Le verre dans tous ses états

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Matériau fascinant, le verre n’en finit pas de défier l’imagination des créateurs et des fonctionnalités ©AGC Glass
Matériau fascinant, le verre n’en finit pas de défier l’imagination des créateurs et des fonctionnalités ©AGC Glass

Le verre se distingue par ses nombreuses propriétés pouvant se combiner (presque) à l’infini. Sous ce matériau et sa belle transparence se cachent bien des atouts qui, pour  autant, n’en facilitent pas sa préconisation. La connaissance de sa technicité et ses applications orientent judicieusement  le confort de vie de l’utilisateur et sa satisfaction.

Transparence et fluidité pour ce garde-corps conforme aux normes réglementaires ©AGC Glass
Transparence et fluidité pour ce garde-corps conforme aux normes réglementaires ©AGC Glass

Isolant thermique, acoustique, anti-feu, verre de sécurité, chauffant, décoratif… le monde du verre est d’une immense richesse. Au cours de sa fabrication puis de sa transformation, le vitrage va acquérir ses propriétés. Trempé, il sera plus résistant. Recouvert d’une fine couche d’oxydes métalliques, il sera plus isolant. Assemblé avec des intercalaires et des gels, il résistera au bruit ou au feu. Tel un millefeuille, les propriétés du verre peuvent s’additionner. Au-delà de son langage technique fait d’indices, de coefficients ou de facteurs garantissant les qualités et le respect réglementaire du vitrage, l’identification des besoins reste essentielle.

Les applications du verre profilé Pilkington Profilit™ se distinguent par une polyvalence et des performances qui invitent à une totale liberté de création pour l’aménagement extérieur et tout type de façade ©Pilkington /NSG Group
Les applications du verre profilé Pilkington Profilit™ se distinguent par une polyvalence et des performances qui invitent à une totale liberté de création pour l’aménagement extérieur et tout type de façade ©Pilkington /NSG Group

« Dès que l’on touche à l’enveloppe du bâtiment », explique Jean Mas, Président de Lukora, « le projet va être encadré par des normes ou des DTU. On commence donc par s’assurer que le produit verrier satisfait ces exigences réglementaires. Une porte d’école doit être en verre trempé, il y a donc un DTU à suivre lorsque l’on pose un garde-corps et, pour un commerce, les grandes vitrines doivent être conformes aux prescriptions, sinon les assurances ne couvrent pas ». A minima, le produit verrier doit donc satisfaire la réglementation, puis franchir une étape supplémentaire en s’intéressant de plus près aux attentes de l’utilisateur.

Les multiples dimensions du confort

La bonne préconisation est celle qui assure le niveau de confort dont chacun a réellement besoin. Pour un vitrage adapté, le professionnel va ainsi prendre en compte la localisation géographique du projet, l’orientation de la baie, l’environnement, le type de baie… « Plutôt que de penser technique, pensons à l’impact sur la vie de l’usager », propose Valérie Vandermeulen, Responsable marketing et communication d’AGC France. « Au-delà d’un indice type facteur solaire ou transmission lumineuse, il y a une réalité : le client veut se sentir bien chez lui, il réduit ses besoins en chauffage l’hiver, en climatisation l’été, il utilise toute sa pièce, sans craindre les parois froides ou surchauffées ».

Le confort thermique et lumineux, obtenu en dosant 3 propriétés essentielles du vitrage – transmission lumineuse, facteur solaire et pouvoir isolant – s’affiche avec des coefficients qui nécessite explications… simples : « on peut dire au client que, pour sa verrière, on va lui installer un vitrage qui laisse passer 60 % de la lumière, mais seulement 28 % de la chaleur. C’est plus parlant qu’un facteur solaire de 28 et une transmission lumineuse de 60 », note Jérôme Patoir, Directeur commercial d’Emaver, qui fabrique sous licence Saint-Gobain du trempé (Securit®) et du double vitrage (Climalit®). Le confort n’implique pas seulement la question thermique. Il peut s’exprimer en termes d’entrées lumineuses, de protection acoustique, anti-intrusions ou même d’opacité, pour préserver l’intimité. Jérôme Patoir remarque une demande croissante de la sécurité chez les particuliers, comme chez les commerçants.

Verre spécialement développé pour éviter l’apparition de condensation sur les vitrages à haute performance d’isolation thermique - Anti Condensation Glass - Pilkington ©Pilkington / NSG Group
Verre spécialement développé pour éviter l’apparition de condensation sur les vitrages à haute performance d’isolation thermique – Anti Condensation Glass – Pilkington ©Pilkington / NSG Group

« Les particuliers se recentrent sur un habitat devenu cocon protecteur. Quant aux commerçants, ils attendent une mise en valeur de leurs marchandises, sans risque d’effraction. Avec des vitrages de sécurité, on peut même se passer de volets roulants ». Le confort idéal se construit alors strate par strate pour un vitrage où s’empilent les propriétés. Le verre devient multifonction : bon isolant thermique + phonique + résistant à l’effraction + autonettoyant + décoratif. Techniquement, tout est possible, jusqu’aux combinaisons les plus complexes… et le budget adéquat. Pour les projets tertiaires, « une façade n’est jamais conçue à partir d’un produit unique, mais peut mettre en œuvre 25 à 30 éléments verriers différents selon l’orientation, le niveau de bruit, la sécurité », explique Philippe Grell, Directeur technique et marketing de Pilkington France.

