Construction hors site : adapter les produits aux nouveaux usages

Modèle d’industrialisation novateur, la construction hors site consiste à modéliser les éléments d’un bâtiment via une maquette numérique avant de les fabriquer en usine.

Dans une interview au quotidien "Les Échos", le 30 mai dernier, Bernard Mounier, président de Bouygues Immobilier proposait « un vrai plan Marshall du logement » en France tout en incitant « à digitaliser et industrialiser » le processus de construction pour produire des logements moins chers. « Notre idée est de proposer aux architectes de piocher dans une base de données de fournitures décarbonées, comme des briques de Lego – panneaux de façades, balcons, salles de bains, escaliers, etc. préfabriqués – pour réaliser nos immeubles. Un outil numérique facilitera la conception des projets. Cela nous permettra de fabriquer plus vite et donc de faire baisser les coûts, tout en polluant moins », affirmait-il.

Pionnier de la construction hors site en France, GA Smart Building est depuis longtemps convaincu de la pertinence de cette méthode qu’il a développée dès les années 1970. Concrètement, l’entreprise modélise les bâtiments grâce à la maquette numérique (BIM) avant de fabriquer les éléments de structure, façades et équipements de confort en usines, puis de les acheminer sur le chantier pour les y assembler.

Rayonnant depuis son siège social installé à Toulouse, GA Smart Building – présidée par Sébastien Matty – possède huit usines en France : Ossabois à Noirétable et Balbigny (42) et au Syndicat (88) ; Paquet Fontaine (cf. P. 18-19 dans ce même numéro – NDLR), fabricant de façades menuisées à Ivry-sur-Seine (94) et L’Aigle (61) ; Equilab à Labège (31) pour la conception et installation de solutions techniques de confort et Prega centré sur la fabrication de bétons bas carbone à Criquebeuf-sur-Seine (76), Labège (31) près de Toulouse et Sainte-Croix-en-Plaine (68).

 

 

© GA Smart Building

Conçu par l'agence Leclercq Associés, l’immeuble Irrigo offre 16 300 m² de bureaux
en location au bord du Canal de l’Ourcq, à Bobigny (93). Il bénéficie des standards
de GA Smart Building : façade double peau respirante fabriquée par sa filiale Paquet
Fontaine, intégrant le traitement de l’air, triple vitrage et stores motorisés

 

 

GA Smart Building livre ses constructions en un temps record et démocratise le hors site au logement

« La construction hors site permet de réaliser tous types de bâtiments – logements, hôtels, bureaux, locaux industriels, platesformes de logistique, logements, établissements scolaires… – et de les construire rapidement. Grâce au hors site, nous avons pu réaliser le Campus Thales Bordeaux qui compte 60 000 m² de bureaux en seulement 18 mois. Les 150 000 m² de la plateforme logistique Ory à Brétigny-sur- Orge (91) ont vu le jour dans le temps record de 13 mois », détaille Kader Guettou, directeur général du Pôle Entreprise de GA Smart Building.

 

 

© GA Smart Building

Située à Bretigny-sur-Orge (91), Ory4 est la plus grosse plateforme logistique de France.
Ses 150 000 m² ont été édifiés en seulement 13 mois par GA Smart Building qui a déployé
pour l’occasion tout son savoir-faire : design FullBIM, préfabrication des éléments de structure
et de façade dans les usines GA Smart Building, transport sous forme de convois exceptionnels
et assemblage sur site

 

 

« Et le MMV Étoile des Sybelles au Corbier (Savoie), la plus haute résidence hôtelière en bois d'Europe, a été conçue en 100 % modulaire bois et réalisée par Ossabois, filiale de GA Smart Building, en partenariat avec Maulin.Ski. Elle a été livrée en seulement un an et construite uniquement en dehors des saisons touristiques grâce au hors site ».

