Verre coloré : des créations personnalisées

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Entre production industrielle et artisanale, il y en a pour tous les goûts et pour toutes les applications ! Des vitraux traditionnels au fusing contemporain en passant par les façades, le verre coloré joue la carte de l’imagination et l’originalité.

 

Matériau très prisé par les architectes pour sa transparence, le verre est également, depuis quelques années déjà, le support idéal de création. Et dans le vaste monde du verre dit décoratif (matés, imprimés, sérigraphiés, avec inclusions…), le verre coloré qui se partage entre production artisanale (voir encadré) et production industrielle, offre un large champs d’expressions esthétiques. De l’extérieur à l’intérieur, de la façade au revêtement mural en passant par l’ameublement, les grands producteurs verriers multiplient les produits : verre teinté dans la masse, émaillé, laqué ou avec intercalaire PVB… les gammes de solutions industrielles jouent la carte du design mais sans rien perdre des caractéristiques et des qualités techniques d’un float. Nelly Philipponnat, manager marketing du groupe AGC Flat Glass nous dresse un état des lieux : « Alors que le marché de la façade est stable, avec toutefois une très nette orientation pour jouer la neutralité en utilisant par conséquence un verre float non coloré, celui de la décoration et de l’aménagement intérieur ne cesse de se développer. Devant la demande, nous venons d’ailleurs d’ouvrir à Palaiseau, un centre de distribution destiné à l’approvisionnement spécifique des verres de décoration intérieure avec un espace showroom conçu comme une véritable vitrine de notre palette de solutions ».

Tout en transparence pour le verre teinté dans la masse

Reste que sur le marché du verre décoratif, le verre coloré représente encore à ce jour un marché de technique220-2.jpgniche. Mais, tous les professionnels s’accordent à le dire, la demande existe malgré tout et elle est constante. Un effort important est donc consacré à la recherche de nouvelles teintes, de nouvelles apparences : couleurs pastel, vives, métallisées, irisées, translucides, opaques…, le verre est dans tous ses états ! Pour jouer sur la couleur tout en conservant la transparence du verre, un float peut être teinté dans la masse par adjonction d’oxydes métalliques dans la composition vitrifiable permettant d’obtenir des coloris doux, leur tonalité et leur intensité dépendant de la nature et de la quantité des colorants : bleu, vert, gris, bronze sont les 4 couleurs de base aujourd’hui proposées qu’AGC Float Glass, par exemple, décline en 3 tonalités de bleu et 2 tonalités de gris soit 7 couleurs au total pour son verre Planibel Coloré. « La tonalité bleue reste la plus demandée. » précise Nelly Philipponnat. Un verre teinté dans la masse peut être maté à l’acide sur une de ses faces pour un aspect translucide et velouté, utilisé en vitrage simple, isolant, feuilleté, trempé, bombé ou encore émaillé.

Laquage, émaillage… des teintes opaques ou translucides

Mais la technique de coloration dans la masse impose d’incorporer des quantités importantes de colorants et de faire des réglages sur la ligne de float ce qui perturbe la production de float classique. Pour François Roux, responsable prescription chez Saint-Gobain Glass, « tout cela coute très cher, d’autant que le marché est de moins en moins porteur. Il est aujourd’hui plus intéressant, économiquement parlant, de colorer les verres par dépôt d’une couche de couleur sur une face selon un process industriel d’émaillage pour des verres extérieurs et intérieurs ou de laquage pour une utilisation intérieure. Ces techniques permettent de jouer sur une plus large gamme de couleurs, avec des teintes intenses et lumineuses tout en garantissant un fini régulier et homogène ». Du jaune, du rouge, de l’orange, du gris, du noir et même des nuances métallisées, les verres laqués – obtenus par dépôt et cuisson d’une couche de laque sur la face arrière du float, se déclinent dans une douzaines de coloris opaques, avec un aspect mat (Matelac et Lacomat d’AGC), brillant (DiamondGuard laqué ou DecoCrystal de Guardian, Lacobel d’AGC, Planilaque Evolution de Saint-Gobain Glass) ou satiné par matage à l’acide sur la face 1 (Matelux d’AGC). Avec les verres émaillés – verre float trempé revêtu d’une ou plusieurs couches d’émaux vitrifiés lors de la trempe, les possibilités de coloration augmentent encore…S elon les fabricants, ils sont proposés dans 10, 20, voire 40 coloris standards (Emalit Evolution ou Opalite Evolution de Saint-Gobain Glass, Colorbel de AGC, Ipadecor K d’Interpane). Des teintes spécifiques dans toute la palette RAL peuvent même être étudiées sur demande.

