Vitrage et acoustique : les PVB engagés contre les bruits qui courent

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agc.jpgLes produits développés par les verriers affichent de belles performances grâce aux propriétés acoustiques des intercalaires PVB. Mais, au final l’efficacité d’une fenêtre ou d’une paroi en façade dépend d’éléments extérieurs, qui ne sont pas étrangers au travail effectué par le poseur.

 

Si, selon l’Ademe, plus d’un français sur deux (54 %) se déclare gêné par le bruit lorsqu’il est chez lui, l’équipement des façades (fenêtres, portes, baies vitrées) ne concerne que les bruits aériens extérieurs (circulation par exemple). Sur le marché du vitrage, la demande acoustique représente entre 10 et 16 % de la demande totale de vitrage isolant, selon Martine Ollivier, responsable marketing de Saint-Gobain Glass Solutions. Cette demande se concentre sur les vitrages mis en œuvre en façade, avec pour objectif d’atteindre une isolation de 33 à 35 dB. Les fabricants se sont certes mobilisés pour atteindre les performances demandées par la NRA (Nouvelle Réglementation Acoustique), mais depuis ils retroussent surtout leurs manches pour améliorer les performances thermiques de leurs produits.

 

Vitrages feuilletés, des produits dédiés

Le vitrage feuilleté est composé de deux vitrages monolithiques assemblés par une résine ou par un film, généralement de type PVB (Polyvinyle butyral). Cette dernière solution est actuellement la plus usitée. Comme les propriétés du vitrage dépendent de la qualité du film, les verriers travaillent avec les fournisseurs de PVB et sélectionnent rigoureusement le produit qu’ils associent à leur vitrage. Martine Ollivier considère qu’avec « un PVB jouant le rôle d’amortisseur, il est possible de gagner entre 3 et 5 dB voire plus ». Le cœur du marché se situant dans une recherche de vitrage gagnant de 4 à 5 dB, par rapport à un double vitrage classique. Les fournisseurs répondent à ce besoin via des produits dédiés.

 

Les lois du genre

agc_2.jpgEn théorie, plusieurs principes « garantissent » un bon niveau d’isolation acoustique. Ainsi, explique Annie Criaud, responsable études et développement chez AGC,  « selon la loi de masse, plus un produit est lourd, mieux il isole ». D’où la nécessité d’utiliser des vitrages épais, plus lourds que les autres. Par exemple, un verre de 12 mm possède une valeur Rw de 34 dB, alors qu’un verre de 4 mm de seulement 29 dB. Mais, s’en tenir là serait oublier qu’un vitrage s’intègre dans un châssis. Et que plus le verre est lourd, plus le châssis le soutenant doit l’être. Or, argumente Annie Criaud, « nous travaillons plutôt à la baisse des charges pour faciliter le travail de pose et nous cherchons donc à introduire des artifices pour maintenir les performances tout en diminuant les épaisseurs ». Il faut  par ailleurs tenir compte d’une autre loi, de fréquence, cette fois. « Si l’on confronte les spectres de verres de 4 mm, 8 mm et 12 mm, on s’aperçoit que chacun baisse en performance lorsqu’il atteint sa fréquence critique » indique Philippe Grell, directeur technique de Pilkington. « Celle-ci est liée au matériau et dépend donc de son épaisseur, elle  intervient lorsque la fréquence correspond à la fréquence de résonnance naturelle du produit » explique-t-il. Pour éviter d’atteindre la fréquence critique, il faut combiner différentes épaisseurs de verre dans un vitrage isolant. Ainsi, lorsqu’un verre atteint sa fréquence critique, l’autre ne l’atteint pas et continue donc à atténuer le son. Pilkington prescrit une différence d’épaisseur d’environ 30 %. En réponse donc, les fabricants assemblent un verre feuilleté, un intercalaire PVB acoustique qui vient absorber le phénomène vibratoire et un autre verre, un vitrage thermique par exemple. La place du produit dédié à l’acoustique dans l’assemblage n’a pas d’incidences sur la performance. Suivant ces principes, les fabricants proposent des produits estampillés acoustiques. C’est le cas de Saint-Gobain Glass Solutions avec « SGG Climaplus Silence 314 A », double vitrage à isolation thermique et acoustique renforcée. Intégrant un verre SGG Stadip Silence comportant un PVB Silence amortisseur de bruit, le double vitrage ne pèse que 20 Kg/m² et permet aux fenêtres en bois, PVC ou aluminium d’atteindre un niveau de 32 à 35 dB. De son côté, Pilkington commercialise le verre feuilleté « Optiphon™ », lui aussi très peu utilisé seul, mais en général associé à un vitrage thermique. Autre exemple, AGC et sa gamme de verre feuilleté acoustique « Stratophone » intégré à ses doubles vitrages « Thermobel Phonibel », qui affichent une isolation acoustique Rw jusqu’à environ 51 dB.

