Le stockage : un allié pour optimiser les ateliers
Dans la vie quotidienne, bien ranger ses affaires permet de les retrouver rapidement et de gagner du temps et de la place.
Il en va de même dans l’univers complexe de la menuiserie industrielle. Démonstration…
Si le secteur de la menuiserie industrielle hexagonale connaît actuellement des difficultés en raison de la situation économique du pays et des incertitudes qui continuent de peser sur l’immobilier, ses principaux acteurs – par exemple Tryba et les Groupes Liébot, Millet ou CETIH… – ambitionnent néanmoins de rendre leur outil de production plus performant et moins pénible pour les salariés. Ils souhaitent aussi optimiser la surface existante de leur atelier. En ce sens, le stockage automatique, les lignes d'assemblage automatique et la robotisation sont des thèmes en pleine actualité pour optimiser la fabrication des lots de fenêtres.
Lorsqu’une maison neuve est construite, elle comporte en effet le plus souvent entre 7 et 10 fenêtres (petites, moyennes et grandes). Pour constituer ce lot de fenêtres, le menuisier industriel qui en aura reçu la commande devra tout mettre en œuvre pour satisfaire son client dans les plus brefs délais. Il va commencer par s’assurer que tous les composants – profilés, vitrages et accessoires – sont déjà en stock dans son usine.

© Tecauma - D.R. - Tecauma propose une gamme de transstockeurs de produits longs ou plats bien adaptée pour les profils. La PME a réalisé récemment un transstockeur de petits profils
Pour entreposer et gérer efficacement leurs profilés de fenêtres, les grands donneurs d’ordres de la menuiserie sont souvent équipés de transstockeurs automatiques, à l’image de ceux que conçoit Tecauma. Ce fabricant de machines localisé à Essarts-en-Bocage (85) emploie 60 salariés et projette de réaliser 9,5 M€ de CA en 2026. « Nous nous adressons aux acteurs de la menuiserie industrielle dans toute la France et nous sommes l’un des seuls acteurs français à réaliser des transstockeurs automatiques de produits longs pour stocker des profilés en aluminium, en PVC ou en bois. Nous sommes parmi les acteurs les plus dotés au niveau de la gamme en stockage automatique en France », se réjouit Philippe Breillac, président et directeur général de Tecauma.

© Tecauma - D.R. - Transstockeur de tronçons - Fabricant français de machines, Tecauma développe des produits pour stocker des tronçons, des vitrages ou des menuiseries complètes
Pour sa part, Ohra France, filiale commerciale de la société allemande Ohra, développe notamment des systèmes de stockage avec les aluminiers pour leur apporter des solutions cantilever ou de rayonnage vertical afin de stocker les profilés aluminium.
« Nous proposons le rayonnage de type cantilever qui repose sur une colonne fixée sur un pied. Sur le côté de cette colonne, nous mettons des bras. Si on multiplie le nombre de colonnes par la distance que l'on veut, on peut obtenir d'immenses étagères sur lesquelles on vient poser n'importe quelle section d'aluminium, de métal, de PVC ou autre. Sur le cantilever, le rangement s’opère de façon mécanique, soit à l’aide d’un chariot élévateur, soit au moyen d’un automatisme », développe Christophe Fay, chef des ventes pour le marché français et le marché Afrique de la société Ohra. « On peut aussi stocker des profilés aluminium sur un rayonnage vertical. Le rangement s’effectue alors de façon manuelle. Près de Bordeaux, nous avons installé chez un client un rayonnage vertical pour lui permettre de stocker des barres d’aluminium d’une longueur de 6,50 m. Il y a là des profils carrés, rectangles ou ronds distribués sur 10 niveaux et sur 8 m de hauteur, avec des bras de 50 cm de profondeur, des rails de guidage… », évoque-t-il.
Stockage des vitrages : limiter la casse et les accidents
Le stockage des vitrages chez les grands fabricants de menuiseries est aussi un enjeu fort. Ils arrivent sur chevalet et peuvent être utilisés directement : le chevalet est alors amené au pied de la ligne de production de la fenêtre. Mais les vitrages peuvent également être gérés par un transstockeur automatique et être délivrés au dernier moment, en fonction des besoins. L’automatisation des stocks de vitrages limite les risques de blessures : c’est souvent dans le stock de verre que les opérateurs se blessent en manipulant de lourds éléments.
Experte des tables de coupe pour le verre et de leur gestion, la société espagnole Turomas met au point des systèmes de stockage dynamique qui sont commercialisés en France par Dumatek. « Les trieurs automatiques de verre sont la solution idéale pour stocker un grand nombre de types de verre différents dans un espace limité. Turomas les fournit pour différentes tailles de feuilles et avec différentes capacités de stockage par position, en fonction des besoins de production du client », explique Paolo Ducci, gérant de la SARL Dumatek. Au rang des innovations, le système LA de Turomas est un chargeur aérien qui associe des solutions mécaniques intelligentes à une grande robustesse structurelle pour répondre efficacement aux besoins des transformateurs de verre.
Différencier le stockage des dormants et des ouvrants
Les fabricants de fenêtres différencient le plus souvent les dormants des ouvrants. Les deux suivent des flux différents et sont assemblés au moment de préparer la commande de la fenêtre. Il faut donc pouvoir stocker les ouvrants d'un côté et les dormants de l’autre, puis pouvoir les sortir du stock au dernier moment pour préparer la commande. Mais il arrive souvent que toutes les fenêtres d’un même lot ne puissent être produites en même temps : celles qui sont déjà prêtes doivent pouvoir être stockées en un même endroit, le temps que les fenêtres manquantes arrivent. On parle alors de "stockage tampon" ou buffer. « À partir du moment où vous avez de la création de commandes à partir de plusieurs composants, vous pouvez avoir besoin d'une bufferisation intermédiaire, d’un stockage automatique », analyse Philippe Breillac.

