Qualité de l’air intérieur : les menuiseries deviennent un acteur clé de la santé

Longtemps liée à la performance énergétique, la menuiserie joue désormais un rôle clé dans la qualité de l’air intérieur (QAI).

Avec des bâtiments toujours plus étanches, le renouvellement de l’air devient essentiel. Les professionnels doivent donc concilier efficacité énergétique, santé et confort des occupants.

 

© Rehau - Rehau Windows Solutions a conçu Smart Air, un système de purification compatible avec l’ensemble de ses produits. Piloté automatiquement par intelligence artificielle, il surveille en continu la qualité de l’air intérieur et extérieur grâce à des capteurs de température, de CO2 et de COV

 

La qualité de l’air intérieur est aujourd’hui reconnue comme un enjeu majeur de santé publique. Selon de nombreuses études, l’air intérieur peut contenir des concentrations de polluants parfois supérieures à celles observées à l’extérieur. Composés organiques volatils (COV), particules fines, allergènes, moisissures, dioxyde de carbone ou encore formaldéhyde constituent autant de substances susceptibles d’affecter le bien-être et la santé des occupants. Cette problématique prend une dimension particulière lorsque l’on considère que les Européens passent en moyenne plus de 80 % de leur temps dans des espaces clos : logements, bureaux, établissements scolaires ou bâtiments publics. Les conséquences d’une mauvaise qualité de l’air peuvent être multiples : inconfort, fatigue, irritations, troubles respiratoires, aggravation de pathologies allergiques ou asthmatiques, voire effets sanitaires à long terme pour certains polluants. Maxime Boileau, directeur marketing-communication et prescription de Rehau Windows, Solutions France, confirme l’importance de la QAI : « c’est un enjeu majeur en France notamment dans le cadre de la rénovation. Dans les années 70, la VMC n’était pas obligatoire avant de le devenir dans les années 80, la réglementation a ensuite évolué pour modifier les choses. En tant qu’industriel, nous devons être vigilants. De même, l’installateur doit s’assurer que le logement, lorsqu’il remplace les fenêtres, répondent aux nouvelles réglementations sur la qualité de l’air ».

 

© Rehau - La SlinovaX développée par Rehau est pilotée avec moteur Somfy

 


Somfy air : une aération automatique et sécurisée de l’habitat

 

© Somfy

 

Pour faciliter le renouvellement d’air, l’OMS recommande d’aérer son logement 2 fois par jour pendant 10 minutes.  Si les particuliers sont de plus en plus sensibilisés à cette recommandation, beaucoup ne l’appliquent pas, par manque de temps ou par peur de l’intrusion. Pour que l’aération quotidienne devienne un geste du quotidien simple à réaliser, Somfy a lancé en 2019 le programme Somfy air, une gamme de solutions concrètes pour accompagner les particuliers dans l’amélioration de la qualité de l’air intérieur. Au cœur de ce programme, Somfy a lancé Sliding Air io, une motorisation pour baies coulissantes assurant une ouverture et une fermeture sans effort et avec une fluidité de mouvement. La position "air" située sur la commande permet d’aérer en toute sérénité : la baie s’ouvre de quelques centimètres et se bloque par mesure de sécurité. Elle peut également se refermer automatiquement pour éviter tout oubli avant de partir. Compatible avec la box domotique TaHoma, la baie coulissante automatisée s’intègre parfaitement dans l’écosystème des équipements connectés de la maison avec la création par exemple d’un scénario "départ" pour déclencher la fermeture automatique des baies, activer le système d’alarme et couper le chauffage. Sliding Air io est disponible auprès des fabricants qui l’ont intégrée à leurs baies coulissantes : Wibaie, K•Line, MéO, Atlantem, Bouvet, FPEE, Minco, HP Fermetures en partenariat avec Profils Systèmes, Véranda Gustave Rideau, Janneau et FenêtréA.

