’intercalaires principalement en aluminium qui étaient de piètres conducteurs thermiques », explique Jérôme Carrié, secrétaire général de l’organisme certificateur CEKAL. « Remplacer l’intercalaire par du non ou du partiellement métallique permettait ainsi d’abaisser les déperditions de chaleur, et du même coup d’améliorer les performances globales de la fenêtre ». Il aura ainsi fallu attendre 2007 avant qu’un premier fabricant de vitrages frappe à la porte de CEKAL avec une demande un peu particulière : il possède dans ses cartons un nouveau constituant du vitrage qu’il souhaite commercialiser avec toutes les garanties nécessaires. Le premier document technique d’application (DTA) pour un espaceur warm edge est donc délivré dans la foulée après étude de son comportement mécanique et thermique, avant, en 2009, d’être intégré dans la nomenclature de CEKAL.

 

 

© CEKAL

Jérôme Carrié, secrétaire général
de l’organisme certificateur CEKAL

 

 

Le warm edge s’est imposé naturellement

Le début d’une reconnaissance qui depuis lors n’a cessé de s’élargir avec la venue sur le marché de dizaines d’autres industriels se lançant dans des essais de qualification en vitrages isolants avec espaceurs warm edge. Pour être éligibles, ils doivent faire obligatoirement l’objet d’un DTA. Si les premiers sont des produits rigides en matière de synthèse PVC doublé d’un feuillard métallique fin en aluminium ou en inox, l’on voit ensuite apparaître du polypropylène ou encore la résine styrène-acrylonitrile (SAN) en partie chargée de fibre de verre avec feuillard composite, puis des extrudés organiques sous forme de mousse qui permettent d’obtenir des intercalaires non rigides. Ils sont pour leur part, plus rares sur le marché. « Chaque industriel rivalise d’ingéniosité pour offrir un produit qui mécaniquement ne se déforme pas et ne perd pas ses propriétés dans le temps, tout en étant le moins conducteur possible », poursuit Jérôme Carrié. « Mais les fabricants ne sont pas forcément concentrés sur les performances, lesquelles ont déjà atteint de très bons niveaux ces dernières années. Un warm edge peut en effet avoir d’autres avantages en termes d’esthétique, de mise en oeuvre, de coût, tout en étant identiquement fiables pour garantir l’étanchéité du double vitrage. Mais le marché a compris que si la présence du verre à couche avec une émissivité faible est l’élément qui a le plus d’impact en matière de performance thermique, le produit qui assure l’espace entre les deux verres est tout aussi primordial. Le warm edge est donc un bonus dont on peut désormais difficilement se passer ». Aujourd’hui, si 90 % des fabricants de vitrage sont à même d’offrir de l’espaceur à bord chaud, reste que la production d’intercalaires tout métallique ne s’est pour l’heure pas encore totalement éteinte. Mais près de quinze ans après sa venue sur le marché de la fenêtre, le warm edge est déjà présent dans plus de 70 % des menuiseries qui sortent des ateliers.

 

 

 

© Edgetech / René Müller

L’industriel Edgetech, qui possède un site de production en Europe à Heinsberg en Allemagne,
produit des intercalaires en mousse de silicone pour les doubles vitrages et
a beaucoup travaillé sur les notions de processabilité de ses solutions avec une dépose robotisée

 

 

Le fabricant Edgetech, dont l’existence remonte à 1989, s’est fait une spécialité des intercalaires en mousse de silicone pour les doubles ou les triples vitrages. Adossé au groupe nord-américain Quanex, la filiale d'Edgetech qui emploie 500 collaborateurs possède une usine en Allemagne, en Angleterre ainsi qu’aux USA. Ses intercalaires souples Super Spacer®, produits phares de l’industriel, ont su s’imposer sur un marché largement trusté par les produits rigides. « Le marché a d’abord été celui de la découverte avec des acteurs qui ont commencé à faire des intercalaires plastiques qui ressemblaient finalement aux intercalaires métalliques traditionnellement utilisés dans le double vitrage », résume Fabrice Keller, directeur commercial des marchés francophones chez Edgetech Europe. « Le warm edge, qui est une sorte de rupteur de pont thermique a également été un outil pour les fabricants de fenêtres leur permettant, grâce à une solution incorporée dans le verre, d’atteindre des valeurs UW qu’ils n’auraient pu atteindre avec les seules performances développées par les profilés. Le remplacement d’une barre métallique par une barre plastique rigide a expliqué le succès rapide de ce procédé ». Edgetech a pris pour sa part une direction radicalement différente en proposant un intercalaire non pas rigide, mais souple. Avantage : sa capacité a être mis en oeuvre sur des vitrages avec des formes particulières, notamment courbes ou bombées.

