Murs-rideaux : les façades en question

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Reynaers se spécialise dans les solutions complètes pour murs-rideaux, y compris en fournissant des coulissants de grandes dimensions pour les ouvertures en partie basse © VMA - Pascal Poggi
Reynaers se spécialise dans les solutions complètes pour murs-rideaux, y compris en fournissant des coulissants de grandes dimensions pour les ouvertures en partie basse © VMA - Pascal Poggi

Depuis 10 ans, les murs-rideaux ont adopté les rupteurs de ponts thermiques, les vitrages isolants, les intercalaires à bords chauds, les façades respirantes, et abordent depuis deux ans les façades ventilées préfabriquées en atelier.

Façade Wicona Wictec 50 SG compatible avec les ouvrants à projection Wicline 90 SG. © Wicona
Façade Wicona Wictec 50 SG compatible avec les ouvrants à projection Wicline 90 SG. © Wicona

Le mur-rideau affiche au moins 75 ans d’histoire en France. La Maison du Peuple de Clichy, par exemple, construite par Marcel Lods, Eugène Baudoin, Jean Prouvé et Vladimir Bodiansky, a été livrée en 1938. C’était le premier bâtiment préfabriqué à murrideau et ossature métallique dans l’hexagone. Formellement, un mur-rideau est une façade légère qui assure la fermeture de l’enveloppe d’un bâtiment, son étanchéité à l’eau et à l’air, sans participer à sa stabilité mécanique.

Raico a fait labelliser pas moins de 10 systèmes de façades Therm+, dont deux avec des valeurs de Ucw = 0,79 W/m².K. © Raico
Raico a fait labelliser pas moins de 10 systèmes de façades Therm+, dont deux avec des valeurs de Ucw = 0,79 W/m².K. © Raico

Quels sont les moteurs du développement technique du mur-rideau ?

©Raico
©Raico

Un mur-rideau résiste au vent, aux séismes, fait obstacle à l’infiltration d’air, demeure étanche à la pluie et à la neige, contrôle la diffusion de la condensation sur ses surfaces et dans ses vides de construction. Selon le choix des concepteurs, il combat la perte de chaleur, le gain thermique ou les deux à la fois. Les plus récents sont conçus pour résister aux explosions, quelle que soit leur origine. Enfin, il offre une protection efficace contre le bruit extérieur et le feu.

Le système heroal C50 permet des façades montant-traverse, traverse-traverse ou montant-montant verticales ou verticales désaxées, avec des affaiblissements acoustiques jusqu'à 46 dB. © Heroal
Le système heroal C50 permet des façades montant-traverse, traverse-traverse ou montant-montant verticales ou verticales désaxées, avec des affaiblissements acoustiques jusqu’à 46 dB. © Heroal

Nous demandons de plus en plus aux mursrideaux d’assurer d’autres fonctions : protection solaire, ventilation naturelle du bâtiment, voire production d’énergie. Selon Frédéric Bonnefoy, Directeur produits d’AGC Glass Europe, « les façades photovoltaïques avaient presque totalement disparu depuis 3 ans, mais elles amorcent un retour dans la perspective des bâtiments nZEB (near-Zero Energy Buildings ou bâtiments à énergie quasi-nulle), rendus obligatoires dans toute l’Union Européenne pour la construction neuve à partir de 2020 ». Tous les industriels et les façadiers s’accordent en France : les réglementations thermiques successives, tant nationales qu’européennes, poussent à l’amélioration de l’efficacité énergétique des murs-rideaux.

Le système Kawneer AA 100 HI est certifié par le Passivhaus de Darmstadt avec un Ucw = 0,80 W/m².K. © Kawneer
Le système Kawneer AA 100 HI est certifié par le Passivhaus de Darmstadt avec un Ucw = 0,80 W/m².K. © Kawneer

Bernard Dessaigne, Responsable technique façades chez Wicona, reconnaît que « la RT 2012 a rendu courantes des valeurs Ucw égales à 1,2 – 1,4 W/m².K pour les parties vitrées des façades et ≤ 1 pour la totalité du mur-rideau, parties opaques comprises. Un Ucw = 1,4 s’obtient avec le système de mur-rideau Wicona Witec 50 SG en double vitrage, tandis qu’un Ucw = 1,2 est atteint avec Wicona Witec 50 SG en triple vitrage. Wicona Witec 50 SG est disponible en 4 x 2 m verticalement ou horizontalement, avec un remplissage jusqu’à 560 kg ».