 

© Somfy


 

Vers une approche globale du bâtiment

 

© La Maison du Passif - Pour la Maison du Passif, la ventilation double flux est la solution idoine pour un bâtiment passif permettant de moduler et renouveler l’air en continu - Coupe Maison Passive

 

Paradoxalement, la course à la performance énergétique a en effet pu engendrer parfois des désordres dégradant la qualité de l’air, et donc potentiellement la santé des occupants. Depuis plusieurs décennies, les fabricants de menuiseries ont réalisé des progrès considérables en matière d’isolation thermique et d’étanchéité à l’air. Les exigences successives des réglementations thermiques, puis environnementales, ont conduit à développer des produits toujours plus performants. Une évolution qui a permis de réduire significativement les déperditions énergétiques des bâtiments, mais qui a également fait émerger un défi nouveau : plus un bâtiment est étanche, plus le renouvellement naturel de l’air diminue. En effet, dans les bâtiments anciens, les infiltrations d’air parasites assuraient, de manière certes inefficace sur le plan énergétique, un certain renouvellement de l’air intérieur. À l’inverse, les constructions actuelles limitent fortement ces échanges involontaires. Sans système de ventilation adapté, les polluants générés à l’intérieur peuvent alors s’accumuler. C’est une des raisons majeures pour laquelle il est primordial aujourd’hui d’avoir une approche globale du bâtiment prenant en compte l’étanchéité, mais aussi la ventilation de celui-ci. Un enjeu que Laurine Sorin, chargée de communication de Geplast, a bien identifié : « Nous devons anticiper les évolutions de la RE2020 et des futures normes européennes qui deviennent plus strictes. Un bâtiment bien isolé ne doit pas devenir étouffant. Nos solutions permettent au bâtiment de mieux respirer. Avec la RE2020, ils cherchent des solutions pour ventiler sans climatiser avec un retour vers des systèmes plus naturels, comme le rafraîchissement passif. Les prescripteurs privilégient des solutions qui maintiennent un flux d’air, même en protection solaire, car l’air intérieur est souvent plus pollué que l’air extérieur ». Adopter une approche globale du bâtiment n’est plus une option, surtout en rénovation. Victor Hoppe, responsable technique de la Maison du Passif en est convaincu : « la ventilation double flux est la solution idoine pour un bâtiment passif car elle permet un renouvellement d’air en continu, tous les polluants sont évacués et le flux d’air est modulé. L’installation d’un tel système n’est en revanche pas compatible avec la présence de grilles de transfert d’air sur les menuiseries ». Il est donc impératif de prendre en compte la globalité des éléments techniques du bâtiment pour garantir une bonne isolation et un bon renouvellement d’air, les différents corps d’état devant travailler ensemble sur le projet.

 


Duco présente ses solutions innovantes de ventilation et d'acoustique au Data Centre World Paris

 

© Duco

 

Les produits avancés de Duco sont spécialement conçus pour relever les défis critiques de ventilation, de surchauffe et d'acoustique dans les data centers tout en améliorant l'efficacité énergétique et en optimisant le climat intérieur.

« Duco s'engage à révolutionner la ventilation des data centres avec des solutions innovantes qui privilégient l'efficacité, la performance et la durabilité pour un climat intérieur sain et un confort thermique optimal », a déclaré François Laurent, responsable des ventes France (BU Façade) chez Duco.


 

L’automatisation comme garantie

 

Pour Maxime Boileau, il est essentiel de sensibiliser tout le monde sur l’importance du traitement de la qualité de l’air : « il faut  prendre en compte un changement de fenêtre dans un bâtiment non ventilé, les condensats devant être évacués. C’est un sujet de santé majeur, car l’air intérieur est beaucoup plus pollué que l’air extérieur, il faut donc impérativement évacuer cet air vicié ». Des gestes simples peuvent participer à une meilleure qualité de l’air comme l’aération du bâtiment tous les jours, mais une solution plus efficace devrait se développer : l’organisation de l’aération grâce à la domotique, explique Maxime Boileau, « avec des ouvertures automatiques de nos produits motorisés. Ainsi, nos coulissants vont s’ouvrir de quelques centimètres en mode aération et se bloquer pour assurer la sécurité avant de se refermer ». Automatiser les gestes permettant l’aération supprime aussi cette charge mentale et crée un flux d’air entre les différentes ouvertures du bâtiment pour en assurer le renouvellement performant. « Rehau Windows Solutions avait développé il y a plusieurs années un produit intégrant une VMC à la fenêtre, la gamme Innovent, mais la commercialisation a été arrêtée », évoque Maxime Boileau, le produit n’ayant pas trouvé son public. Aujourd’hui, Rehau Windows Solution a développé Smart Air, un système de purification d’air qui s’adapte à tous les produits Rehau et se pilote de manière autonome grâce à son intelligence artificielle qui surveille en permanence la qualité de l’air intérieur et extérieur. Il réagit grâce à des capteurs (température, CO2, COV, ...) et à son ionisateur, de même que son système de filtration permet de bénéficier de la meilleure qualité d'air intérieure possible. Tout cela de manière automatisée.

