VMA 323
FÉVRIER - MARS 2026 | V&MA 323 | www.verre-menuiserie.com 41 Actualités | Focus En visitant votre usine, j’ai découvert que vous utilisez le décor Lorette de Fermob. Comment avez-vous convaincu cette société de vous laisser le reproduire ? Grâce à la persévérance. J’adore le design des meubles de jardin Fermob et toutes leurs couleurs. En fait, j’ai envoyé plusieurs courriers à Bernard Reybier, le PDG de Fermob. Et l’un d’eux a fait mouche : il m’a appelée et il m’a laissé le droit d’utiliser un décor. Le choix s’est porté sur Lorette , le plus utilisé chez Fermob, dont le designer est Frédéric Sofia. Puis, par ricochet, j’ai rencontré Catherine Sofia, son ex-femme. Elle m’aide beaucoup dans la charte graphique de nos produits Kostum . Malheureusement, Fermob n’a pas d’autres découpes laser car l’entreprise fabrique plutôt du mobilier plein. Il est donc difficile de tisser une autre collaboration. C’est un peu dommage… Cependant, Cadiou a le droit d’utiliser les couleurs Fermob car nous avons le contrat de licence. Si l’un de nos clients possède une table Fermob, par exemple teinte Cactus, l’une de leurs couleurs de référence, nous pouvons harmoniser la teinte de son portail et de ses clôtures avec sa table. Nous travaillons également beaucoup avec le brodeur breton Pascal Jaouen. Il a une créativité débordante. Chaque fois qu’il nous propose un dessin, Pascal s’inspire de la broderie traditionnelle bretonne. Pascal Jaouen met en place un nouveau défilé intitulé “Métamorphose”. Il le présentera cet été lors du prochain Festival Interceltique de Lorient. Cadiou va s’inspirer des créations de ce défilé pour en décliner les motifs dans des collections exclusives que l’on pourrait retrouver en 2027. Cadiou veut aussi poursuivre les mariages entre l’aluminium et le bois pour créer des produits tournés vers le jardin. Actuellement, nous travaillons beaucoup avec les fabricants locaux de bois pour trouver une essence que l’on puisse traiter dans un portail ou une clôture. Il s’agit de prendre le meilleur des deux mondes : l’aluminium comme ossature et élément de connexion avec le mur, les roulettes et la quincaillerie. Et le bois pour habiller l’ensemble et incarner la biodiversité. Nous allons essayer de ramener plus de bois dans le monde du portail. Nous nous intéressons à plusieurs essences : l’accoya, le red cedar, le peuplier, le châtaignier… Ce dernier a un inconvénient : son tannin. Il faut savoir le récolter dans un larmier pour ne pas qu’il abîme les murs, mais ça vaut le coup de s’y intéresser. J’aime bien les choses qui se recyclent facilement. Avez-vous programmé des opérations de croissance externe dans les temps qui viennent pour vous développer plus vite ? Je ne cherche pas à aller plus vite. Je cherche peut-être à aller plus loin. Je viens de racheter une petite ferronnerie d’art : Reignoux Création, localisée à Rivarennes (36), elle réalise 1,4 M€ de CA. Labellisée “Entreprise du patrimoine vivant”, elle fabrique des portails de châteaux et des grilles de manoirs, constructions patrimoniales sur lesquelles veillent les Bâtiments de France. Étant très intéressée par l’amour du métier et des belles choses, je souhaitais intégrer dans notre offre, des portails en ferronnerie d’art. Le dirigeant de Reignoux Création va continuer à diriger l’entreprise, et nous lui apportons l’appui de notre réseau. Chez Reignoux Création, tous les dessins sont effectués à la main, c’est magnifique. Chaque volute est réalisée sur un gabarit en carton, à l’ancienne. Les métiers d’art, les métiers manuels, font la force de la France, et sont bien ancrés dans notre territoire. La fierté, l’amour, la passion sont pour moi des qualités intrinsèques qu’il faut transmettre. Et l’éloge de la lenteur. Me poser sur des métiers qui me plaisent réellement, où je me sens utile et qui sont vraiment liés avec mes valeurs, me nourrit plus que de vouloir faire de la croissance à tout prix. Du reste, j’ai constaté une grosse tendance nostalgique lors de ma dernière visite au Salon Maison et Objets, avec une orientation vers la Riviera italienne, entre Menton, San Remo et Imperia… Tous les transats étaient en fer avec une grande rondeur, de grosses rayures de 10 cm affichant des couleurs jaune et blanc, beige et blanc ; donc vraiment le retour à la nostalgie de la Belle Époque. Je trouve précieuse l’action des Bâtiments de France qui protègent notre patrimoine, il y a eu tellement d’erreurs par le passé, où tout est allé trop vite en cédant au “pas cher”, au “facile à entretenir”. Cela a délibérément impacté et gâté notre environnement paysager… Comment imaginez-vous l’avenir de Maison Cadiou ? Je pense beaucoup à l’avenir de l’entreprise, à sa pérennité, à l’impact qu’elle aura sur l’environnement. J’aimerais beaucoup faire des économies sur nos emballages et ne plus avoir de plastique et de polystyrène ; ce serait le rêve. Nous utilisons des palettes à chevalet pour transporter nos produits. Et nos clients les utilisent dans leur camion. Il y a tout un travail d’accompagnement à mener. Je réfléchis aussi au fait que l’entreprise soit gouvernable par de jeunes dirigeants. Je ne compte pas la vendre au plus offrant, j’ai envie de la transmettre à mes enfants. Vos enfants s’intéressent-ils à l’entreprise ? Corentin, l’aîné de mes deux fils, a 24 ans. Il a déjà rejoint Maison Cadiou. Il est commercial export et s’occupe de l’Angleterre, de l’Irlande et du Nord de l’Espagne. Mathis, mon deuxième fils, a 22 ans. Il a fait l’EDHEC, une bonne école de management. Il finit par un master 2 en logistique interne pour apprendre à diriger les ateliers. Il s’intéresse à la production et au transport. Mes deux fils sont bilingues et très à l’aise dans un monde plus international. Ils sont intéressés par l’entreprise : ils apprennent beaucoup. Je les fais participer au comité stratégique de Cadiou. Ils se familiarisent avec les analyses de bilan, les finances, les résultats, les diagnostics du système d’information. Je leur explique tout. Et ma petite dernière, Bérénice, 18 ans, suit les cours de Skema à Lille (59). Elle s’intéresse aussi à l’entreprise. Elle est incroyable : elle aime bien les projets, le digital et l’organisation. Je les imagine bien tous les trois poursuivre l’aventure familiale de Maison Cadiou puisqu’ils en incarnent la troisième génération. Chez nous, c’est le projet d’entreprise qui compte. J.L.C.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy Mjc5MjEx