En triple vitrage, Wictec 50 SG conçu par Wicona, atteint un Ucw = 1,2 W/m².K. © Wicona

Le Passivhaus Institut (PHI) de Darmstadt, qui promeut le standard de construction Passivhaus, labellise aussi des composants industriels pour le bâtiment, dont des solutions de murs-rideaux. Parmi les 30 systèmes labellisés, les valeurs Ucw vont de 0,78 à 0,80 W/m².K. François Gehant, Directeur commercial de Raico France, souligne : « dix solutions Therm+ 56 de Raico sont labellisées par le PHI et atteignent un Ucw = 0,80 avec différents matériaux – aluminium, bois-aluminium, acieraluminium – tandis que deux systèmes Therm+ 76 descendent à un Ucw = 0,79. Avec les matériaux actuels, il paraît difficile de descendre plus bas en termes de performances thermiques brutes ».

Le verre AGC Cool-Lite Xtreme offre une transmission lumineuse TL de 60 %, un contrôle solaire g de 28 %. © SGG
Le verre AGC Cool-Lite Xtreme offre une transmission lumineuse TL de 60 %, un contrôle solaire g de 28 %. © SGG

Mais, précise-t- il, « même les murs-rideaux reçoivent des ouvrants et les fenêtres à projection Raico Wing 50 SK complètent parfaitement des façades tertiaires. Motorisables, elles permettent de développer de vraies stratégies de ventilation naturelle et de surventilation nocturne ».

Quelles sont les attentes esthétiques ?

En caricaturant à peine, les architectes ne veulent rien voir : parfaite transparence et neutralité chromatique du vitrage, structure de façade invisible, … C’est pour cette raison que Reynaers a mis au point la façade clampée CW 50 SC, « une solution de mur-rideau plus vitrée, à l’ossature beaucoup moins visible », explique Sandrine Garcia, Responsable marketing et communication. « De l’extérieur, la masse vue n’est que le joint EPDM de 27 mm entre les verres collés. De l’intérieur, la masse vue est de 50 à 80 mm seulement ».

SageGlass, le verre électrochrome de Saint-Gobain Glass, assure une protection solaire efficace, sans obturer la vue. S'il est pris en compte dès la conception, son surcoût est compensé par la moins-value sur les équipements de climatisation et la réduction des coûts de maintenance des protections solaires. © VMA - BAU 2015
SageGlass, le verre électrochrome de Saint-Gobain Glass, assure une protection solaire efficace, sans obturer la vue. S’il est pris en compte dès la conception, son surcoût est compensé par la moins-value sur les équipements de climatisation et la réduction des coûts de maintenance des protections solaires. © VMA – BAU 2015

Jean-Philippe Savary, Responsable produits et marché résidentiel de Saint-Gobain Glass, observe deux tendances fortes depuis deux ans en matière de vitrage pour les projets de murs-rideaux en bâtiments tertiaires : « les architectes veulent, d’une part, un maximum de transparence tout en offrant un fort contrôle solaire, d’autre part, ils souhaitent des vitrages aussi neutres que possible du point de vue esthétique.

Le verre Stopray Vision 60T d'AGC associe une forte transmission lumineuse (60 %) et un contrôle solaire important. © AGC Glass Europe
Le verre Stopray Vision 60T d’AGC associe une forte transmission lumineuse (60 %) et un contrôle solaire important. © AGC Glass Europe

Le verre extra-clair est naturellement plus coûteux que le verre de base, mais Saint-Gobain Glass le produit aujourd’hui industriellement à travers toute l’Europe et la gamme Cool-Lite est largement disponible avec un contrôle solaire élevé. Cool-Lite Xreme 60/28, par exemple, offre 60 % de transmission lumineuse et un facteur solaire g de 28 %. Côté neutralité », poursuit Jean-Philippe Savary, « les architectes refusent désormais que la filtration des U.V. aboutisse à un verre plus bleu ou plus vert. Ils souhaitent une neutralité ou, au pire, un reflet gris. Ce qui est le cas du verre SGG Cool-Lite ST Bright Silver, utilisé sur le Shard à Londres, par exemple.