© MZR - D.R. - Grâce au stockage productif, les menuisiers traditionnels peuvent optimiser leur atelier ; un enjeu pour accéder rapidement à n'importe quelle menuiserie individuellement grâce à des trieurs, des stockeurs et des navettes. C’est ce que leur propose la PME vendéenne MZR qui développe des solutions sur mesure ergonomiques
L’enjeu pour les menuisiers traditionnels est d’optimiser leur atelier grâce au stockage productif : il faut pouvoir accéder rapidement à n'importe quelle menuiserie individuellement grâce à des trieurs, à des stockeurs et des navettes. « Il s’agit de réfléchir à une transitique adaptée pour aller chercher un élément stocké de façon simple et sans trop d'efforts pour l’opérateur », indique Jean-Marc Boisson, ingénieur technico-commercial chez MZR, PME agile installée à Landevieille (85) et conceptrice renommée de machines ergonomiques.

© MZR – D.R. - Dosserets, convoyeurs, buffers, lignes complètes et transitiques… Autant d’éléments de stockage et de transfert figurant au catalogue du fabricant de machines MZR pour faciliter et organiser les flux en atelier
Chez les menuisiers qui délaissent le stockage, les menuiseries sont empilées les unes sur les autres dans des convoyeurs ou des palettes à dosserets. Mais dès que les responsables de production s'équipent de buffeurs, les flux de l'atelier sont plus identifiables et les stocks tournent mieux. « Ils se rendent finalement compte que le stockage est un paramètre important pour optimiser la production et l’espace », souligne Jean-Marc Boisson.

© MZR - D.R. - MZR associe le stockage vertical des menuiseries et leur convoyage vers les postes de travail pour améliorer la productivité des opérateurs et dans un souci de manipulation minimum et d’ergonomie adaptée
C’est seulement à l'issue de la fabrication d’un lot de fenêtres que le fabricant va les mettre sur palette et créer la commande client pour l’expédition, synonyme de paiement. D’où l’importance de réaliser des navettes de stockage de menuiseries complètes. Ce système évite de soulever des produits assez lourds, le plus souvent stockés au sol dans des palettes en bois… « Ceux qui possèdent un stock tampon n'ont qu'une manutention finale à effectuer pour préparer l’expédition. Cette solution optimise la productivité car les composants arrivent automatiquement à l’opérateur. Une fois de plus, l’automatisation des stocks réduit la pénibilité et les risques », relève Philippe Breillac.
Gain d’espace : le stockage gagne en hauteur