Verre et énergie

Le verre participe pleinement à la maîtrise des consommations énergétiques. Avec un vitrage adapté, on limite les besoins en chauffage et en climatisation. Mais le verre est surtout en passe de devenir producteur d’énergie. « C’est déjà une réalité », indique Valérie Vandermeulen d’AGC France. « A Lyon, le projet Hikari est en train de voir le jour, ce sera le premier îlot mixte (commerces, bureaux, habitations) à énergie positive d’Europe. Pour satisfaire le besoin énergétique, nous installons 570 m2 de vitrage photovoltaïque en façade qui produiront environ 15 MWh par an. C’est un verre feuilleté dans lequel sont intégrées des cellules photovoltaïques. Le défi a été de placer ces cellules à des endroits où elles ne gênent pas la vue depuis l’intérieur du bâtiment ».

CalorGlass, la première solution industrielle de vitrage chauffant mis au point par Riou Glass, un véritable confort additionnel ©Riou Glass
CalorGlass, la première solution industrielle de vitrage chauffant mis au point par Riou Glass, un véritable confort additionnel ©Riou Glass

Et le vitrage chauffant ? Fabricants et transformateurs lui prédisent un bel avenir, à l’image de Régis Bussy, Responsable produits et marché résidentiel Saint-Gobain Glass Bâtiment France. « Le vitrage chauffant intègre une couche métallique conductrice d’électricité avec une résistance, et se pilote avec un thermostat. Le verre reste transparent. Plus besoin de radiateurs, le chauffage devient ainsi invisible. Il est particulièrement bien adapté aux verrières et aux vérandas ». « J’y crois beaucoup », ajoute Jean Mas de Lukora, « à terme, il pourrait remplacer le chauffage, si toutefois le bilan énergétique est favorable ». Prix de l’Innovation « coup de coeur du jury », le vitrage chauffant CalorGlass® développé et fabriqué par l’entreprise normande Riou Glass, est capable de se substituer à tous les autres modes de chauffage existants.

A Lyon, un immeuble équipé de 570 m2 de vitrage photovoltaïque en façade produira environ 15 MWh/an©AGC GLass /Okalux - USA - © Jeffrey Totaro
A Lyon, un immeuble équipé de 570 m2 de vitrage photovoltaïque en façade
produira environ 15 MWh/an©AGC GLass /Okalux – USA – © Jeffrey Totaro

Cette innovation, que démocratise le spécialiste français de la transformation du verre plat à travers le renforcement de son réseau d’installateurs certifiés dans toute la France, s’adapte à tout type de châssis (aluminium, bois, acier, PVC, etc.), et la fonction chauffage est totalement intégrée et invisible. « Grâce à une couche de microparticules métalliques, invisibles à l’œil nu, déposée sur la surface interne du verre, CalorGlass® transforme les parois vitrées en un système de chauffage électrique par rayonnement et diffuse ainsi une chaleur douce et homogène dans tous les espaces chauffés, supprimant radicalement l’effet « paroi froide » des surfaces vitrées », explique Sébastien Joly, Responsable marketing et communication Riou Glass.

« Facile à réguler, CalorGlass® peut se couper même lorsque les fenêtres sont ouvertes pour une consommation énergétique réduite (jusqu’à -30 %) ». Compatible avec les principaux systèmes d’alarme et de domotique, CalorGlass® propose également de nombreuses autres fonctionnalités : protection solaire, retard à l’effraction, anti-condensation, déneigement en toiture, etc.

Verre décoratif : le marché tendance

Très apprécié pour ses qualités décoratives, le verre se joue de la lumière comme aucun autre matériau, le traversant ou s’y réfléchissant. Quant à la vision, elle peut être totale (verre transparent) ou régulée pour préserver l’intimité (verre translucide, dépoli ou à motifs). Les architectes le plébiscitent plus que jamais à l’intérieur de l’habitat, pour des applications décoratives ou d’agencement.

L’imagination pour seule limite

« Le marché du verre décoratif a vraiment pris son essor avec le verre laqué coloré » explique Jean Mas, Président de Lukora. « Les fabricants de dressings et de placards ont été parmi les premiers à l’intégrer au niveau des portes, en matériau unique ou en association avec d’autres matériaux ». Le verre laqué coloré a ensuite investi la cuisine et la salle de bain, sous forme de portes mais aussi de crédences et de plans de travail. « Offrant une belle surface lisse, sans joint, très facile à entretenir. Pour le plan de travail, l’usage va basculer sur des verres dépolis, finalement plus tolérants à la rayure que les produits très brillants », complète Jean Mas. L’ultra-brillance de la laque, qui dominait ces dernières années, semble toutefois marquer le pas.