 

La fenêtre, véritable outil d’amélioration de la QAI

 

Allons-nous petit à petit vers la fenêtre " santé" ? C’est la question que l’on peut se poser. Au-delà des performances classiques, les fabricants explorent déjà de nouvelles pistes d'innovation. Certaines solutions associent menuiseries et systèmes de ventilation intégrés. D'autres incorporent des capteurs permettant de mesurer le taux de CO2, l'humidité ou certains polluants. L'émergence du bâtiment connecté ouvre également de nouvelles perspectives. Demain, les fenêtres pourraient interagir avec les systèmes de gestion technique du bâtiment (GTB) afin d'optimiser automatiquement la qualité de l'air, tout en limitant les consommations énergétiques. Cette évolution illustre une tendance de fond : la menuiserie devient progressivement un équipement actif du bâtiment plutôt qu'un simple élément de fermeture. 

 

Maxime Boileau insiste sur le fait que « la fenêtre doit servir la qualité de l’air. Aujourd’hui du côté des prescripteurs, ce sont des choses qui sont prises en compte car il y a de vrais enjeux de santé au sens large et il est important de former, d’informer et d’automatiser. Les installateurs jouent aussi un grand rôle sur le conseil et l’analyse car tout est lié, cela demanderait tout de même quelques évolutions réglementaires en prenant mieux en compte l’importance d’une approche globale du bâtiment avec une intelligence collective. Toutefois, il est clair que la fenêtre n’est plus seulement un élément d’isolation et de point d’entrée de la lumière », concède-t-il. 

 

© Roto Ferrures - La motorisation de la fenêtre électrique invisible Roto E-Tec Drive, associée entre autres à des capteurs intelligents, permet l'inclinaison et le verrouillage entièrement automatiques des fenêtres PVC ou bois avec un poids d'ouvrant jusqu'à 100 kg. L’assurance d’une bonne ventilation sans contrainte

 

Jérémy Caron, directeur général en France de Roto® La fenêtre de toit, dévoile quelques pistes en croyant à la nécessité des grilles de ventilation avec filtres, mais aussi à une offre de produits pilotables : « La Smart Home permet grâce à des capteurs, de bien gérer la qualité de l’air et avec des produits pilotables tout peut s’effectuer automatiquement et/ou à distance ». Son collègue Fabrice Scherer, chef de produits pour Roto France Ferrures présente les solutions adaptées à l’amélioration de la qualité de l’air : « La solution classique se trouve dans l’entrebâillement des ouvertures. Plusieurs possibilités existent. Il y a d’abord la traditionnelle ouverture oscillo-battante, mais chez Roto nous allons plus loin avec la gamme Roto NX qui permet d’obtenir une micro-ventilation sur un oscillo-battant. La poignée qui s’ouvre à 135° permet une ventilation de 8 mm. C’était auparavant un accessoire optionnel devenu aujourd’hui de série. Il s’agit d’une solution de confort pour le particulier favorisant une ventilation durant la nuit et un renouvellement d’air sans faire entrer trop de fraîcheur l’hiver ». Roto France commercialise une solution pour les ouvrants à la française permettant un entrebâillement avec la possibilité d’aller encore plus loin avec de la motorisation, et le système E-Tec Drive vient piloter l’aération du bâtiment. « L’enjeu est de pouvoir associer la sécurité, le confort et l’aération. Avec notre gâche Tilt Safe, nous assurons la sécurité du bâtiment, même en cas de fenêtre entrouverte », explique Fabrice Scherer. 

 

© Roto Ferrures - Roto NX est le système de ferrures OB innovant en termes de rentabilité, de sécurité, de confort et de design. Une ferrure à l'épreuve du temps et pour une qualité de l’air optimale

 


Winkhaus invente la notion de "fermouvrir"

Avec son système de ferrure activPilot Comfort, Winkhaus ajoute à l’ouverture et à la fermeture classiques une troisième position : la "fermouverture". L’ouvrant s’écarte alors d’environ 6 mm du dormant sur tout son pourtour, créant une ventilation de base continue tout en restant quasiment invisible de l’extérieur. La sécurité est maintenue grâce aux gâches haute performance et aux composants en acier répartis autour de la fenêtre, limitant les risques de dégondage. Même en position "fermouverte", les galets de verrouillage restent engagés dans les gâches spéciales, permettant une résistance anti-effraction jusqu’à RC2 selon la norme EN 1627-1630.