 

 

© Edgetech /René Müller

Pour Fabrice Keller, responsable des marchés francophones Edgetech Europe,
le remplacement d’une barre métallique par une barre plastique rigide a expliqué
le succès rapide du warm edge

 

 

Un produit devenu standard

Avec une gamme de 6 à 28 mm, les intercalaires peuvent parfois atteindre des épaisseurs plus importantes pour répondre non plus cette fois au segment de la fenêtre, mais à celui de la porte. « Les intercalaires fins sont plutôt destinés au marché de la rénovation car il s’agit de rentrer dans quelque chose qui est déjà existant », souligne Fabrice Keller. « Les produits les plus larges répondent plus au marché de la porte, notamment avec l’apparition de triple vitrage à l’intérieur des menuiseries, qui ont tendance à s’épaissir pour améliorer l’isolation. Le challenge consiste aujourd’hui à convaincre les prescripteurs que les espaceurs warm edge ne sont pas uniques et qu’ils développent des performances différentes ». Au-delà des capacités techniques, Edgetech travaille aussi sur les concepts de processabilité. Déposés par un robot, ses espaceurs restent des produits complexes qui doivent, tout en protégeant le gaz situé à l’intérieur des deux vitrages, empêcher toute entrée d’humidité pouvant occasionner des défauts en termes de condensation. L’engouement pour les grandes façades avec des éléments verriers apportant un clair de vitrage toujours plus important n’a fait que renforcer cette obligation de pose parfaitement linéaire, notamment sur les angles. Si le warm edge a su s’imposer dans le paysage du double vitrage, son potentiel de développement reste encore très important. En effet, certains fabricants de produits verriers, principalement dans le sud de la France où le climat est moins contraignant, n’intègrent pour l’heure qu’à peine 30 à 40 % d’espaceurs warm edge à leur production. Pour une raison simple : 80 % de la production de fenêtres en France est destinée au marché de la rénovation. Remplacer des anciens vitrages équipés d’intercalaires métalliques par de nouveaux vitrages isolés avec un procédé similaire apparaissait jusqu’ici une évidence. Mais les temps changent. « Depuis 5 ou 6 ans, certains industriels souhaitent désormais limiter le nombre de références et décident parfois de cesser l’intercalaire métallique pour se concentrer exclusivement sur le warm edge », note Fabrice Keller. « Pour eux, le métal devient même une option, alors que le warm edge s’est transformé en standard. Les perspectives de développement sont donc considérables sur ce produit ».

 

 

 

© Edgetech DR/René Müller

Edgetech fournit une gamme d’intercalaires Super Spacer® avec des épaisseurs allant de 6
à 28 mm qui ont su se faire une place sur un marché largement trusté par les produits rigides

 

 

Du côté de Swisspacer, un des acteurs majeurs du secteur, cette idée de démocratisation du procédé est totalement partagée. Avec 150 collaborateurs, deux sites de production en Suisse et en Pologne ainsi que plusieurs dépôts dans différents pays européens dont la France, la filiale de Saint-Gobain qui possède son siège social en Suisse, ambitionne d’être le leader sur le marché de l’intercalaire rigide de haute performance thermique. Ses espaceurs, dont les premiers ont été lancés il y a 22 ans, sont formés de matériaux composites renforcés avec de la fibre de verre et équipés d’un pare-vapeur haute performance, sont devenus une référence, notamment en raison de l’attention portée à l’esthétique. Mais pas seulement. « Avec l’arrivée de vitrages et de profilés de plus en plus performants, le warm edge s’est imposé naturellement pour devenir aujourd’hui primordial », explique Victoria Renz-Kiefel, directrice générale de Swisspacer. « Nous cherchons aujourd’hui à améliorer la processabilité de nos produits notamment pour la pose par soudage qui demande des machines plus sophistiquées que la pose manuelle ou par plieuse ». Les gammes Advance, Ultimate, Swisspacer R ou encore Georgian Bar, misent sur une large palette de coloris pour séduire. Une véritable marque de fabrique de l’industriel qui table sur une insertion en douceur de ses produits : intercalaire marron pour une fenêtre en bois, intercalaire blanc pour des profilés blancs, etc.

