Maison connectée : décollage imminent

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Alors que les industriels œuvrent pour démocratiser la domotique et que les usages, portés par les Smartphones, entrent dans les moeurs, le marché retient son souffle… en attendant d’exploser. Les enjeux de la maison connectée sont connus : confort, sécurité, économie d’énergie.

Le tout nouveau Concept Home de Delta Dore à Rennes (35) et son écosystème ouvert universel ©Delta Dore
Le tout nouveau Concept Home de Delta Dore à Rennes (35) et son écosystème ouvert universel ©Delta Dore

Confort

Selon Céline Pigeon, Directrice marketing du pôle domotique & sécurité de Somfy, « le scenario le plus fréquent concerne la gestion de l’ouverture et fermeture de l’habitat ». Mais le besoin en confort dépasse le simple cadre de la gestion à distance. La domotique en tant qu’aide au maintien à domicile des personnes souffrant d’un handicap ou des seniors fait ses preuves. Au-delà du simple fait d’éviter des efforts ou de remplacer des gestes.

L’alarme connectée de Somfy pour piloter à distance la sécurité, détecter des mouvements et gérer les alarmes. ©Somfy
L’alarme connectée de Somfy pour piloter à distance la sécurité, détecter des mouvements et gérer les alarmes. ©Somfy

Chez ABB, Guillaume Humbert, Chef de produit junior de solution KNX, évoque une offre qui va jusqu’à « la prévention de chute avec la gestion de l’éclairage qui se déclenche automatiquement en cas de lever, et la génération d’alertes en cas de chute grâce aux objets connectés (montre, collier) ». Ainsi, « les accessoires intelligents remplissent plusieurs fonctions. Par exemple, un détecteur de mouvement peut identifier une présence et réguler l’éclairage ou le chauffage, et en même temps révéler l’absence de mouvement de l’occupant pour déclencher une alerte » confirme Alexandre Chaverot, Président d’Avidsen. La domotique au service de la silver économie…

Sécurité des biens et des personnes

La mise en sécurité de l’habitat passe par la lutte contre les cambriolages, mais aussi par la sécurité des occupants via les détecteurs de fumée en cas d’incendie ou des détecteurs de fuite de gaz, d’eau, etc. Pour Dominique Hallouin, Directeur commercial chez groupe Maine, « la présence de vidéophone et le contrôle à distance contribuent à sécuriser la maison, tout comme les lecteurs digitaux biométriques à l’entrée ou le visiophone intégré au portail ».

L’application mobile e-Daitem, lancée en mars 2015, pour gérer à distance les systèmes d’alarme e-Nova ou e-Sens, ainsi que des équipements de confort. ©Daitem
L’application mobile e-Daitem, lancée en mars 2015, pour gérer à distance les systèmes d’alarme e-Nova ou e-Sens, ainsi que des équipements de confort. ©Daitem

La domotique commence donc par la gestion des accès mais elle mène directement à la sécurité. Ou l’inverse. « Lors de l’installation d’un système de sécurité pour protéger le domicile contre les intrusions, il est possible de l’interfacer avec des automatismes commandant les ouvertures, nous travaillons par exemple avec Faac sur ce point » déclare Xavier Franck, Directeur commercial de Daitem.

Un autre avantage est de relier la caméra du portail au système de sécurité afin de désactiver l’alarme ou gérer les accès à distance. Ce que propose également Came France depuis le rachat de BPT. « Nous avons pu fusionner les systèmes et intégrer la vidéophonie à la domotique : lorsqu’une personne sonne au portail, son visage apparaît sur la tablette » ajoute Christophe Gaillard, Chef de marché domotique Came France. Somfy travaille également l’axe sécurité pour renforcer son positionnement.

Économie d’énergie

L’optimisation de la gestion d’énergie est facilitée par les échanges d’informations entre les différents accessoires. Fabrice Scherer, Chef de produit Roto France, évoque les contracteurs de fenêtres (MTS), « utilisés pour optimiser la gestion du chauffage ou de la climatisation en les coupant lorsque la fenêtre est ouverte », ou encore le pilotage des oscillo-battants, qui connecté grâce à un capteur d’humidité, gère l’aération d’une pièce d’eau.