 

La ventilation naturelle, une solution simple à appréhender

 

© Qfort - Les fenêtres aluminium et en PVC de Qfort sont équipées de série, d’un triple système d’ouverture : l’ouverture traditionnelle à la française, la micro-ventilation et oscillo-battante, permettent de préserver la qualité de l’air à l’intérieur de l’habitat en ventilant une pièce en toute sécurité

 

D’autres solutions d’aération des bâtiments ont fait leur preuve pour permettre le renouvellement de l’air et assurer une bonne qualité de l’air intérieur. À commencer par la ventilation naturelle, une spécialité de Genatis que met avant Marc Bellair, directeur de la prescription de Bluetek : « parmi nos solutions, la ventilation naturelle est particulièrement intéressante pour assurer une bonne qualité de l’air. Cela se compose de plusieurs éléments avec des ouvrants en toiture et en façade et un système de pilotage qui fait fonctionner de manière cohérente l’ouverture et la fermeture de ces ouvrants selon les besoins de renouvellement d’air ». Pour s’assurer du bon fonctionnement du système, Genatis propose un service de dimensionnement qui va permettre de savoir en fonction de la météo, des vents au niveau local, si la ventilation naturelle sera efficace. Marc Bellair constate qu’aujourd’hui la ventilation naturelle est surtout choisie pour des notions de confort d’été avant la qualité de l’air. « Les tendances vont être de plus en plus sur le couplage capteur de CO2, capteur d’humidité et ouverture. Chez Souchier, nous avons déjà un capteur de CO2 avec un témoin lumineux, mais l’action d’ouvrir reste manuelle. L’enjeu est de rendre la visualisation plus simple et de développer l’automatisation de fonctionnement. Si le système n’est pas piloté, il n’assurera pas la performance réelle ». 

 

© Geplast - La Lame Bioclimatique® signée Geplast garantit une surventilation qui permet de rafraîchir l’air de l’habitation. Avec un débit d’air de : Qa = 939m3/h par m² de tablier (PV CSTB)

 

Chez Geplast, la ventilation naturelle est également une des solutions proposées, explique Laurine Sorin : « Notre lame bioclimatique n'est pas qu'une protection solaire. Elle permet aussi de réguler la ventilation naturelle jusqu’à 4 fois plus qu’une lame classique. En position ajourée, elle favorise la ventilation naturelle, peut évacuer l'air et la chaleur accumulée sans recourir à une climatisation. C’est un sujet majeur pour nous. Aujourd’hui, la R&D chez Geplast ne se limite plus seulement à l’écoconception du produit. Elle intègre aussi des solutions pour améliorer le confort et la qualité de l’air intérieur ». Un système de ventilation naturelle qui rencontre toutefois toujours des freins comme la peur de l’intrusion de personnes ou de nuisibles. Marc Bellair rassure : « Nous gérons l’intrusion, nous pouvons ajouter des grilles de ventilation ou des brise-soleil en façade par exemple ».  

 

Bien gérer les interactions

 

L’époque où la fenêtre était uniquement évaluée à travers son coefficient thermique semble bien révolue. Les attentes du marché évoluent vers une vision plus globale de la performance, intégrant simultanément l’efficacité énergétique, le confort acoustique, l’impact environnemental et la qualité sanitaire. Pour les industriels de la menuiserie, cette évolution représente autant un défi qu’une opportunité. Elle implique de développer des produits capables de s’intégrer dans des bâtiments toujours plus performants et connectés, tout en répondant aux exigences croissantes des utilisateurs finaux. Les entreprises de pose ont également un rôle stratégique à jouer. Leur expertise ne se limite plus à l’installation du produit : elles deviennent des interlocuteurs privilégiés pour expliquer les interactions entre étanchéité, ventilation et qualité de l’air. Dans ce contexte, la qualité de l’air intérieur devient un nouvel axe de développement pour la filière. Au-delà de leur fonction de fermeture, les menuiseries contribuent à créer des espaces plus sains, confortables et durables, confirmant leur place centrale dans la construction et la rénovation de demain.

 

— Franck Guidicelli

 


Photo ouverture © Rehau - Rehau s’est emparé très tôt des enjeux de la qualité de l’air intérieur ; ici, la baie coulissante SlinovaX au montant central (32 mm) le plus fin du marché avec moteur Somfy

Source : verre-menuiserie.com

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