VMA 300
- Scénario 3 : "Le bâtiment comme un service" Alorsquelapopulationcroît,lesmétropolescontinuentd’êtrelecœurdudéveloppement économique.L’urgenceenvironnementaleconduitl’Étatàmettreenplacedespolitiques ambitieuses de transition écologique, axées sur le changement climatique et l’artificia- lisation des sols.Ces politiques sont l’objet d’une adhésion par la société.Les acteurs du bâtiment et de l’immobilier s’adaptent à deux enjeux clés : ne pas étaler la ville et rénover le parc bâti. L’application de la règle de "zéro artificialisation nette" porte un coup d’arrêt à l’extension périurbaine. La surface devient alors le facteur limitant en ville et périphérie, et son optimisation, un enjeu central. Dans ce contexte, il est de plus en plus coûteux d’être propriétaire en ville, lequel doit investir lourdement pour réhabiliter son bien, faisant apparaître une mutation profonde du rapport au bâtiment et à la notion de propriété. Les occupants – et l’État – réalisent que la location permet une réelle adaptation à des besoins changeant dans le temps. Par ailleurs,attirés par des rendements attractifs,de grands opérateurs privés prennent pied dans le logement et deviennent les principaux investisseurs dans la construction, la rénovation et l’exploitation du parc urbain. L’État abandonne l’idée de soutenir une France de propriétaires : il encourage la fluidité dans le parc pour que chacun occupe les bâtiments adaptés à ses besoins dumoment.Tout part vraiment des besoins,modu- lables, pour trouver une solution de logement adaptée, avec une surface limitée qu’il n’est plus tenable de conserver durablement. En ville, le bâtiment devient un service mis à la disposition de ses occupants par les acteurs institutionnels, permettant une plus grande flexibilité dans la gestion des espaces, et fortement aidée par les solutions numériques.Lesbâtimentsdeviennentmultifonctionnels:ilsaccueillentdescommerces, desespacesvertsoud’agricultureurbaineouencoredeslocauxassociatifs.Ilspermettent aussi la captation d’énergie et les recharges de véhicules électriques. Ils incluent des espaces plurifonctionnels dont l’usage peut varier au cours de la journée ou de la semaine. L’innovation est créée sur les usages et non plus sur les techniques. Par exemple, la location des locaux à l’heure se développe. Perçue jusqu’alors comme peu capitalistique, la filière construction/rénovation augmente fortement sa productivité car les investisseurs soutiennent ce secteur. Les pouvoirs publics et les acteurs de la filière réussissent à associer exigences écologiques et fluidification des règles. Cependant,lesnouveauxfournisseursdeservicesbâtimentneveulentplusdedésordres dans la construction car cela obère leurs marges. Ils recourent donc à des solutions industriellesmassifiant la rénovation et une construction rapide enmaîtrisant les coûts, les risques, la qualité…Une part importante des travaux de construction et de réno- vation est ainsi transférée du chantier vers l’usine.Les nouveaux bâtiments construits ou rénovés selon ces approches ont des performances environnementales très élevées. Le choix d’utiliser fortement la démolition de constructions pour densifier les zones périphériques pose toutefois des problèmes, avec des tensions sur les matériaux, exacerbées par les risques de pénuries. Les acteurs adoptent donc l’économie circulaire : selon le principe "déconstruire, reconstruire". Conséquence : en 2050, une part très importante des grandes villes et de leur couronne périurbaine a fait l’objet de rénovations lourdes ou de restructurations. Les friches urbaines ont disparu.Hors desmétropoles,la situation est plus contrastée entre des zones de villégiature et des zones dépeuplées. - Scénario 4 : "Pénurie" Durant la période qui nous sépare de 2050, la société a de plus en plus de mal à gérer le cumul des crises systémiques : changement climatique, pandémies, crise économique… Les autorités politiques subissent les crises et l’action collective perd en légitimité. L’État se désengage engendrant une individualisation des réponses face aux crises. Dans ce contexte,les acteurs de l’immobilier et dubâtiment se retrouvent bloqués car privés de financements ou de ressources humaines, de matériaux ou d’une capacité d’action collective catalysée par l’action publique. La population française décroît d’environ 120 000 personnes par an. Les investisseurs se détournent de la pierre car l’immobilier apparaît comme un secteur moins attractif, notamment en raison du risque de perte de valeur à moyen terme sur certains actifs liés au changement climatique. De son côté, l’État est dans l’impossibilité d’intervenir sur le marché immobilier à la hauteur de ses engagements passés. La proportion des ménages souhaitant accéder à la propriété, mais ne le pouvant plus, augmente. Conséquence : la part des locataires croît. Face à cette situation, les acteurs adoptent des stratégies individuelles ou à petite échelle qui peuvent aller jusqu’à la recherche d’autonomie des bâtiments vis-à-vis des réseaux existants comme les réseaux énergétiques ou les réseaux alimentaires. Selon les territoires,les réponses peuvent être très variées.Face aux vagues de séche- resse, certains optent pour des climatiseurs individuels, certes peu chers mais contribuant à l’augmentation de la chaleur en milieu urbain. Dans d’autres terri- toires, l’on se heurte à des problèmes locaux de rénovation et de végétalisation. Et peu à peu, la société se fractionne. Autre exemple : la réponse à la crise de lamain-d’œuvre.Certains territoires adoptent des solutions de repli comme la délocalisation de l’activité, la "plateformisation" de l’artisanatouunbricolagedequalitévariable,accentuantlafaibleattractivitédusecteur. Dans d’autres territoires se développe une dynamique d’auto-rénovation de qualité. Alors que d’un côté, des bidonvilles réapparaissent et des occupations sauvages de lieux se multiplient, les ménages les plus aisés investissent pour maintenir leur niveau de confort. La société se fracture. Dans ce contexte, l’activité du bâtiment et de l’immobilier, privée de ses ressources clés, tourne au ralenti. Le niveau d’activité globale est en baisse et le contexte assez peupropice pour la productivité du secteur qui stagne sous l’effet conjugué de la crise de la main-d’œuvre, la pénurie de matériaux, mais aussi des règles politiques peu lisiblesoumalappliquées.Néanmoins,l’innovationfrugalequipermetdecontourner les pénuries se développe fortement. En 2050, l’obsolescence du parc de logement s’est accrue au fur et à mesure que le fosséentrelesbesoinsdesoccupantsetlecadrebâtis’estélargi.Lesprojetsimmobiliers des entreprises sont bloqués. La mobilité résidentielle est ralentie et l’on assiste au développement de l’insalubrité et du mal logement. Une partie de la population se retrouveassignéeàrésidencedansdeslogementspeuadaptésàsesbesoins,lefaible taux de rénovation du bâti l’a mal préparée aux effets du changement climatique. Et l’on voit apparaître, aux côtés d’une précarité énergétique d’hiver, une précarité énergétique d’été. JLC 27 MARS - AVRIL 2022 / V&MA 300 / www.verre-menuiserie.com
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