E-Tec Drive, un système conçu par Roto pour gérer l’ouverture des oscillo-battants. ©Roto
E-Tec Drive, un système conçu par Roto pour gérer l’ouverture des oscillo-battants. ©Roto

Par ailleurs, les différents capteurs autorisent des relevés de consommation par typologie de produits (éclairage, chauffage, climatisation, etc.). « Nous considérons le vecteur des économies d’énergie comme un accélérateur à la domotique » déclare Armand Stern, Directeur des ventes France chez Selve, fabricant de moteurs. « Le marché nous demande d’intégrer nos produits dans un éco système plus global » ajoute-t-il. Preuve de son engagement sur le chemin de la domotique, le fabricant allemand sortira à la rentrée des moteurs bidirectionnels.

Essor des offres et des usages

Les offres se développent donc. De nouveaux acteurs arrivent sur ce marché. Simu (groupe Somfy) par exemple, annonce le lancement de son offre Home Expérience au second semestre. « Nous proposerons trois niveaux : “je pilote”, « j’anime ma maison » et je suis connecté » » résume Olivier Bourgetel, Responsable communication de Simu. « Piloter sa maison à partir de son Smartphone ne paraît plus du tout irréaliste aux consommateurs désormais équipés et familiers de l’objet » résume Céline Pigeon. La libération des usages portés par l’engouement pour les Smartphones et tablettes s’accompagne d’une démocratisation des tarifs.

A vivre, la nouvelle offre Home Expérience lancée par Simu avec 3 niveaux de pilotage. ©Simu
A vivre, la nouvelle offre Home Expérience lancée par Simu avec 3 niveaux de pilotage. ©Simu

Aujourd’hui le prix d’une box démarre à 350 euros chez Somfy. « Les ménages déjà équipés d’automatismes pour commander leurs volets ou leur porte de garage n’ont plus qu’à acquérir une box pour rendre leur habitat intelligent » ajoute Céline Pigeon. Selon une étude de Somfy, 92 % des utilisateurs de Tahoma se déclarent satisfaits, et parmi eux 70 % reconnaissent s’en servir au quotidien. Pour Alexandre Chaverot, la prochaine étape consistera à proposer de l’intelligence artificielle prédictive. Le président d’Avidsen en est convaincu, « pour que la maison intelligente se développe, il faudra que la technologie s’efface au bénéfice de l’usage ».

Des freins coriaces

Alors dans ce contexte, que manque-t-il à la domotique pour décoller ? Il semble que certains freins restent coriaces : budget total, méconnaissance du retour sur investissement, inquiétudes quant aux éventuelles pannes, design des accessoires. Mais aussi incompatibilité des systèmes. Un argument pour contourner la barrière des prix est d’inciter les consommateurs à s’équiper pas à pas. En commençant par la gestion des ouvertures par exemple, puis en sécurisant la maison, en gérant les éclairages et au fur et à mesure, le pilotage des consommations d’énergie, les équipements de loisirs, etc. Problème, « il manque un protocole universel » regrette Armand Stern.

Les fabricants font des efforts pour ouvrir leurs systèmes. Hager, ABB France, Becker travaillent tous sous KNX, protocole multi-constructeurs. « KNX est plutôt ouvert, mais pas totalement, il faut créer des passerelles, nous travaillons avec des intégrateurs pour faire parler les systèmes entre eux » admet Pascal Samama, Directeur de la filiale française de Becker. Il est donc possible d’installer un système d’éclairage ABB et de le connecter à un module Hager de gestion des volets. Hager annonce d’ailleurs pour la rentrée le lancement de plusieurs produits, notamment des outils de configuration plus rapides et un élargissement de gamme afin de répondre aux attentes d’une cible milieu de gamme. Reste que ce marché n’est pas stable. Chacun travaille dans son pré carré. Et personne ne sait qui prendra la main, les opérateurs téléphoniques, les géants du Web (Apple, Google) ou les spécialistes (Legrand, Somfy, etc.) ? La réponse à cette question semble être la clé pour son avenir.

Formez-vous !

La complexité de mise en oeuvre des systèmes a sans doute freiné l’essor de la domotique. Les installateurs, quel que soit leur métier d’origine – électricien, menuisier, plombier, chauffagiste – doivent se former. « Il faut au moins maîtriser les bases pour programmer un émetteur » explique Jérôme Le Mercier, Chef de produit de la division Home Door de Nice, même si, ajoute l’expert, « nous essayons de simplifier au maximum les systèmes ; chez Nice, nous créons des éléments radio pour répondre à la demande, notamment en rénovation ».

