VMA 300
- Scénario 1 : "Difficile de tout faire" Dans la période qui nous sépare de 2050, les métropoles et leurs couronnes périurbaines se renforcent et le reste du territoire décroche.Les acteurs du bâtiment et de l’immobilier font face en même temps à la transition démographique – marquée par la stabilisation de la population associée à un fort vieillissement – à la transition environnementale et à la transition numérique. Ces trois transitions demandent une adaptation importante dubâtimais les investissements nécessaires, de grande ampleur, manquent. Les politiques environnementales aux objectifs ambitieux sont, en pratique, peu suivis d’effets. Les ménages et les entreprises voient leurs capacités d’investisse- ment limitées.Les ressources économiques desménages stagnent et les inégalités s’accroissent.La hausse des prix et la longue durée des prêts limitent le financement pour les propriétaires de la rénovation de leur bien. Une part très significative du budget des ménages est investie dans le logement sans que la qualité soit toujours au rendez-vous. Dans le tertiaire, les incertitudes sur l’évolution des besoins – modifiés par la numérisation de l’économie et le vieillissement de la population – limitent les investissements. Du côté de l’offre,les acteurs du bâtiment et de l’immobilier peinent aussi à investir à la hauteur des besoins, que ce soit en R&D, en ressources humaines ou dans les équipements. Les innovations nécessaires à la transformation des bâtiments se diffusent lentement. La faiblesse de l’investissement dans la formation conduit à une polarisation des emplois : des postes très qualifiés accompagnent la numé- risation et les nouvelles normes, alors qu'une grande partie de la main-d’œuvre peu qualifiée effectue des tâches de manutention, de pose et de déconstruction. Cette polarisation n’attire pas la main-d’œuvre qui permettrait d’accroître l’activité du secteur : on rate une opportunité. La productivité continue à progresser lentement. L’immobilier étant considéré comme un domaine peu porteur, les innovations de service restent un phénomène de niche portées par des stars-up qui touchent les bien-portants économiques ou les urbains.Le parc d’habitation est impacté par ce contexte. Certes, la conception et la réalisation des bâtiments neufs évoluent pour prendre en compte des exigences croissantes : moindre consommation d’énergie, faible émission des Gaz à Effet de Serre (GES), biodiversité, modularité des bâtiments…Mais la règlementation en silos,complexe,rend difficile la création de bâtiments face à toutes ces contraintes de plus en plus nombreuses. De nombreux bâtiments sont rénovés mais pas toujours à un niveau très perfor- mant : le BBC n’est clairement pas le standard. De fait, le parc évolue de manière contrastée.D’un côté,les nouveaux bâtiments répondent bien aux nouveaux défis, y compris ceux détenus par des bailleurs institutionnels ou des bailleurs sociaux. De l’autre côté, une part encore importante des bâtiments se trouve mal adaptée aux nouvelles exigences. En 2050, le secteur poursuit une trajectoire lente dans un monde qui a changé rapidement. Les objectifs fixés en 2020 ne sont pas atteints, même s’il est à noter des avancées notables. 4 SCÉNAR I OS - Scénario 2 : "Rééquilibrage" La répétition des crises systémiques sur la période 2020-2030 amène une large partie de la population à délaisser les logements exigus et coûteux des centre-villes au profit d’habitations situées en grande banlieue, dans les villes moyennes ou au sein de territoires ruraux. Ce phénomène est accentué par le vieillissement de la population et par un lent déclin démographique. Dans ce cadre, la problématique centrale de la quantité des bâtiments – prégnante dans un contexte d’accroissement de la population et de concentration de celle-ci au sein de certains territoires – passe au second plan au profit de la qualité des bâtiments et de leur adaptation à des contextes territoriaux et sociaux variés. Pour permettre cette adaptation,le pouvoir et lesmoyens des collectivités territoriales sont renforcés. La politique nationale porte principalement sur les enjeux environ- nementaux et sociaux dont les crises ont prouvé qu’ils ne pouvaient être traités que conjointement. Le changement climatique et la protection de la biodiversité sont devenus des causes nationales et les collectivités s’attèlent à décliner ces objectifs ambitieux en termes de rénovation énergétique des bâtiments, de réduction de l’artificialisation des sols ou encore d’accès au logement pour tous. Les marchés de l’immobilier prennent des formes diverses. Dans les zones métro- politaines dont l’attractivité s’est fortement réduite, une grande partie du parc de bâtiments voit sa valeur baisser, contraignant certains propriétaires à vendre leur bien à perte ou de demeurer sur place malgré leur envie d’aller ailleurs. Des programmes de réhabilitation sont mis en place. Ils permettent de faire muter des quartiers trop monofonctionnels et d’adapter la taille des bâtiments aux besoins des nouveaux occupants. Une partie du parc est, elle, tout simplement détruite pour permettre de mieux répondre aux demandes de la nature en ville. À côté de cela, dans les zones nouvellement recherchées, les règles de limitation de l’artificialisation des sols conduisent à des rénovations massives du bâti ancien. Les constructions neuves se font au compte-gouttes et à partir de programmes ciselés, aprèsconcertation entre les futurs occupants,les professionnels de la construction et les collectivités,notamment pour amener les élémentsmanquants à tel ou tel quartier. Cette transformation s’accompagne d’une mutation importante de la filière de la rénovation, qui passe d’une politique de quantité à une politique de qualité, la rendant plus attractive avec effet de rééenchanter les métiers du bâtiment : l’artisan devient le compagnon du durable,investi,super qualifié et pragmatique.Par ailleurs, la filière fournit des voies de reconversion intéressantes pour des travailleurs en quête de sens. La nouvelle réglementation environnementale – et notamment la fiscalité sur les matériaux – entraîne le développement rapide de l’économie circulaire et l’essor d’un tissu d’entreprises facilitant sa mise en œuvre. Les entreprises de rénovation se distinguent désormais davantage par leurs capacités à agir en réseau, à formuler des offres globales et à répondre aux exigences des tests de performance du bâti après travaux, que par leur propension à mobiliser des équipements ou des matériaux high-tech. 26 MARS - AVRIL 2022 / V&MA www.verre-menuiserie.com
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