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La R&D se nourrit du besoin client

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Face à la pénurie de compétences, à la pression sur les cadences et aux nouvelles exigences de sécurité, de connectivité et de durabilité, la R&D des constructeurs de machines n’est plus seulement un levier d’innovation.



Elle devient le cœur stratégique des industriels de la menuiserie et de la fermeture, en prise directe avec les ateliers, les clients et les usages finaux.

 

© Voilàp Group - Au sein de la multinationale italienne Voilàp Group, la R&D s’identifie en réseau et en synergie avec une offre multiservices de pointe à travers le meilleur des expertises de ses marques elumatec, Emmegi, Emmegisoft, Imecon, Keraglass, Mappi, Motiqa, Pladway, Someco, Stuga, Stürtz, Tekna, Voilàp, Voilàp digital 

 

Alors que les industriels veulent produire plus vite, avec moins d’erreurs et des équipes parfois moins expérimentées, les constructeurs placent la R&D au centre de leur modèle. Cette évolution répond à une double tension : des clients en quête de machines plus productives, plus simples et plus sûres, et des fabricants confrontés à la digitalisation des ateliers, aux nouvelles normes européennes, à l’usage des données, à la transition environnementale, à l’IoT et à l’intelligence artificielle. Dans ce contexte, la R&D devient un organe vital, capable de traduire les besoins du terrain en solutions industrielles fiables.

 

Voilàp insiste sur la relation recherche et commerce

 

© Voilàp Group - Yvon Wirz, président de Voilàp France

 

Chez Voilàp, la R&D se pense d’abord comme un réseau explique Yvon Wirz, président de Voilàp France : « À l’intérieur du Groupe Voilàp, chaque marque a sa propre R&D avec une coordination au niveau global. Toutes les expertises sur les différentes marques sont mises en commun. Si on a une compétence, on va la partager, ainsi que toutes les bonnes idées ». Cette mutualisation n’efface pas les identités de marque. Elle vise au contraire à capitaliser sur des centres de compétences spécialisés, capables d’irriguer l’ensemble du Groupe. « Nous avons des centres de compétences à l’intérieur du Groupe. Certains peuvent appartenir à une même marque et se mettre au service des autres. Il est nécessaire d’harmoniser la R&D », ajoute Paolo Cavazzolli, responsable de la région Europe du Sud du Groupe Voilàp. Avec en parallèle des efforts financiers à faire. Pour preuve, Voilàp revendique de nombreux investissements sur la période 2022-2027 dans plusieurs domaines : intelligence artificielle, durabilité, capacité de production, développement produits, IoT et smart factory. « Une partie importante de ces investissements est liée à la R&D, car celle-ci doit permettre d’améliorer sans cesse la performance de la machine et sa technologie », souligne Yvon Wirz. L’intelligence artificielle entre également dans le champ de la R&D, mais avec prudence. Le Groupe Voilàp expérimente ses usages, notamment pour la conception logicielle. « Nous avons démarré un travail avec l’IA dans divers départements, dont la R&D, et surtout pour la conception de logiciel. Cette IA demande une personnalisation pointue pour être utilisable à grande échelle. Pour l’instant, nous comprenons petit à petit le potentiel de l’IA ».

 

© Voilàp Group - Centre de formation et de test autour de l’ensemble de la gamme des produits elumatec, l’elumatec-infocenter créé en 2022 au sein du siège social elumatec à Mühlacker (Allemagne), participe activement à la valorisation de la marque 

 

Le terrain comme point de départ

 

Mais une R&D performante ne peut fonctionner isolée. Pour Yvon Wirz, l’innovation doit être alimentée par le marché : « Il ne faut pas oublier que la R&D ne pourra rien faire si le marketing et le commerce ne font pas remonter les données et les besoins du marché. Il faut comprendre si le produit intéresse un ou plusieurs marchés et cela demande une grande proximité avec les clients ». Une idée ne vaut que si elle est validée par l’usage : « L’on peut avoir une idée dans la tête, mais il faut que celle-ci soit validée par le terrain, par le client. Toute la chaîne doit être concernée pour être performante : la R&D, le commerce-marketing mais aussi les clients et le service après-vente », ajoute-t-il. Les retours SAV deviennent ainsi une matière première précieuse, capable d’orienter une évolution technique, une amélioration d’ergonomie ou une correction de conception. Voilàp pousse même cette logique jusqu’au client final. En Italie, le Groupe a développé un réseau de points de vente physiques et digitaux permettant d’observer directement les attentes de l’utilisateur final. La veille constitue un autre pilier : évolutions technologiques, réglementaires, logicielles, adaptation aux marchés. 

