La fenêtre connectée du rêve à la réalité

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Le fabricant allemand Hager commercialise l’écosystème Coviva ; complet et évolutif, simple à installer et à utiliser, il pilote à distance les ouvrants, les volets, l’éclairage, le chauffage, l’alarme… grâce à l’application gratuite éponyme, disponible sur Smartphone et tablette ©Hager
Le fabricant allemand Hager commercialise l’écosystème Coviva ; complet et évolutif, simple à installer et à utiliser, il pilote à distance les ouvrants, les volets, l’éclairage, le chauffage, l’alarme… grâce à l’application gratuite éponyme, disponible sur Smartphone et tablette ©Hager

La fenêtre connectée fait une entrée remarquée sur le marché. Et les industriels s’y intéressent de près. Mais si ce segment s’annonce porteur, cette solution ne s’adapte pas à tous, ni à tous les bâtiments.

Utopie il y a peu, la fenêtre connectée fai t ses premiers pas sur le marché. Timidement encore. Mais aujourd’hui, industriels, menuisiers et fabricants de quincaillerie, développent et proposent des solutions abouties avec pilotage (et retour d’information) sur place ou à distance. Et s’enthousiasment : « wagon à ne pas manquer, marché en plein essor, segment qui va exploser à court terme ».

Sécurité et économies d’énergie

La fenêtre connectée ne manque pas d’atouts, car « elle constitue un réel avantage, tant pour les économies d’énergie et le confort que pour l’automatisation des bâtiments », indique Claire Schilis, responsable marketing Geze France. « Et puis tout peut être relié : chauffage, éclairage, VMC, porte d’entrée ». Mieux, côté sécurité, la fenêtre peut se
connecter à l’alarme et aux volets roulants. Il n’empêche, nous n’en sommes qu’aux prémices : la dichotomie entre rêve et réalité étant encore bien réelle.

« Si les mentalités sont prêtes, dans les faits les choses sont plus compliquées », confirme Romain Cancian, directeur des ventes Roto Frank Serrures. « Même si le consommateur sait qu’il est possible de piloter la maison dans son ensemble à partir d’un Smartphone »… grâce auquel il se familiarise de plus en plus à la connectivité. Mais le principal frein reste le contrôle pour conserver la main sur le système. Autre point à ne pas négliger, le facteur prix.

« Il faut démocratiser le système de pilotage car le coût est encore important », poursuit Romain Cancian. Chez FenêtréA, Morgane Lefeuvre, responsable marketing et communication, le confirme : « les solutions actuelles ne sont pas forcément abordables, mais ne freinent pas la progression du marché ».

Moins développé que dans les pays scandinaves ou en Grande-Bretagne, le marché français de la maison connectée est pourtant en pleine croissance. On estime à trois millions le nombre de chantiers résidentiels et tertiaires équipés en domotique d’ici 2020. Mieux, pour l’observatoire Promotelec du confort dans l’habitat (novembre 2015) « Les Français et la domotique », 75 % d’entre eux souhaitent intégrer la domotique à leurs projets de rénovation. Une occasion à ne pas manquer !

Pour autant, les fenêtres connectées ne conviennent pas à tous : « non seulement, elles doivent être posées au bon endroit, mais elles ne se justifient pas aussi pour tous », explique François-Xavier Jeuland, président de la FFD (Fédération Française de Domotique). « Et surtout, prime la demande du client final. Or, il est encore un peu tôt pour Monsieur et Madame tout le monde. Mais c’est certain, les fenêtres connectées recèlent un solide potentiel ».

Les industriels se lancent

D’ailleurs, les industriels y croient. Prenons Sepalumic avec la fenêtre 5900 Occult’air ORA. Respirante et autonome, elle intègre un store de l’espagnol Bandalux en tissu Air Cell Night pour une occultation totale. Et grâce à l’ajout d’un vitrage photovoltaïque développé par Sunpartner Technologies, elle devient autosuffisante en énergie pour le contrôle du store. Mais surtout, Occult’air ORA communique avec le bâtiment via une électronique dédiée au moyen d’une tablette ou d’un Smartphone.