 

 

© GA Smart Building

À Marne-la-Vallée (77), GA Smart Building et sa filiale Ossabois ont réalisé en 10 mois
un hôtel Eklo de 108 chambres imaginé par l’agence d’architecture Patriarche. Pour y parvenir,
ils ont construit en usine 90 modules bois livrés clés en main sur le chantier

 

 

Récemment, l’ETI toulousaine a créé son pôle immobilier résidentiel pour étendre sa démarche d’industrialisation au logement. « Ainsi, nous voulons démocratiser la construction hors site au logement familial. Il s’agit d’une véritable révolution pour ce secteur : nous parions sur notre capacité de conception, d’optimisation, d’amélioration de l’unité d'habitation de demain afin de rendre le logement plus frugal, plus sain, et surtout moins consommateur de matière première. En construisant des logements hors site, nous voulons démontrer que l’industrialisation de la construction de logements favorise l’usage et la réversibilité en offrant un produit qualitatif, abordable et adapté aux enjeux du climat avec l’usage de matériaux bio et géosourcés ainsi que le réemploi des matériaux », ajoute Sophie Meynet, directrice générale Immobilier Résidentiel de GA Smart Building.

 

 

© Potion Mediatique

À Malakoff (92), GA Smart Building et Batipart ont lancé la réalisation d’un immeuble
de bureaux de 22 000 m² pour Safran. Dessiné par Studios Architecture, il a été réalisé
en seulement 18 mois, grâce notamment à la modélisation en FullBIM. Il a obtenu
le Prix du meilleur projet BIM aux Tekla BIM Awards France 2020

 

 

Reynaers Aluminium développe des produits sur mesure pour ses clients

 

 

© Reynaers

« Les entreprises qui utilisent nos solutions de systèmes constructifs
hors sites mènent des chantiers plus rapides, plus propres et mieux
maîtrisés : la capacité de tout fabriquer en atelier amène un réel avantage
 »

relève André-Charles Fasques, directeur technique de Reynaers Aluminium.

 

 

Pour sa part, André-Charles Fasques, directeur technique de Reynaers Aluminium, remarque : « la construction hors site touche de plus en plus les systèmes de façade du type mur-rideau ». Le gammiste a donc enrichi son offre… Ses premiers murs-rideaux, de type grilles traditionnelles, répondent aux appellations CW 50 et CW 60 (CW pour Curtain Wall). « Ils adoptent deux méthodologies de fabrication et de mise en oeuvre. Le client peut choisir de se faire livrer des fagots de barres aluminium sur le chantier : à charge pour lui de les assembler. Il peut aussi opter pour une livraison en cadres prêts-à-poser. Dans ce cas, le produit est totalement assemblé en atelier puis mis en oeuvre sur le chantier grâce à des grues. Le choix entre les solutions dépend de la taille du chantier, de son accessibilité et de l’habitude qu’a l’utilisateur du produit », explique André-Charles Fasques.

 

 

 

© Patrick Miara et Reynaers

Pour le programme High Five réalisé à Lyon par le cabinet d’architecture Soho et l’entreprise
Gauthier de Cussac-sur-Loire (43), Reynaers a imaginé une création spécifique permettant
une préparation importante en atelier et un montage rapide sur le chantier

 

 

Pour réaliser des façades cadres prêtes-à-poser, Reynaers Aluminium dispose du CW 86. « Là, nous sommes purement dans la construction hors site car ces éléments sont fabriqués en atelier. Manipulés avec des outils de levage, ils sont emboîtés les uns dans les autres sur site et sont utilisés généralement pour des bâtiments qui comportent plus de 1 500 m² de façades », témoigne le directeur technique de Reynaers Aluminium.

Les clients comparent les solutions selon les chantiers. « En termes de coûts matières, la fabrication en atelier et la pose directe sur le chantier reviennent à peu près au même. Mais le plus gros des gains reste lié à la préfabrication en atelier : dès qu’ils le peuvent, les clients choisissent cette solution », témoigne André-Charles Fasques.

Si les Curtain Wall appartiennent à des gammes que tout le monde peut acheter, Reynaers Aluminium a également créé une Cellule Projet qui développe régulièrement des systèmes très spécifiques en collaboration avec ses clients pour optimiser leur gain de temps et de pose sur le chantier.

L’illustration en est donnée avec High Five, un programme réalisé à Lyon par le cabinet d’architecture Soho et l’entreprise Gauthier de Cussac-sur-Loire (43). « Cela nous a permis de montrer une solution avec une création spécifique permettant une préparation importante en atelier », pointe André-Charles Fasques.