 

© Voilàp - Emmegi Plus-quadra alta à haute performance

 

Paolo Cavazzolli insiste notamment sur la sécurité et les réglementations : « Un point important à ne surtout pas négliger concerne la partie sécurité et normes. Nous continuons à être très attentifs aux évolutions des normes. Sur la conception, la sécurité représente une vraie valeur ajoutée ». Pour le responsable de la région Europe du Sud du Groupe Voilàp, la sécurité devient un élément différenciant, parfois moins visible que l’esthétique ou la productivité, mais décisif dans la valeur délivrée au client.

 

Dubus Industrie : une innovation sur mesure 

 

© Posiflex - Avec la relance de la fabrication de sa machine de pose automatique pour cadres dormants PVC et Aluminium, le pôle R&D de Dubus Industrie accompagne les acteurs de la menuiserie dans l’évolution de leur modernisation industrielle. Conçue sur un bâti mécano-soudé robuste, cet équipement associe fiabilité industrielle, flexibilité de production et intégration numérique avancée

 

Chez Dubus Industrie, la R&D ne prend pas la forme d’un laboratoire séparé du reste de l’entreprise. Elle s’incarne dans les projets clients, dans les heures d’études, dans la résolution de problèmes concrets. David Dumaine, directeur général de Dubus Industrie, résume cette approche : « Nous fabriquons des machines sur mesure et l’innovation est appliquée à la demande des clients. La R&D part d’un besoin très concret. Nos clients ont des attentes précises sur des thèmes variés comme la sécurité, la productivité, l’amélioration de la cadence avec de l’automatisation et de la sécurisation ». 

 

© VMA/A.B. - Installation Dubus au sein de Tellier-Brise-Soleil à Chemillé -en-Anjou près d’Angers (49)

 

La recherche n’est donc ni fondamentale, ni théorique, mais elle naît des contraintes rencontrées dans les ateliers avec des réponses fiables à apporter. Cette culture de l’innovation repose sur une organisation intégrée chez Dubus Industrie. « Nous ne faisons pas uniquement de la R&D, nous travaillons avec une équipe pluridisciplinaire intégrant un bureau d’études, un service dédié aux montages et à la production et un aux automatismes ». La collaboration permanente entre les clients et ceux qui conçoivent permet d’éviter le décalage entre une bonne idée et sa faisabilité industrielle. Lorsque la solution n’existe pas, l’entreprise passe par des phases d’avant-projet pour définir précisément les besoins. Certains développements peuvent représenter des volumes considérables : David Dumaine cite ainsi un projet en cours mobilisant plus de 6 000 heures d’études. Même sur les machines existantes, l’amélioration continue reste structurante : « Sur les machines existantes dans l’atelier, à minima, 10 % du temps est consacré à l’amélioration de la machine », confie David Dumaine. La demande la plus forte reste liée à la productivité. « Nous intégrons également des fonctions annexes dans les lignes d’usinage pour faciliter les choses et faire gagner du temps au client. L’innovation doit toujours être pragmatique par l’écoute pour apporter une solution concrète alliant fiabilité et performance », conclut David Dumaine.

 

Easy Groupe : faire simple demande beaucoup d’intelligence

 

© E.A.SY Groupe - Constant Marandel, président de E.A.SY Groupe, en codirection avec une équipe fortement engagée dans une profonde chaîne de valeurs et de compétences

 

Pour Constant Marandel, président d’Easy Groupe, la R&D est indissociable d’une promesse contenue dans le nom même de l’entreprise : rendre les choses plus faciles. Depuis 2020, l’ancienne dénomination Acra a laissé place à Easy, avec une volonté claire de simplification. « Quand nous avons créé E.A.SY Groupe avec pour objectif de véritablement tout faciliter, nous avons donc conçu des standards de nos machines pour simplifier la fabrication et aplanir les difficultés pour nos clients ». Cette philosophie s’applique à la conception, à l’assemblage, à l’utilisation et à la maintenance. 