© DGM Industries - D.R. - Mise au point par Corba, filiale de DGM Industries, cette ligne de contrôle et de stockage de vitrages automatisée évite aux opérateurs la manipulation de charges lourdes dans les stocks verriers, réduisant les risques d’accidents de travail
La demande de stockage automatique est également justifiée par le gain d’espace. Depuis que les politiques ont enfourché le thème du Zéro Artificialisation Nette des sols (loi ZAN), les solutions de stockage gagnent en hauteur. « Les industriels veulent optimiser l’espace sous plafond dans les ateliers jusqu’ici négligés. Cela permet aussi de protéger des stocks de profilés qui restaient auparavant dehors, ce qui n'est pas forcément idéal lorsqu'on travaille du PVC », remarque Philippe Breillac. Localisées à Champtocé-sur-Loire (49), DGM-Corba-Mécan Industries conçoit – à travers sa filiale Corba – différents systèmes de stockage pour les cadres dormants, les cadres ouvrants, les vitrages ou les menuiseries complètes, aussi bien à la verticale qu'à l’horizontale. « Nos clients ont souvent des bâtiments culminant à 5, 6, 7 ou 8 mètres. Mais ils profitent rarement de cette hauteur pour y stocker et manipuler des cadres. C’est ce que nous leur proposons : le stockage horizontal en hauteur est plus adapté aux ouvrants et aux vitrages, le stockage vertical traditionnel recevant les éléments plus lourds, comme les dormants et les menuiseries complètes », expose Christophe Garde, dirigeant et associé de DGM-Corba-Mécan Industries.

© DGM Industries - D.R. - Avec sa filiale Corba, DGM Industries équipe les ateliers de menuiserie de lignes automatiques de stockage horizontal des ouvrants jusqu’à 5 à 8 m de hauteur sous plafond. Ces dispositifs évitent aux opérateurs de chercher les éléments dans un chariot
Maximiser les capacités de stockage en hauteur nécessite quelques prérequis : il faut disposer de moyens techniques pour saisir les menuiseries et les placer correctement dans les bons emplacements et mettre en place un ERP et des systèmes d'exploitation informatisés efficaces pour retrouver les produits au bon endroit sans perdre de temps… Cela suppose une gymnastique intellectuelle forte en amont du projet avant que les équipes de pose interviennent avec des solutions bien rodées. « Dans les ateliers, nos clients apprécient les travaux lorsqu’ils sont faits, mais ils les redoutent lorsqu’ils sont en cours », fait remarquer Christophe Garde. Les périodes de vacances (en août ou à Noël) sont les préférées des donneurs d’ordres pour réaliser les aménagements dans les ateliers.

© DGM Industries - D.R. - DGM Industries et sa filiale Corba proposent une solution de logistique mixte avec cette tour de stockage horizontal pour les ouvrants et de stockage vertical pour les dormants
Gains de productivité de 30 à 40 % grâce au stockage automatique
Le stockage automatique génère également des gains de productivité : la marchandise stockée vient directement jusqu’à la machine de l’opérateur. Plus besoin de recourir à une équipe qui tourne dans tous les sens avec des chariots élévateurs pour trouver le bon produit, le dépiler et l’apporter en production.
Le stockage automatique permet aussi de fluidifier et d'automatiser le flux et l'usage de la matière. « Les plus grands acteurs de la menuiserie sont déjà convertis. En revanche, il y a encore des petits acteurs qui y viennent ou qui y viendront. Ils n’ont pas forcément la surface instantanément disponible mais ils s'y intéressent, y compris pour des petits stockeurs », observe Philippe Breillac.
Christophe Fay a une vision du marché plus tranchée : « Les grands acteurs industriels se préparent à une reprise économique prochaine. Ils profitent de cette période pour réorganiser les flux de production et optimiser les stocks. Dans le même temps, les acteurs de marché plus modestes reportent leurs investissements. Aujourd’hui, il y a quand même une forte volonté de ne plus stocker n'importe comment car le matériel mal stocké reçoit des coups : il s’abîme. Au final, il ne servira à rien, tout en ayant coûté de l’argent. Dans tous les secteurs économiques, nombre de nos clients sont très attentifs à cela ».
MZR a calculé qu’un atelier de 60 personnes brassant les menuiseries à la main et perdant beaucoup de temps à retrouver le bon ouvrant avec le bon dormant pouvait espérer un gain de productivité de 30 % en s’équipant de solutions de stockage et de transitique modernisées.
Christophe Garde abonde lui aussi en ce sens : « La manutention automatique des éléments permet de gagner 30 à 40 % de productivité supplémentaire tout en supprimant les risques de chocs sur les menuiseries. La limitation des ports de charge diminue aussi les arrêts de travail des opérateurs ». Certaines petites entreprises ont choisi l’automatisation optimale de leur atelier. Elles sont capables de prendre du chantier ou de répondre aux demandes en diffus rapidement. En étant mieux organisées que leurs concurrents, elles tirent leur épingle du jeu et souffrent moins de la crise.
En 2025, Corba a réalisé 6,7 M€ de CA, totalement en manutention automatique. L’entreprise ligérienne s’intéresse actuellement aux déplacements de composants grâce à des systèmes AGV (Automated Guided Vehicles ou Véhicule à guidage automatique). « Ce sont des petits chariots intelligents qui se déplacent automatiquement dans les allées de l’atelier pour relier un point A à un point B, voire un point C, à la demande. Imaginons des profilés coupés par des machines, puis stockés dans des chariots et qui doivent rejoindre différents postes de montage. Au lieu de les faire déplacer manuellement par les opérateurs, les chariots sont automatisés. Complémentaire du stockage automatisé des cadres et des vitrages, ce type de solutions représente une orientation forte chez Corba pour les 5 années à venir », projette Christophe Garde.