Fabrication artisanale : verre soufflé ou étiré 

« Oui, le verre de couleur continue d’être perpétué dans la pure tradition ancestrale », affirme Jean-François Outin, directeur général de la Verrerie de Saint-Just, filiale de Saint-Gobain Glass. « Chaque année des milliers de dizaine de m2 de verre soufflé à la bouche ou étiré sortent de nos ateliers ». Le verre soufflé est coloré dans la masse ou par dépôt d’une fine couche d’émail ou encore bariolé en utilisant successivement des verres de teintes différentes. Une palette de 300 couleurs est ainsi disponible. Le verre étiré, décliné en 25 teintes, est obtenu par fusion électrique et étirage mécanique verticale. « La technique de fabrication de tous ces verres est artisanale mais les applications sont bien contemporaines » ajoute Jean-François Outin. « Le marché de la création ne cesse de se développer, d’autant que ces verres peuvent être feuilletés, montés en double vitrage… ». Vitraux, meubles, cloisons… tout est possible. La stabilité du coefficient de dilatation et les grandes dimensions des verres étirés en font par ailleurs, le verre privilégié d’une réalisation en fusing, procédé de thermocollage de morceaux de verre superposés. « Tout l’intérêt d’un verre artisanal est bien entendu d’obtenir un résultat à l’opposé d’un verre industriel en jouant sur le côté authentique du verre avec des distorsions, des bulles, des irrégularités de surface… et ainsi apporter une signature artistique et totalement personnelle ». 

Des intercalaires PVB coloré

Pour varier encore les effets esthétiques, le verre support sera choisi extra-clair, coloré dans la masse, imprimé ou réfléchissant et les émaux (dont la dernière génération ne contient ni plomb ni métaux, comme le mercure ou le cadmium) pourront être opaques ou translucides. « La couche d’émail étant généralement déposée en face 2 du verre, la teinte est observée par transmission à travers le verre. Il est aujourd’hui possible dans une petite gamme d’émaux (blanc, noir, gris et autres coloris en développement) de la déposer en face 1. L’effet obtenu est alors mat et non plus brillant. Grâce à un process d’impression numérique haute technologie, nous pouvons également jouer sur une impression de différente densité comme avec le verre Ipacolor K », souligne Henk Wassink International Business Manager chez Interpane. Mais c’est dans le registre du verre feuilleté que les possibilités en matière de couleur sont quasi illimitées, simplement en remplaçant le classique film PVB transparent entrant dans la composition du vitrage feuilleté traditionnel par des intercalaires PVB fabriqués à partir de pigments colorés très concentrés (Stratobel d’AGC, Ipadecor R d’Interpane, Stadip Color de Saint-Gobain Glass). Le fabricant de film Solutia propose une palette de 12 couleurs initiales, combinables à hauteur de 4 couches, pour imaginer près de 1 800 teintes différentes ! Le fabricant a par ailleurs, mis en ligne un studio virtuel permettant aux concepteurs d’essayer différentes combinaisons de couleurs. De son côté, la société Dupont SentryGlas commercialise les intercalaires SentryGlas Expressions imprimés numériquement en haute résolution, dans la totalité de la palette chromatique, pour offrir des rendus transparents, semi-opaques, opaques ou des aplats de types dégradés dans plus d’un million de teintes.

V.B.

Crédits photos : Verrerie de Saint-Just – AGC Flat Glass Europe

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