Profils Systèmes : 998 blocs de pierres pour la salle omnisports

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© Lisa Ricciotti - Mathieu DUCROS - Christophe Gulizzi - Profils Systèmes
© Lisa Ricciotti - Mathieu DUCROS - Christophe Gulizzi - Profils Systèmes

Les équipements dédiés à la pratique sportive, l’une des signatures dont l’architecte marseillais Christophe Gulizzi a le secret. La salle omnisports de Saint-Cyr-sur-Mer (83), livrée en 2015 dans le complexe sportif des Oliviers, s’inscrit dans cette lignée. Élégante, rugueuse et discrète, elle accueille un dojo, une salle de danse et un gymnase, tout en réveillant un environnement plutôt triste – tissu résidentiel – et en dialoguant avec un riche passé.

Le village navigue en effet entre différentes identités : « cité balnéaire, village provençal et vestiges romains », rappelle Christophe Gulizzi. Le projet utilise cette identité territoriale comme élément narratif. Un bâtiment doit raconter une histoire : c’est le credo du Marseillais.

L’architecte a ainsi travaillé sur les circulations, la lumière naturelle, la promenade autour des patios et la pierre brute. Les façades sont composées « de 998 blocs de pierre calcaire d’une tonne, aux parois éclatées », décrit-il. La matière élémentaire est l’élément central du projet. « Pierre sur pierre, pierre après pierre, le projet scande la simple règle d’empilement des blocs.

La matérialité abrasive, la brutalité constructive mettent en scène la lumière », dépeint l’architecte. Cette architecture de pierre chahute positivement le voisinage, composé d’équipements publics et de pavillons. « Il fallait trouver un matériau qui fasse le trait d’union entre les bâtiments publics et les maisons individuelles. La pierre, de ce point de vue, est le matériau approprié, qui réconcilie. Et ce, quel que soit son usage et son mode opératoire de mise en oeuvre.

Si nous n’avons eu aucun recours contentieux sur ce projet, c’est parce qu’il est en pierre », martèle l’architecte, tout juste élu à l’Académie d’architecture (lire pages suivantes). « Un projet d’architecture consiste à créer une atmosphère », confie Christophe Gulizzi en janvier 2016 au site www.cyberarchi.com. « Mais comment insuffler une ambiance particulière lorsque le contexte est lui-même dépourvu de poésie ? », interroge le journaliste. D’après ce dernier, selon Gulizzi, la réponse tient moins à la forme qu’à la recherche d’une matérialité, d’une narration, d’une typologie claire et pertinente. L’intérieur de la salle est conçu comme un endroit à vivre, un lieu où l’on se déplace aisément.

Il s’organise autour d’espaces communs, de circulations éclairées par des patios. Le programme a été éclaté en deux parties distinctes. Les deux dojos et la salle omnisport ont été séparés par des patios plantés de bambous partiellement ouverts sur l’espace public. La circulation intérieure est une promenade, à l’image d’une chartreuse, entre ombre et lumière. L’ensemble forme un tout cohérent, un microcosme, presque un univers en soi. Et pourtant, la modernité affleure.

En témoignent ces lignes épurées, les tribunes roses soutenant les sièges gris, les points multicolores sur fond noir derrière les cages de handball, ou encore les différences de taille et de positionnement des ouvertures dans les dojos. Concernant les produits Profils Systèmes, Christophe Gulizzi évoque, un brin joueur, une « belle menuiserie… car c’est une menuiserie qui ne se voit pas. Elles sont posées en appliques derrière les blocs de pierre, ce qui fait qu’il y a uniquement la lecture du carreau de verre. » Deux ans après son inauguration, cet édifice efficace, lumineux et sobre, n’a toujours pas reçu le moindre tag intempestif. Preuve ultime qu’il impose le respect et une forme de sympathie.

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