 

E.A.SY fabrique ses machines de A à Z et consacre une part importante de son développement à supprimer ce qui complique inutilement les usages. 

 

© E.A.SY Groupe - Le bureau d’études d’E.A.SY Groupe qui rassemble un ingénieur, deux personnes et demie sur les postes de dessinateur-projeteur et deux personnes sur les programmes a une mission claire : « faciliter et simplifier les étapes et l’accessibilité à tous les acteurs et à chaque process »

 

L’exemple de la machine e-volet illustre cette démarche : « Nous avons imaginé la machine e-volet qui peut être assemblée par tout le monde, il suffit de visser et d’assembler », se félicite Constant Marandel. La simplicité devient une réponse directe au turn over dans les entreprises clientes. L’opérateur doit être guidé de bout en bout. Les machines E.A.SY misent sur les réglages électriques, les écrans tactiles et des interfaces préréglées. « L’opérateur avec nos machines est guidé de A à Z, tout est électrique, il peut donc tout gérer tout seul avec l’écran tactile à sa disposition déjà réglé », précise Constant Marandel. Dans un contexte de tension sur les compétences, la machine doit absorber une partie de la complexité. Pour le président d'E.A.SY Groupe, cette quête de simplicité est loin d’être évidente : « Nous partons du constat que tout a tendance à se compliquer, mais il faut beaucoup d’intelligence pour faire simple, car ce n’est pas facile ». Avec une stratégie qui a évolué, remarque-t-il : « L’entreprise a longtemps amélioré ses machines sur une base existante. Elle repart désormais d’une feuille blanche pour repenser toute sa gamme selon cette philosophie E.A.SY. Cette transformation s’appuie sur les retours clients et sur les équipes internes. Nous ne pourrions rien faire sans notre service R&D. Il y a en permanence un échange entre le bureau d’études et l’atelier ».

 

De nouveaux défis à relever

 

Au-delà de l’ergonomie, les constructeurs doivent anticiper un environnement réglementaire plus exigeant, notamment autour du numérique et de l’intelligence artificielle. Constant Marandel s’interroge déjà sur les futures directives européennes et leurs conséquences sur la connexion à distance des machines : « Nous n’avons pas vraiment de visibilité sur les possibilités que nous aurons de continuer à nous connecter sur les machines pour effectuer du dépannage à distance par exemple. Cela pourrait être interdit ». La collecte des données devient un enjeu majeur pour la R&D. Les données machines permettent d’améliorer les équipements, d’accompagner les clients, de valider des choix techniques et de mieux comprendre les usages. Mais leur exploitation devra composer avec des cadres juridiques et cybers de plus en plus stricts. La R&D regarde aussi du côté des matériaux. Constant Marandel apprécie d’avoir pu travailler récemment avec l’Agence spatiale européenne autour de nouveaux matériaux, autres que le PVC et l’aluminium. « La R&D permet une veille sur toutes les possibles innovations. J’ai ainsi identifié de nouveaux matériaux, mais qu’il est pour le moment compliqué de produire à grande échelle ». La difficulté n’est donc pas seulement d’inventer, mais de transformer une piste technologique en solution industrielle viable. Une remarque qui valide le fait que la R&D ne vaut que par sa capacité à passer l’épreuve de l’atelier. Qu’il s’agisse d’un matériau innovant, d’un logiciel connecté, d’une machine plus rapide ou d’un poste d’assemblage simplifié, l’innovation doit rester industrialisable, fiable et rentable.

 


3 questions à

© Groupe HETAGE

Christophe Garde, président de DGM Industries (Groupe HETAGE)

 

« C’est le marché qui nous guide »

 

Quelle est l’importance de la R&D dans votre entreprise ?

La R&D est plus qu’importante, nous en faisons en permanence en lui consacrant 5 à 10 % de notre chiffre d’affaires. Cela passe par une mini-étude de marché puis un travail de nos bureaux d’études automatismes et mécanismes.

 

Comment est-elle organisée ?

Nous ne disposons pas véritablement de service dédié. Ce sont les bureaux d’études qui détachent du personnel avec un roulement pour que ce ne soit jamais les mêmes personnes.

 

Quels sont les thèmes le plus souvent étudiés ?