Le verre Glassiled d'AGC contient des Leds incorporées et illustre les façades. © AGC Glassiled - Hugo Neumann (Belgique)
Le verre Glassiled d’AGC contient des Leds incorporées et illustre les façades. © AGC Glassiled – Hugo Neumann (Belgique)

Enfin, il n’est pas inconcevable d’employer du verre électrochrome SageGlass sur des murs-rideaux. Les utilisateurs apprécient énormément l’efficacité de sa protection solaire, tout en libérant la vue vers l’extérieur ». Si le verre électrochrome est prévu dès la conception, son prix plus élevé est compensé par le fait que son excellente protection solaire permet de réduire le dimensionnement des installations de climatisation.

La façade Parametric de Schüco repousse les limites du possible pour les concepteurs : reliefs, formes inhabituelles, etc. les outils informatiques associés sont intégrés de la conception à la fabrication. © VMA - BAU 2015
La façade Parametric de Schüco repousse les limites du possible pour les concepteurs : reliefs, formes inhabituelles, etc. les outils informatiques associés sont intégrés de la conception à la fabrication. © VMA – BAU 2015

De plus, en termes de maintenance, il supprime le poste entretien des stores vénitiens ou des protections solaires motorisées. Nelly Philipponnat, Directrice marketing et communication d’AGC Glass Europe, évoque également « une demande accrue pour des verres à la fois peu émissifs, à fort contrôle solaire et avec une importante transmission lumineuse ». Le verre AGC Stopray Ultra 60 affiche notamment une TL = 60 et un contrôle solaire g = 28.

L'un des points noirs des doubles façades est la condensation. L'effet inesthétique est directement perceptible, mais à terme, favorise plusieurs pathologies, dont le développement de moisissures et une corrosion des éléments ferreux (Louvre de Lens). © VMA - Pascal Poggi
L’un des points noirs des doubles façades est la condensation. L’effet inesthétique est directement perceptible, mais à terme, favorise plusieurs pathologies, dont le développement de moisissures et une corrosion des éléments ferreux (Louvre de Lens). © VMA – Pascal Poggi

Quant au verre AGC Stopray Smart, il offre une basse émissivité et un contrôle solaire élevé, mais disponible sous la même référence en version trempée ou non-trempée. « Comme ce vitrage n’émarge pas, il est intéressant en verre extérieur collé » spécifie Nelly Philipponnat. Pour un emploi en allège opaque, AGC a notamment développé Lacobel T trempable, où il suffit, pour un transformateur verrier, de disposer d’un four de trempe pour rendre ce verre utilisable en extérieur. Initialement disponible en 4 couleurs, le succès de Lacobel T a poussé AGC à élargir la gamme à 15 teintes. Enfin, pour l’animation des façades, AGC propose Glassiled, un verre feuilleté incorporant des LEDs RGB (rouge-vert-bleu) ou monocouleur.

Schüco a fait certifier plusieurs solutions de murs-rideaux avec des coefficients Ucw = 0,80 W/m².K. © Schüco
Schüco a fait certifier plusieurs solutions de murs-rideaux avec des coefficients Ucw = 0,80 W/m².K. © Schüco

Pilotées par un bus de terrain DMX et un automate, ces Leds peuvent être utilisées pour créer de véritables illustrations lumineuses. Pour Nicole Perez, Responsable marketing Technal, « les architectes sont également à la recherche de formes plus souples, arrondies, en triangle, en trapèze… ». Autant d’orientations plutôt réalisées, pour l’instant, à partir de profilés acier comme ceux de Jansen, proposés en France par Descasystem. Technal proposera une solution toute aussi souple et versatile, mais à partir de profilés aluminium, dès la fin de l’année, et Schüco commercialise dès à présent sa façade Parametric, dans le même objectif esthétique.

La façade Geode de Technal est compatible avec des ouvrants à projection pour la ventilation naturelle des bureaux (Bureaux Biotrial- Rennes). © Technal
La façade Geode de Technal est compatible avec des ouvrants à projection pour la ventilation naturelle des bureaux (Bureaux Biotrial- Rennes). © Technal

Comment la mise en œuvre a-t-elle évoluée ?

Pour économiser du temps sur le chantier, garantir une homogénéité dans la qualité de la mise en oeuvre et une parfaite étanchéité à l’air, les façadiers déplacent une partie croissante de leur travail, du chantier vers l’atelier. Wicona, Schüco, Technal, observent un développement rapide des façades industrialisées « à partir d’ouvrages de 1 500 m² », observe Bernard Dessaigne, Directeur projets Wicona, et « plutôt à partir de façades de 2 000 m² à trame répétitive » pour Cédric Puyou, Chef de marché façade Schüco, qui relève : « cette approche a longtemps été réservée aux grands façadiers qui réalisaient les tours à La Défense.