Era Touch conçu par Nice, l’écran tactile sans fils, portable, pour piloter la maison (jusqu’à 99 automatismes). ©Nice
Era Touch conçu par Nice, l’écran tactile sans fils, portable, pour piloter la maison (jusqu’à 99 automatismes). ©Nice

Came France dispose de son réseau d’installateurs agréés. « Nous les formons et nous leur délivrons une attestation d’agrément » précise Christophe Gaillard, pour qui il s’agit d’un métier spécifique. Delta Dore crée son réseau d’installateurs conseils formé à la domotique. ABB forme aussi des installateurs agréés et propose plusieurs certificats. Hager lance une application, Wattson, véritable coach pour aider le professionnel à déceler les besoins et les attentes lors du rendez-vous avec son client. « Cette appli permet au pro d’établir un devis dans la journée ou tout au moins un compte rendu de visite avec un bilan énergétique » explique Caroline Nivelle, Directrice marketing d’Hager. Le fabricant forme également les pros à la commercialisation des solutions via un format webinar en ligne.

Wattson, le coach commercial pour optimiser les visites en clientèle. ©Hager
Wattson, le coach commercial pour optimiser les visites en clientèle. ©Hager

Ouverture de show-rooms spécialisés

Le 1er concept home de Delta Dore a ouvert dans le centre historique de Rennes (35). ©Delta Dore
Le 1er concept home de Delta Dore a ouvert dans le centre historique de Rennes (35). ©Delta Dore

C’est dans le centre historique de Rennes que Delta Dore a choisi d’ouvrir son premier concept home. L’idée : désacraliser la domotique ! « La fréquentation du concept home (70 visites en moyenne par semaine) nous montre qu’il répond à un véritable besoin, c’est pourquoi nous projetons d’en ouvrir d’autres en 2016 dans d’autres villes » commente Dominique Gandoin, Chargée de marketing opérationnel Groupe Delta Dore. Un concept qui devrait faire des émules.

Tydom 2.0, nouvelle génération de solutions domotiques intuitives permettant de piloter un maximum d’objets connectés - quel que soit leur langage et leur marque ! - depuis la maison ou d'un Smartphone ou tablette ; une des box pour gérer le chauffage, l’éclairage, les alarmes, les ouvrants, ainsi que la sécurité. ©Hager
Tydom 2.0, nouvelle génération de solutions domotiques intuitives permettant de piloter un maximum d’objets connectés – quel que soit leur langage et leur marque ! – depuis la maison ou d’un Smartphone ou tablette ; une des box pour gérer le chauffage, l’éclairage, les alarmes, les ouvrants, ainsi que la sécurité. ©Hager

De son côté, HP Fermetures a ouvert un show-room de 200 m² dans les Landes pour exposer son savoir-faire. « Notre objectif est de montrer aux professionnels et à leurs clients les produits en fonctionnement (fenêtres, stores, volets) et de les mettre en valeur » explique Gérard Vandamme, Pdg d’HP Fermetures. Dans cette maison reconstituée, les visiteurs peuvent tester les produits et prendre les commandes !

 

2015 : l’an I de la maison intelligente selon GFK

En 2014, l’argument du connecté est vecteur de croissance en France. Sur un marché de l’équipement de la maison (hors écran Smartphone/tablette/PC) estimé à 13,4 milliards d’euros en 2014 qui a progressé de +2 %, les objets connectés ont généré 2,9 milliards d’euros en croissance de +16 %. Selon GFK, qui segmente le marché de la maison intelligente en 5 catégories (le confort, l’éclairage, l’énergie, la sécurité et l’électronique de loisir), la majorité du chiffre d’affaires est généré par l’électronique de loisir avec 2,8 milliards d’euros.

La fin de l’année 2014 a vu les premières offres de la maison intelligente se déployer avec des thermostats connectés par exemple ou les box domotiques, soit au total 90 000 unités vendues et un CA de 29 M€. 2015 devrait être l’année de démocratisation de la maison intelligente. Les nouvelles box domotiques, serrures connectées ainsi que de nouveaux produits d’électroménager vont arriver sur le marché. GFK prévoit une croissance forte des ventes de produits connectés dans la maison avec un chiffre d’affaires attendu de 3,2 milliards d’euros.

3 questions à… Camille Henry, Architecte dplg, cabinet Ameller, Dubois & Associés

©Ameller & Dubois Architecte
©Ameller & Dubois Architecte

En tant qu’architecte, quelle est votre vision de la domotique ?