 

 

© Reynaers

Les systèmes constructifs CW 50, CW 60 et CW 86 de Reynaers Aluminium ont été
conçus dans le but de faciliter leur mise en oeuvre, tant sur le chantier qu’en usine

 

 

Louineau met au point des solutions plus faciles à poser, plus simples et plus fiables

 

 

© Cyril Badet

« Dès 2015-2016, nous avons fait figure de précurseur
en utilisant PrecWood 1400
 », souligne Guillaume Dufaix, directeur technique de Louineau.

 

 

Spécialiste de la fixation et de l’habillage des menuiseries extérieures, la société Louineau (90 personnes, 14 M€ de CA) détient deux sites de production à Luçon (85). Et lorsqu’on évoque la construction hors site, Guillaume Dufaix, le directeur technique de Louineau, y voit plusieurs avantages : « construire des éléments de bâtiments en usine améliore la gestion des déchets, donc le bilan carbone. Cela règle aussi le problème de raréfaction de la maind’oeuvre sur les chantiers, car travailler à l’abri, protégé des intempéries, est plus agréable pour les femmes et les hommes. Et il est aussi plus facile de contrôler la qualité du travail effectué ». Cerise sur le gâteau : la mise en oeuvre sur le chantier des éléments préconstruits est plus rapide. « Cela réduit donc le temps de chantier et les nuisances pour les riverains », analyse Guillaume Dufaix.

 

 

© Cyril Badet

Pour protéger l’intérieur du tableau de la menuiserie bois des infiltrations,
Louineau a conçu PrecWood 1400, une solution certifiée par le CSTB et le FCBA et utilisée
pour la première fois lors de la réalisation d’un programme de logements en R+9 à Paris, boulevard Auriol

 

 

Selon le directeur technique de Louineau, la crise du Covid a accéléré la construction bois tout autant qu’elle a fait réfléchir les acteurs de la construction : « si l’on considère la RE2020 qui nous oblige à prendre en compte le bilan carbone total du bâtiment, cela amène à rechercher la sobriété. Bien sûr, la construction traditionnelle basée sur le béton est encore très largement majoritaire : il ne faut pas s’attendre à un changement complet des modes de construction du jour au lendemain, mais nous constatons des évolutions. Et nous adaptons nos fixations pour qu’elles correspondent aux attentes des entreprises qui mènent des constructions hors sites en les rendant plus faciles à poser, plus simples et plus fiables, notamment pour la partie construction bois, actuellement en fort développement », conclut Guillaume Dufaix.

 

 

© Louineau

La construction hors site étant devenue un sujet de société, le fabricant vendéen Louineau
redessine ses solutions de fixation afin de répondre aux attentes : si une pièce en forme de L
sert à fixer une menuiserie en applique sur un mur de béton, sur un mur bois déjà isolé,
la menuiserie se retrouve en semi-tunnel et la pièce de fixation adopte la forme d’un T

 

 

"Rapport sur l’industrialisation de la construction" : la France peut mieux faire

Commandé fin 2018 par le ministre de la Ville et du Logement Julien Denormandie et publié officiellement en janvier 2021, le "Rapport sur l’industrialisation de la construction" mentionne que la construction hors site est « une opportunité pour le secteur de la construction » et s’inscrit « pleinement dans la logique de performance recherchée par la RE2020 ». Mais selon les auteurs de ce document, Bernard Michel et Robin Rivaton, « 80 à 85 % des travaux pourraient être réalisés en usine », contre seulement à peine 10 % actuellement en France. Des pages 51 à 57, ce document formule 14 propositions afin de favoriser et améliorer l’offre du hors site : révéler le juste coût de la construction (en prenant également en compte l’exploitation du bâtiment), encourager l’innovation industrielle, améliorer l’accès à la commande publique et aménager le cadre juridique, notamment.

À consulter sur : https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Rapport%20construction%20hors-site_VF_Janvier%202021.pdf

 


© GA Smart Building
Source : verre-menuiserie.com

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