Double façade ventilée Geode de Technal au centre médical de Brive (19) - Prix Réhabiliter 2014 Technal - Espagno Milani Architectes Associés. © Sylvain Mille - Technal
Double façade ventilée Geode de Technal au centre médical de Brive (19) – Prix Réhabiliter 2014 Technal – Espagno Milani Architectes Associés. © Sylvain Mille – Technal

Mais l’augmentation des performances des façades sous l’influence des réglementations thermiques a conduit à leur épaississement et à leur alourdissement ». Les trames de façade FW50 SI de Schüco sont remplies par des produits verriers nettement plus techniques et plus lourds, si bien que leur mise en œuvre traditionnelle en grille à l’avancement sur chantier, requiert un équipement important.

« Cet équipement n’est finalement pas très différent de celui dont le façadier a besoin pour la mise en œuvre de blocs de façade industrialisés portant cadre, vitrage, étanchéité à l’air et à l’eau et pesant 300 à 500 kg », poursuit Cédric Puyou, « il faut naturellement que le façadier dispose d’espaces de stockage dans son atelier pour entreposer les blocs terminés si jamais le chantier est retardé, si le béton n’est pas prêt à temps par exemple, ainsi que de moyens de levage pour les assembler.

Les façades ventilées sont plus simples à entretenir et offrent une meilleure protection contre la chaleur d'été que les façades respirantes (Londres - double façade verre). © VMA - Pascal Poggi
Les façades ventilées sont plus simples à entretenir et offrent une meilleure protection contre la chaleur d’été que les façades respirantes (Londres – double façade verre). © VMA – Pascal Poggi

Mais, si un chantier faisant appel à des façades industrielles préfabriquées est bien préparé du point de vue logistique, le temps de mise en œuvre sur site se trouve alors divisé par deux ». Dominique Kienlen, Directeur technique de Rinaldi Structal (groupe Coralu), note pour sa part, « un développement des solutions bois-aluminium : bois intérieur pour obtenir un aspect chaleureux, aluminium et verre à l’extérieur pour garantir la stabilité et les performances. L’aluminium anodisé revient à la mode chez les architectes plus jeunes, et nous avons réalisé plusieurs projets en aluminium anodisé bronze ou champagne, deux finitions qui avaient presque totalement disparu depuis 15 ans ! ».

La toute nouvelle façade Reynaers CW 86 BR SG offre un triple vitrage et une cavité respirante, élément par élément. © Reynaers
La toute nouvelle façade Reynaers CW 86 BR SG offre un triple vitrage et une cavité respirante, élément par élément. © Reynaers

Double-peau respirante ou ventilée ?

La façade respirante est une invention française, tandis que la façade ventilée est beaucoup plus largement pratiquée dans le reste de l’Europe. Une façade respirante est ouverte d’un seul côté, le plus souvent en bas. Le mouvement d’air à l’intérieur est nécessairement circulaire. Une façade ventilée est ouverte sur deux côtés, en haut et en bas, en bas et l’un des côtés latéraux. Nicole Perez indique : « chez Technal, nous menons des recherches sur les deux solutions afin de bien comprendre comment naissent les pathologies – embuage, cristallisation, etc. – dans les deux systèmes, et comment les combattre efficacement ».

Avec une masse vue extérieure de 27 mm seulement, la nouvelle façade Reynaers CW 50 SC clampée, est faite pour afficher un maximum de vitrage et minimiser la perception de son ossature. © Reynaers
Avec une masse vue extérieure de 27 mm seulement, la nouvelle façade Reynaers CW 50 SC clampée, est faite pour afficher un maximum de vitrage et minimiser la perception de son ossature. © Reynaers

Pour l’heure, la nouvelle façade développée par Technal et présentée au prochain salon Batimat – nom de code NY pour l’instant – ne sera proposée qu’en version ventilée. Reynaers a effectué le choix inverse et développé la façade respirante CW 86 BR qui sera commercialisée avant l’été. « La cavité peut recevoir des stores jusqu’à 35 mm de
largeur » renseigne Sandrine Garcia. Rinaldi Structal, par la voix de Dominique Kienlen, estime que « les atouts du respirant sont indéniables pour les petits éléments de façade et pour les ouvrants, mais que dès que la hauteur dépasse 2 m, la façade ventilée est plus facile à entretenir et présente nettement moins de risques de pathologies ».

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