© Larenn - D.R. - Larenn conçoit des racks de stockage pour accueillir les produits finis ou semi-finis, à l’image de ces fenêtres. Les stocks tampons ainsi créés permettent de fluidifier la production
Basé à Couzeix, près de Limoges (87), le fabricant de machines Larenn a réalisé récemment une presse de vitrage deux en un pour Tryba : elle presse les éléments de la menuiserie à l’horizontale, puis en assure le transfert. Elle se déplace sur plusieurs mètres – sur rails, grâce à des galets – pour se positionner à l'entrée de convoyeur de stockage. Passant à la position verticale, elle fait glisser délicatement le produit pressé directement vers les convoyeurs de stockage grâce à un banc à rouleaux. Nul besoin de recourir à un chariot ou à un palonnier pour effectuer l’opération. La presse de vitrage, capable de déplacer un poids de 250 kg, retourne ensuite à sa position initiale.

© Larenn – D.R. - La presse de vitrage et de transfert de Larenn apporte à la fois une solution ergonomique et sécuritaire à ses clients
« Nous avons doté notre presse de vitrage mobile d’un système de freinage pneumatique pour pouvoir la bloquer en position sans qu'elle bouge lors d’un transbordement. Et un système antibasculement permet de maintenir la menuiserie durant le transport », détaille Didier Moiroud, dirigeant de la société Larenn qui emploie 20 salariés et qui a réalisé un CA de 2,16 M€ en 2025, stable par rapport à 2024. Larenn tire son épingle du jeu parce qu'elle conçoit des machines sur mesure, des "moutons à cinq pattes". « Nous allons vers les clients et nous étudions leurs besoins avec eux pour concevoir des machines spéciales. Nous sommes très peu sur les articles catalogues », souligne Didier Moiroud.

© Larenn - D.R. - Nouveauté intéressante de Larenn qui a imaginé une presse de vitrage et de transfert montée sur rails : elle est capable de presser une menuiserie puis d’aller la déposer directement en stock, évitant une étape de transbordement supplémentaire
Ira-t-on un jour vers l'usine entièrement automatisée ? Étant donnée la richesse des options et des équipements différents qu’offre une menuiserie, l’automatisation à 100 % semble très difficile à atteindre. « Mais nous essayons d'automatiser de 80 à 95 % de la production », ambitionne Christophe Garde.
Plus les volumes de menuiseries sont importants, plus les stockages intermédiaires et automatiques sont intéressants. Les gros fabricants ordonnancent leur production en campagnes : ils assemblent 10 fenêtres A, puis ensuite 10 fenêtres B. Ils doivent avoir des capacités de stockage tampon entre chaque phase de production pour ensuite regrouper automatiquement les produits permettant l’expédition de la commande d'un client.
Tecauma s’est adaptée à la création de stockeurs d’ouvrants il y a déjà quelques années. « Nous avons conçu un système sur mesure pour stocker des ouvrants de fenêtres avec ou sans vitrage. Nous nous adaptons également à la fabrication des fenêtres et des tronçons usinés en bois. Notre traçabilité augmentée permet de s'assurer qu'on a bien les 4 tronçons nécessaires et sans défaut pour fabriquer une fenêtre avant de les sortir du stock. On ne découvre plus au moment de l’assemblage que les produits ne conviennent pas, ce qui permet de fluidifier la production », assure Philippe Breillac.
« La période d’incertitudes que nous traversons est propice à faire mieux et à s’améliorer. Les menuisiers mieux organisés voient le prix de revient de leurs produits baisser : cela augmente les marges ou cela les préserve à chiffre d'affaires constant », analyse Jean-Marc Boisson. Le stockage bien organisé rime plus que jamais avec compétitivité !
Photo ouverture © Ohra - D.R. - Ohra France travaille notamment avec les aluminiers pour leur apporter des solutions cantilever ou de rayonnage vertical en vue de stocker leurs profilés aluminium
L'auteur de cet article