« Nous avons pris le virage de la fenêtre connectée », se réjouit le porte-parole marketing de Sepalumic. « D’ores et déjà, Occult’air ORA produit l’énergie nécessaire pour ouvrir ou fermer le store. A l’avenir, ce devrait être possible pour le volet, Occult’air ORA a d’ailleurs été conçue dans cette optique. Compte tenu des nombreuses rénovations à effectuer, ce marché de niche va exploser. Proposer une fenêtre à l’efficacité énergétique démontrée et qui se pose aisément est un atout indéniable ».

Situation identique pour Wicona, qui grâce également à la solution Sunpartner Technologies, propose une fenêtre opacifiante, motorisée et autonome en énergie. La Smart Window intègre ici un double vitrage photovoltaïque en allège dont les cellules (opaques ou semi-transparentes) captent la lumière et la transforment en électricité. L’énergie ainsi produite permet d’alimenter le système d’occultation et l’électronique embarquée. De son côté, Janneau enrichit sa gamme PVC avec une fenêtre connectée en partenariat avec Somfy.

Le fabricant intègre des capteurs dans le dormant et l’ouvrant de la menuiserie permettant d’enclencher plusieurs actions en cas d’ouverture : vérification à distance de la position ouvert/fermé, fermeture des volets, déclenchement de l’alarme, retour d’information… « Le capteur détecteur d’ouverture est intégré en usine, ce qui présente deux avantages majeurs : la solution est invisible et l’installateur n’a aucune intervention supplémentaire, la fenêtre est connectée ready », ajoute Marc Fauchreau, responsable marketing Janneau. « Même si ce marché n’en n’est qu’aux prémices, il se simplifie et se démocratise. Nous y croyons beaucoup ».

Pour sa part, FenêtréA équipe déjà toutes ses fenêtres (frappe et coulissant) avec la poignée Sensa développée par Hoppe et un design exclusif FenêtréA. Plutôt que d’intégrer des capteurs en feuillure des menuiseries, lesquels restent relativement onéreux, FenêtréA a collaboré avec Hoppe pour intégrer l’émetteur SecuSignal à la poignée Sensa et donner naissance les cages d’escalier ou les personnes à mobilité réduite. « Nous sommes au tout début, mais ces solutions progressent », complète Morgane Lefeuvre. « A l’horizon 2018, nous ambitionnons d’offrir 100 % de nos produits connectables, s’inscrivant directement dans le concept Ready to Connect par FenêtréA ».

De son côté, Oknoplast propose, en collaboration avec Somfy, le système de gestion intelligent de menuiseries Smart Oknoplast. « Cette application permet, entre autres, de programmer ou de piloter vocalement l’ouverture et la fermeture sur place ou à distance, des fenêtres et baies vitrées à partir de l’application téléchargeable sur Apple Store ou Google Play », explique Grégoire Cauvin, PDG d’Oknoplast France. Les quatre packs, Basic, Medium, Smart Home et Smart Premium, peuvent être raccordés à l’éclairage, chauffage, porte de garage, alarme…

S’y ajoute Voice Oknoplast qui assure la connexion des menuiseries au système d’intelligence artificielle d’Amazon, Alexa. Cette enceinte accède à une multitude de services et contrôle l’habitat grâce à son système de reconnaissance vocale. « De plus en plus de maisons étant équipées, le marché va progresser », poursuit Grégoire Cauvin ; « à nous d’accompagner nos clients dans l’installation de ce type d’équipements nécessitant paramétrage et maintenance ».

Pour sa part, la firme vendéenne K•Line permet, grâce au détecteur de verrouillage intégré (DVI) dans ses menuiseries, de savoir à tout moment, où que l’on se trouve, si la fenêtre est verrouillée ou pas. Et l’alarme périmétrique développée en partenariat avec Delta Dore, avise de l’état de sécurité de la maison pour le communiquer en temps réel via l’application K•Line Smart Home. Baptisée Detect, cette fonction est complétée par Pilot pour l’ouverture et la fermeture à distance des volets roulants ou des BSO.

« Nous avons l’ambition de démocratiser la fenêtre connectée », souligne Bruno Léger, directeur général de K•Line. « Et de rendre cette innovation accessible au plus grand nombre, afin de faire de la fenêtre connectée un nouveau standard ». Lancée en décembre 2017, la fenêtre connectée devrait représenter, à terme, la moitié de la production de K•Line.