Les Leds intégrées dans le verre de Glassiled sont en conquête des façades des pays émergents ; cette technologie AGC ouvre en France et en Europe de nouvelles perspectives  ©AGC Glass  urope/Architecte : Wang Ouyang
Les Leds intégrées dans le verre de Glassiled sont en conquête des façades des pays émergents ; cette technologie AGC ouvre en France et en Europe de nouvelles perspectives ©AGC Glass Europe / Architecte : Wang Ouyang

« La tendance est plutôt aux verres décoratifs mats ou veloutés qui apportent davantage de douceur », précise Valérie Vandermeulen, Responsable marketing et communication d’AGC. Une tendance également notée chez Saint-Gobain Glass Bâtiment France : « les surfaces mates sont utilisées seules ou en contraste avec des surfaces brillantes », ajoute Isabelle Pirès, Responsable marchés clientèles du tertiaire et cloisonneurs, qui fut longtemps en charge du verre décoratif. Pour rester dans la douceur, le verre peut-être « texturé », à l’image du Master-soft de Saint-Gobain, dont l’effet matelassé a été récompensé par un prix du Design aux Reddot Awards 2015.

Le verre habille les murs du hall d’entrée de la Tour Oxygène à Lyon - Lacobel orange et Mirox 3G - AGC Glass Europe ©AGC Glass Europe
Le verre habille les murs du hall d’entrée de la Tour Oxygène à Lyon – Lacobel orange et Mirox 3G – AGC Glass Europe ©AGC Glass Europe

Le particulier peut désormais se l’approprier et créer son univers : « la personnalisation est une demande forte », confirme Jean Mas. « Le client va choisir la couleur de laquage qui s’harmonise avec son intérieur ou nous confier une photo à imprimer sur le verre ». Ces techniques ouvrent la voie à l’utilisation du verre en habillage mural, avec un décor imprimé à la carte, en remplacement du papier peint ou de la peinture.

Dans les ERP, se combinent déco, sécurité et confort

Ce verre mural se retrouve également dans les ERP, « dans les cabines d’ascenseurs, les sanitaires, les zones techniques », confirme Jean Mas, « toujours pour sa facilité d’entretien ». A l’hôtel ou dans les commerces, la multifonctionnalité du verre prend tout son sens. Le verre décoratif a bien souvent également un rôle de sécurité ou de confort. « Si vous avez un hôtel de 300 chambres avec autant de salles de bains, choisir un verre anticalcaire pour les parois de douche va faire gagner beaucoup de temps et d’argent », souligne Jean Mas.

Dans les cabinets médicaux ou chez les dentistes, le verre bactéricide (des ions d’argent déposés sur le verre tuent les bactéries) est très prometteur. Le confort, c’est aussi la possibilité de faire varier le niveau d’intimité. « C’est possible grâce au verre à opacité programmée (type Priva-Lite) », confirme Jérôme Patoir, Directeur commercial d’Emaver, qui vient juste de livrer son premier chantier avec ce produit.

Panneaux en verre sérigraphié Séristal - Macocco, 2/3/4 Architecture, installateur S.T.A.V. ©Nicolas Fussler
Panneaux en verre sérigraphié Séristal – Macocco, 2/3/4 Architecture, installateur S.T.A.V. ©Nicolas Fussler

« Son état normal est d’être opaque, mais quand il est parcouru par un courant électrique, le vitrage devient clair. On peut l’utiliser pour séparer une salle de bains d’une chambre ou pour un bureau ou une salle de réunion. Ce produit présente un autre intérêt : dans son état opaque, il peut s’utiliser comme écran de projection ». Dans un contexte très réglementé, se concilie toujours plus d’esthétique (grandes surfaces vitrées, du bord à bord sans montant intermédiaire, etc.) face à l’importance de la demande des transformateurs verriers et architectes.

Protéger du feu, mais pas seulement

Les produits feu sont très normés et réglementés, car ils concernent directement la sécurité des personnes. Là encore, le verre n’est jamais mono-fonction. « Le feu est un événement exceptionnel » souligne Gabriel Ferry, Dirigeant de VD Industry. « Hors période de feu, le verre doit assurer une isolation thermique ou un coefficient solaire, comme un verre classique ». Le vitrage de protection au feu sait s’adapter.

Double vitrage Vitraflam EW 30 ©VD-Industry
Double vitrage Vitraflam EW 30 ©VD-Industry

Il peut même être sérigraphié, imprimé ou accueillir un store intégré. Côté isolation acoustique, le verre feu est un peu avantagé. « Parce qu’ils sont, soit feuilletés, soit multicouches, ces vitrages ont déjà des propriétés acoustiques », ajoute Jean-François Lassiaz, Directeur des ventes France de Pyroguard « mais on peut aller encore plus loin jusqu’à un amortissement de 45 à 50 dB en utilisant des contrefaces ». D’où l’intérêt, là encore, de bien cerner toutes les dimensions du besoin.

Les solutions Pyroguard T de CGI France présentent des contrefaces acoustiques ©Pyroguard
Les solutions Pyroguard T de CGI France présentent des contrefaces acoustiques ©Pyroguard

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