 

sgg.jpgReste que les belles performances annoncées ne doivent pas faire oublier aux menuisiers que le moindre trou d’air peut venir les annuler. Le niveau acoustique final dépend d’autres éléments comme l’étanchéité à l’air de la fenêtre, le matériau utilisé pour le châssis, la présence de grille d’aération qui dégradent les performances, etc. Les certificats obtenus par les vitrages, voire par les fenêtres assemblées ne témoignent pas de la performance in situ. Celle-ci est complexe à mesurer et surtout difficile à corriger.

 

 

 

 

Trois questions à Olivier Douard, délégué technique de la FFPV

 

Quelles sont les avancées récentes et est-ce que le triple vitrage apporte un plus en matière d’isolation acoustique ?

Le double vitrage apporte grâce au second verre, feuilleté, et à l’intercalaire, de bonnes performances en matière d’acoustique. Les limites sont en quelque sorte atteintes. En revanche, le triple vitrage n’améliore pas les performances, ce n’est pas sa vocation.

Comment garantir les performances acoustiques d’un vitrage vis-à-vis du client final ?

Tout dépend de la qualité de la mise en œuvre, une bonne mise en œuvre permet de gagner de 3 à 6 dB. Pour le reste, les valeurs des produits dits acoustiques sont déclaratives (la performance est indiquée sur le marquage CE). Les mesures sont effectuées en laboratoire parce qu’elles nécessitent l’utilisation d’équipements spécifiques. Il est beaucoup plus difficile de tester l’efficacité d’un vitrage sur un chantier, car il est délicat de normaliser un bruit venant de l’extérieur.

Quelles incidences sur le confort pour les utilisateurs finaux ?

Les utilisateurs finaux doivent se méfier des produits très performants. Car, hors zones particulièrement bruyantes (aux abords d’axes autoroutiers par exemple), les occupants risquent de constater l’apparition de nouveaux bruits. Avant d’être équipés de vitrages acoustiques ils souffraient du bruit de la circulation mais après ils entendent davantage la télévision de leurs voisins par exemple.

 

 

Bon à savoir

Le laboratoire acoustique de Saint-Gobain est désormais en mesure de proposer aux fabricants et maîtres d’ouvrage des tests acoustiques et de valider la performance mesurée dans le cadre des obligations imposées par le marquage CE (obligatoire pour les menuiseries à partir de février 2010). Intégré au centre R&D de Saint-Gobain depuis plus de 30 ans, le laboratoire acoustique CRDC est reconnu par le Cofrac* dans la catégorie « essais » pour la réalisation de mesures d’indice d’affaiblissement acoustique des vitrages, fenêtres et portes-fenêtres. Les prestations sont facturées au tarif du marché.

*Cofrac : Comité Français d’accréditation

 

velux.jpgZoom sur la réglementation acoustique

La réglementation acoustique concerne les constructions neuves et les parties nouvelles ajoutées aux bâtis existants. Elle ne fixe aucune exigence aux logements antérieurs à 1970. Les logements construits  entre 1970 et 1995 sont soumis aux textes règlementaires du 6 octobre 1978 pour les bruits extérieurs, textes qui, d’après l’Ademe, ne correspondent plus aux besoins actuels. En revanche, les logements construits entre 1996 et 1999 dépendent de la Nouvelle réglementation acoustique de 1994 qui impose un isolement minimum de 30 dB(A) contre les bruits extérieurs et une absorption acoustique dans les parties communes (hall, escaliers, couloirs par exemple). Elle fixe également des exigences en matière d’équipements intérieurs (bouche de VMC par exemple). Enfin, les logements construits depuis 2000 tombent sous la coupe de la même réglementation, mises à part quelques modifications issue de sa transposition au niveau européen.

 

Des fenêtres de toit « anti bruit de pluie »

Tempêtes et intempéries rimant avec fortes pluies, Velux a décidé de lutter contre les sautes d’humeur du climat en rendant ses produits étanches au bruit de la pluie ! Ainsi la fenêtre « Tout confort » bénéficie d’une réduction de coefficient acoustique de 7 dB par rapport à un produit traditionnel. Le bruit d’impact des gouttes est donc atténué, et ce grâce à une nouvelle technologie, le système Velux ABP (brevet déposé), qui repose sur un double vitrage – avec une vitre extérieure plus épaisse – associé à un principe d’isolation acoustique des autres composants de la fenêtre pour briser les effets vibratoires de la pluie. Ce produit est validé NF EN ISO 140-18, la nouvelle norme sur la mesure du bruit généré par l’impact de la pluie sur des éléments de toiture. Le fabricant a par ailleurs mis au point avec le CSTB notamment, la batterie de tests de mesure du bruit d’impact de la pluie.

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