A noter que depuis septembre dernier, toujours avec l’application K•Line Smart Home, il est possible d’ouvrir sa porte d’entrée à distance grâce à l’option Porte à Ouverture à Distance (P.O.D.) et d’obtenir un retour d’information immédiat. De son côté, si l’extrudeur/gammiste Aluplast ne propose pas de fenêtres connectées, il est en pleine négociation avec Sunpartner Technologies pour une joint-venture.

« Le PVC est encore pauvre en matière de connectique », regrette Pascal Coutié, directeur groupe France, Belgique et Suisse chez Aluplast. « C’est pourquoi, je souhaite être le premier partenaire PVC de Sunpartner et présenter une fenêtre connectée et autonome lors de la prochaine édition de Fensterbau ». Un moyen astucieux de rendre le PVC plus moderne.

Trois ans de R&D ont été nécessaires à la société vendéenne K•Line pour la mise au point de ce détecteur de verrouillage intégré (DVI) protégé par quatre brevets. Disposant d’une autonomie de cinq ans, ce détecteur radio sans fil est intégré dans les profilés métalliques.
©K•Line
©K•Line
En la matière, la marque réalise une triple prouesse technologique : détecter le mouvement d’une crémone sur une fenêtre, un coulissant ou une porte d’entrée dans un environnement métallique défavorable à la propagation des ondes, tout en étant invisible (il est intégré dans le profilé en atelier).
Côté mise en oeuvre, les menuiseries équipées de DVI se posent comme les modèles classiques. Enfin, la fenêtre connectée reste accessible puisque le DVI coûte 20 euros l’unité.

 

Serrures et poignées connectées

Chez Roto Frank Serrures, la motorisation pilotant l’ouverture et la fermeture des fenêtres remonte à plus de dix ans. « Nous travaillons à la démocratisation de ces mécanismes pilotables sur place ou à distance », explique Romain Cancian, directeur des ventes chez Roto Frank Serrures. Ainsi, la marque propose la ferrure motorisée E-Tec Drive qui permet de commander les fenêtres à soufflet difficiles d’accès et de contrôler à distance la programmation d’intervalles d’aération. Il est aussi possible de coupler l’E-Tec Drive avec les contacteurs MVS (détecteur d’ouverture/fermeture intégré dans la ferrure) et MTS (contact de fenêtre pour commande du chauffage, de l’aération et de la climatisation).

Pour sa part, et grâce au système de communication normalisé KNX, Geze combine ses entraînements de fenêtre avec le module d’interface IQ box KNX. A la clé : des solutions flexibles de ventilation automatisée, connectée et contrôlée. IQ box KNX assure l’intégration directe des entraînements de fenêtre dans les systèmes de gestion de bâtiments utilisant le protocole KNX.

« À la différence d’actionneurs de communication standard, l’IQ box KNX fait appel à l’intelligence des entraînements en transmettant le statut de l’état des fenêtres dans le système de gestion du bâtiment », précise Claire Schilis, responsable marketing Geze France. « Avantage supplémentaire, cette solution permet une maintenance préventive ».

De même, la firme autrichienne Maco a mis au point M Tronic, un capteur multiposition intelligent qui détecte et informe de la position des fenêtres (verrouillé, ouvert, incliné). Situation identique pour La Croisée DS avec e-concept, une poignée connectée qui permet de connaître l’état de la fenêtre, sur place ou à distance grâce à un Smartphone.

 

Noval motorise les fenêtres

©Noval
©Noval

Spécialisée dans la motorisation intelligente et le contrôle des éléments fonctionnels du bâtiment, Noval travaille à la mise au point d’une fenêtre verticale motorisée. Ce tout nouveau concept, inspiré des vitres électriques d’une voiture, assure l’ouverture et la fermeture de la baie à l’aide d’une télécommande ou d’un Smartphone, sur place ou à distance. Plus particulièrement destinée au neuf, cette fenêtre sera tout équipée en usine.

Jouer la carte du digital ou mourir

La digitalisation au coeur du dernier symposium européen "Fenestra-Vision" de Swisspacer qui s'est tenu en octobre dernier à Salzbourg (Autriche) ©Swisspacer/Vetrotech Saint-Gobain (International) AG
La digitalisation au coeur du dernier symposium européen « Fenestra-Vision » de Swisspacer qui s’est tenu en octobre dernier à Salzbourg (Autriche) ©Swisspacer/Vetrotech Saint-Gobain (International) AG

Clairement formulé à l’issue du dernier symposium européen « Fenestra-Vision » de Swisspacer : le digital dans la construction est incontournable. C’est aussi, avec l’Internet des objets, une tendance prometteuse pour les entreprises de la fenêtre et de la façade.