J’estime que la pertinence de l’équipement domotique dépend de la nature du projet. Elle répond à certains besoins, comme l’aménagement de l’habitat pour les personnes souffrant d’un handicap, ainsi que pour les personnes âgées. Je ne suis pas favorable à un équipement systématique du logement, dans le sens où ouvrir une fenêtre ou des volets manuellement peut aussi avoir du charme. Cela permet également de varier les formes architecturales sans systématiser les modèles ou les matériaux (volets coulissants, persiennes, stores vénitiens). Au niveau des bâtiments techniques en revanche, la domotique est nécessaire.

Le bâtiment hébergeant les 5 ULS dans le XVe à Paris (75).©Takuji Shimmura
Le bâtiment hébergeant les 5 ULS dans le XVe à Paris (75).©Takuji Shimmura

Concrètement, vous avez mené un projet avec Technal dans un immeuble dédié au logement social. Quels sont les apports de la domotique dans ce contexte ?

Nous avons réalisé 86 logements, dont 5 unités de logements spécifiques (ULS) dédiées à des personnes handicapées et se déplaçant en fauteuil roulant. La domotique permet de leur apporter un réel confort de vie. A partir d’une télécommande fixée sur le fauteuil, l’utilisateur peut ouvrir la porte d’entrée de l’immeuble, commander l’ascenseur, ouvrir la porte palière donnant accès à son logement, gérer l’éclairage, un ouvrant et un coulissant. La domotique lui rend de l’autonomie.

A quel stade la domotique peut-elle être intégrée à un projet ?

L’idéal est de prévoir le système dès le cahier des charges, notamment pour installer une solution filaire. Néanmoins, il est possible de s’adapter en cours de projet.

Le point de vue stratégique de… François-Xavier Jeuland, Président de la FFD (Fédération Française de Domotique)

François-Xavier Jeuland, Ingénieur spécialisé en domotique et multimédia ©FFD
François-Xavier Jeuland, Ingénieur spécialisé en domotique et multimédia ©FFD

François-Xavier Jeuland est un ingénieur spécialisé en domotique et multimédia, diplômé de l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées). Il intervient en tant que consultant indépendant auprès des architectes, des fabricants, des installateurs et des particuliers. Il est membre du comité scientifique de l’exposition « Habitat du futur » à la Cité de Sciences ainsi qu’à l’origine, avec Reed Expositions, du salon Smarthome.

Observatoire indépendant créé par François-Xavier Jeuland, la jeune FFD concentre les orientations majeures du développement de la domotique en France, avec pour objectif la représentation de tous les acteurs de l’écosystème « habitat connecté ». Une mission pour le moins stratégique et force de proposition décisive, dont les enjeux menés par une équipe d’experts très pointus visent à définir le bâtiment de demain.

La FFD en question

« Structure à but non lucratif, la FFD s’adresse à tous les acteurs, quelle que soit leur filière d’origine, impliqués dans ce secteur de la domotique : électricité, énergie, automatismes, sécurité, électroménager, audiovisuel, télécom, autonomie, santé, … » précise François-Xavier Jeuland. « Nous nous inscrivons dans le long terme et rassemblons déjà 210 membres issus de ces différents horizons : professionnels du bâtiment, industriels, installateurs, éditeurs de logiciels, fabricants, sociétés de services, organisations professionnelles, associations de consommateurs, … Notre but est de promouvoir une image positive et structurée de la domotique et de faciliter les synergies entre toutes les personnes physiques ou morales intéressées par l’avenir du Smarthome en France ».

Un terrain empirique

Par ailleurs, « cette prise en compte de la convergence de multimétiers, permet de travailler empiriquement pour générer une véritable réflexion et des solutions concertées » observe François-Xavier Jeuland. « Bon sens et esprit critique, nous avons espoir d’aboutir et portons déjà de très beaux projets. Nous oeuvrons à un habitat connecté pour tous, mais aussi pour chacun, avec des systèmes évolutifs sur-mesure et souhaitons dégager une plus grande visibilité dans ce marché complexe et multi-acteurs. Démocratiser la domotique est un effort collectif de tous les instants ».

Au cœur des enjeux

« Sur ce marché d’avenir, les start-up et grands groupes français se positionnent » constate François-Xavier Jeuland. « EDF, Bouygues, Delta Dore – lequel vient de nous rejoindre en tant que nouveau membre pour être au plus près des évolutions de ce secteur – Somfy, etc. prennent les américains à contrepied avec l’avènement de la domotique 2.0. L’intérêt est également le partage des connaissances entre multinationales et entreprises aux organisations plus légères pour une union de tous les acteurs dans une même dynamique ».

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