 

 

 

© Swisspacer

Les produis Swisspacer sont formés de matériaux composites renforcés avec de la fibre
de verre ; le fabricant s’est engagé dans une réflexion sur le cycle de vie des produits
et notamment sur l’incorporation de ses déchets dans le processus de production

 

 

La recyclabilité, nouveau défi à venir

Mais Swisspacer voit désormais beaucoup plus loin que l’esthétique et la performance. L’entreprise a ainsi pris à bras le corps la thématique du cycle de vie des produits. Elle vient ainsi de lancer sa première fiche de déclaration environnementale (FDS), et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. « Si la performance thermique continuera d’être scrutée, la recyclabilité va quant à elle revêtir une importance primordiale dans les années à venir », prédit Victoria Renz-Kiefel. « Nous en sommes encore au début de la réflexion mais nous travaillons déjà sur des pistes pour réintégrer les déchets dans le process de production. Une autre piste plus innovante serait de recycler le vitrage sans enlever le warm edge qui sera alors fondu dans la masse pour refaire du verre. La réduction de l’impact carbone des produits de construction va très clairement compenser la course à la thermique qui a lieu depuis le lancement du warm edge sur le marché ». Un point de vue que serait enclin à partager entièrement Thibaud Durousset, responsable développement marchés chez l’industriel Technoform. Entrant comme Swisspacer dans la catégorie des fabricants de barres rigides hybrides, le spécialiste de l’extrusion plastique de haute technicité a lancé en 2020 son espaceur SP 18 destiné aux vitrages de grandes dimensions.

Développant les mêmes performances thermiques que sa solution leader le SP 14 (ex TGI Spacer M) et venant en complément du SP 16 (ex TGI Spacer Precision), cet intercalaire un peu plus flexible se veut plus facile à industrialiser. Barres rigides conçues à base de polypropylène, elles comprennent une fine feuille de métal afin de maintenir l’étanchéité complète au gaz, mais également pour assurer l’adhésion avec les scellements. « Les récentes études évoquent un taux de croissance annuelle du warm edge de 4 % jusqu’en 2028, ce qui est une tendance que l’on observe depuis l’apparition de ce procédé en France à la fin des années 2000 », note Thibaud Durousset. « Si la France a pris du retard sur cette technologie par rapport à d’autres pays, elle a depuis clairement bénéficié de réglementations thermiques de plus en plus contraignantes qui ont poussé les acteurs du secteur à chercher des variantes autres que l’aluminium. Les clients finaux ont aussi pris conscience qu’ils devaient mieux isoler leur habitat, d’autant que les solutions warm edge fonctionnent également pour garantir le confort d’été. Un retour en arrière est donc aujourd’hui rigoureusement impossible, encore plus dans un contexte exacerbé de sobriété énergétique des bâtiments ».

 

 

© Technoform

Thibaud Durousset, responsable
développement marchés Technoform

 

 

Comme d’autres fabricants, Technoform a fait le choix de solutions rigides pour prendre la suite logique de l’aluminium et ainsi capitaliser sur un outil de production qui possédait déjà peu ou prou les machines nécessaires à son industrialisation. Sans besoin de se rééquiper ni d’investir dans de nouveaux procédés, les transformateurs de verre ont ainsi pu adopter en douceur le warm edge sur leurs lignes de montage, en utilisant par exemple les mêmes plieuses qu’auparavant. Technoform a ainsi misé sur différentes techniques d’assemblages dans l’optique d’automatisation progressive de la pose de ses espaceurs. Hormis la mise en oeuvre avec pliage à chaud et à froid, l’assemblage quatre équerres qui permet d’éviter le pliage et l’assemblage par soudage sont également possibles. « Nos espaceurs ont une durée de vie qui peut atteindre une trentaine d’années, mais si la technologie est désormais au point, nous cherchons encore à améliorer la durabilité des vitrages afin qu’ils préservent leurs performances thermiques », poursuit Thibaud Durousset. « Nous avons d’ores et déjà fortement progressé sur la compréhension de l’assemblage entre les différents bords de vitrage que sont les scellements et nos intercalaires ». Depuis cette année, Technoform a également amélioré sa relation clients en lançant son kits-cadres, un service de livraison de cadres espaceurs en kits précoupés, prémarqués et pré-insérés. Avantage pour les clients : élargir l’offre commerciale en proposant à la vente des références plus marginales, notamment avec du coloris autre que le noir, notamment pour des dimensions de vitrage non standard.

 

 

 

© D.R.

Le Tribunal de Grande Instance de Paris, dessiné par le cabinet d’architecture
Renzo Piano Building Workshop (RPBW), est équipé d’espaceurs SP14
(auparavant TGI-Spacer M) de Technoform
avec les vitrages réfléchissants Cool-Lite ST Bright Silver de Saint-Gobain

 

 
© Swisspacer
Source : verre-menuiserie.com

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