 

Tous les experts s’accordent sur ce point : il est impossible de passer à côté de la digitalisation. « Digitize or die », jouer la carte du digital ou mourir, difficile d’être plus explicite. Mais si le grand public considère que la mode des bâtiments connectés est proche de son apogée, le marché ne sera véritablement prêt à accueillir ces nouveautés que dans environ cinq ans (étude Gartner).

« Nos maisons ne seront intelligentes que lorsqu’elles auront pleinement intégré nos comportements quotidiens », souligne Eckhard Keill, directeur général de Roto Frank AG. Avant d’y parvenir, d’importants aspects et risques doivent être pris en compte.

Les systèmes digitaux faciles à contrôler à distance doivent être dotés de protections efficaces contre le piratage informatique. La sécurité est d’ailleurs un argument de vente crucial pour les maisons intelligentes. « Les habitations dites technologiques vont devenir la norme », assure Eckhard Keill. A condition que les différents corps de métiers collaborent et que les environnements soient compatibles les uns avec les autres.

Connecter l’industrie de la construction

Ainsi Andreas Bittis, chef de produit chez Saint-Gobain Building Glass, évoque les solutions intelligentes comme les vitrages s’adaptant à la luminosité, mais surtout il met l’accent sur la communication entre les éléments de construction, les corps de métier et les utilisateurs. En la matière, il reste encore beaucoup à faire. « 17 applications différentes sont nécessaires pour faire fonctionner une seule fenêtre », souligne Eckhard Keill. « C’est beaucoup trop ! Tout doit être intégré en un seul et même système ».

Pour Jochen Wilms, fondateur et directeur général de W Ventures, « en Europe, le secteur de la fenêtre ne pourra plus bénéficier de la relative stabilité de ces dernières années », prévient-il. Et insiste aussi sur l’agilité du marché : en l’espace de cinq ans, Google, Facebook, Microsoft… ont acquis désormais plus de valeur que des poids lourds de l’industrie comme Shell ou Texaco. L’industrie de la construction pourrait bien connaître le même sort.

« L’Internet des objets sera bientôt 10 à 20 fois plus important qu’aujourd’hui », affirme Jochen Wilms. « Or, les entreprises du digital s’intéressent de très près à l’industrie de la construction ». Conséquence, des départements entiers pourraient disparaître. Selon lui, le secteur des fenêtres et façades porte une lourde responsabilité, car il permet de contrôler l’enveloppe des bâtiments. La planche de salut ?

Former une alliance stratégique au sein de l’industrie de la construction, afin de s’adapter aux bouleversements à venir. « Les compétences de tous les métiers sont nécessaires pour relever les défis interdisciplinaires à venir », affirme Winfried Heusler, vice-président senior chez Schüco. « L’association des environnements virtuels et réels va bouleverser l’industrie de la construction. A méditer.

Le nouveau système SimplySmart totalement automatisé de Schüco, et première gamme de ferrures totalement invisibles permettant une ouverture à 180°, grâce à l’intégration de la solution TipTronic, agit en silence pour l’ouverture/fermeture des fenêtres. La gestion motorisée TipTronic SimplySmart peut s’effectuer à l’aide de sondes de température, de vent, de pluie ou encore de CO2, capables de déclencher la fermeture automatique des ouvrants.

Cette automatisation est pilotée par commande locale, centralisée, par communication GTB (Gestion Technique du Bâtiment) ou depuis un Smartphone. Les fenêtres interagissent également suivant plusieurs scénarios.

 

Velux lance Velux Active with Netatmo

©Velux
©Velux

Le groupe danois dévoile Velux Active with Netatmo, dont le lancement est prévu au printemps 2018. Développée en partenariat avec la société Netatmo, un des référents français des objets connectés pour la maison, et grâce à des capteurs contrôlant le niveau de CO2, l’humidité et la température, cette solution contrôle automatiquement les fenêtres de toit, les stores extérieurs et les volets roulants motorisés de la marque. Le contrôle à distance est aussi possible sur Smartphone. Velux Active with Netatmo est compatible avec Apple HomeKit, permettant ainsi la gestion centralisée des différents produits et objets connectés de la maison.

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