C’est le marché qui nous guide, donc nous sommes plutôt sur l’ergonomie du poste, la sécurité, la productivité. De plus en plus aussi, les clients demandent des machines moins énergivores. N’oublions pas non plus que si la R&D sert à innover, à inventer, 50 % de celle-ci se fait sur le développement d’affaires vendues, sur de l’amélioration continue.

 

© Groupe HETAGE - Avec l’acquisition en avril de la société ECMA Concept venue intégrer la structure juridique de Mecan’Industries, le Groupe HETAGE s’adjoint une haute expertise complémentaire auprès de ses clients et partenaires de la menuiserie industrielle et fermeture et mise sur l’accélération de son pôle R&D ; ci-desssus, machine de vissage automatique des crémones développée par DGM Industries

 

© Groupe HETAGE - DGM Y-CUT - Centre de sciage parcloses PVC

 

© Groupe HETAGE - Le Groupe HETAGE, dirigé par Hervé Delhommeau, Christophe Garde et Gaël Mazoyer se compose des entités DGM Industries, CORBA Industries et MECAN Industries avec la société ECMA Concept


 

Compenser la pénurie de compétences

 

La pénurie de main-d’œuvre qualifiée constitue l’un des principaux moteurs de la R&D actuelle. Les industriels de la menuiserie et de la fermeture doivent maintenir leurs cadences avec des opérateurs parfois nouveaux, moins formés ou soumis à une forte rotation. Les constructeurs répondent par des équipements plus autonomes, plus didactiques et plus sécurisés, capables d’aider l’opérateur, de sécuriser la production et de limiter les erreurs. L’autre transformation majeure tient à l’élargissement du périmètre de la R&D. Celle-ci ne porte plus seulement sur la mécanique, mais aussi sur le logiciel, les données, l’ergonomie, la cybersécurité, les normes, l’assistance, la maintenance et parfois l’expérience du client final. Le constructeur devient ainsi un partenaire de performance globale. Cette transversalité impose de concilier vision commerciale, contraintes réglementaires, retours SAV, réalité des ateliers et capacités financières. L’innovation n’est plus un exercice solitaire d’ingénieurs : elle résulte d’un arbitrage permanent entre performance, coût, simplicité, fiabilité et valeur client. Dans un marché où les exigences progressent mais où les investissements restent contraints, la R&D représente un pari. Elle consomme du temps, des compétences et du capital. Pourtant, pour Paolo Cavazolli, c’est presque une condition de survie : « Si nous voulons continuer à être leader, nous devons continuer à innover. Pour innover, le travail de la R&D est primordial ». Une R&D dont la définition semble claire : une innovation utile, née du terrain, validée par l’usage et capable d’améliorer concrètement la performance réelle du client. 

 

© Fom - Détail d’une machine acier développées par Fom France

 

— Franck Guidicelli


Photo ouverture © E.A.SY Groupe - Concepteur-fabricant de machines automatisées destinées à la production de volets roulants, E.A.SY Groupe se distingue par son sens de l’innovation pour offrir des équipements à haute valeur ajoutée et des services ad hoc ; ci-dessus, la conception par son bureau d’études de sa machine E-Volet plus ergonomique, avec une véritable valeur ajoutée en termes de sécurité tout en gagnant en efficacité et rapidité


Source : verre-menuiserie.com

L'auteur de cet article

photo auteur Franck Guidicelli
Journaliste depuis l’an 2000, j’ai débuté ma carrière à Paris avant de poser mes valises à Tours. Spécialisé dans la presse professionnelle du secteur du bâtiment, je m’attache à mettre en lumière les coulisses d’un monde en perpétuelle évolution. J’aime le contact avec les gens, écouter leurs histoires, comprendre leur passion et témoigner de leur quotidien. Aller sur le terrain est pour moi essentiel : c’est là que les métiers prennent vie, que les pratiques se transforment, que l’humain se révèle. Mon travail consiste à raconter ces réalités avec précision et respect. En parallèle, je cultive une passion pour le sport sous toutes ses formes. Le football, en particulier, occupe une place centrale dans mon univers. Il incarne pour moi l’engagement, l’émotion collective et le dépassement de soi. Ces valeurs résonnent avec ma manière de concevoir le journalisme.
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