Décrypter les labels et certifications

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"il bosco verticale" à Milan : écrin HQE dessiné par le Boeri Studio (prix d’architecture international Highrise Award 2014) avec 900 arbres plantés sur 8 900 m² ©V&MA

Outils de montée en compétences et gages de qualité, les certifications et labels portés par les organisations professionnelles et les organismes indépendants manquent parfois de lisibilité. Rencontre avec des experts qui s’efforcent de nous éclairer.

Jean-Luc Marchand, délégué général du SNFA : « Les démarches qualités s’inscrivent au coeur de notre mission »

Jean-Luc Marchand, délégué général du SNFA ©SNFA
Jean-Luc Marchand, délégué général du SNFA ©SNFA

«Quel est le rôle des organisations professionnelles telle que le SNFA en matière de certifications et labels ? »

Les démarches qualités s’inscrivent au coeur de notre mission, car il s’agit d’un enjeu qui concerne l’ensemble de la filière. Nous travaillons sur les référentiels, notre objectif étant qu’ils répondent aux attentes de nos adhérents.

«Quelle différence entre un label et une certification. Comment aider les professionnels à s’y retrouver ? »

Dans le secteur de la menuiserie extérieure, le paysage des démarches qualité est assez touffu. Les démarches qualité sont adaptées au positionnement des entreprises, qui conçoivent des systèmes, fabriquent et vendent à des réseaux, à celles qui fabriquent et posent et/ou fournissent les menuiseries, etc. La finalité pour le consommateur étant de profiter d’une menuiserie de qualité, bien posée.

Pour ce faire, chaque composant doit faire l’objet d’une démarche spécifique : le vitrage (Cekal), les profilés (NF Profilés), le traitement de surface (Qualicoat, Qualinod, Qualimarine), les mastics (label SNJF), les systèmes (via les DTA validés par le CSTB et le GS6), la fabrication (avec la certification NF Fenêtres, le label Fenêtrealu, etc.).

Les démarches qualité concernent également les entreprises avec Qualibat (fourniture et pose, fabrication et pose) et RGE (Reconnu Garant de l’Environnement). Attention, il est possible de trouver sur le marché une fenêtre CE avec les caractéristiques propres au marquage CE, qui ne répond pas aux exigences du DTA en France.

«Après le Label fenêtrealu – qui coexiste à côté de la certification NF Fenêtres – vous lancez le Label façadealu, pourquoi ? »

NF est une certification de performances, ce qui fait sa force, mais aussi sa faiblesse, car elle manque de souplesse. Le Label fenêtrealu fixe un référentiel. L’ensemble de la production de l’entreprise se doit d’y répondre et d’y être conforme. La conformité est auditée par Socotec, tierce partie indépendante de la démarche.

Le Label façadealu est une nouvelle démarche que nous lançons pour mettre en avant la compétence et la qualité des entreprises de façade pour l’ensemble de la réalisation de leurs ouvrages (conception, fabrication, installation).

Un référentiel complet a été élaboré, et le Label façadealu sera ainsi décerné après audit de Socotec, tierce partie indépendante. Le Label façadealu a vocation les architectes, les maîtres d’oeuvre pour des ouvrages sensibles qui ont une très grande influence sur les performances et les qualités du bâtiment.

«Quels sont les prochains axes d’amélioration ? »

L’amélioration de la qualité technique de la pose. Le secteur a beaucoup travaillé en faveur de la qualité des produits et des systèmes, les performances attendues par les clients finaux dépendent aujourd’hui des conditions de leur mise en oeuvre. Il ne s’agit pas seulement de la pose, mais aussi du diagnostic pour identifier le meilleur produit à mettre en oeuvre et par quelle technique.

3 questions à Laurent Doffin

Laurent Doffin, responsable du pôle certification fenêtres, fermetures et portes de garage au CSTB ©CSTB
Laurent Doffin, responsable du pôle certification fenêtres, fermetures et portes de garage au CSTB ©CSTB

«Quel est le rôle du CSTB ? »

Le CSTB a pour mission de garantir la qualité et la sécurité des bâtiments et d’accompagner les acteurs dans l’innovation. Traitée par un organisme indépendant et accrédité comme le CSTB, la certification des produits industriels est régie par le code de la consommation.

Les entreprises sollicitent le CSTB pour qu’il les évalue dans leur démarche de certification afin de valoriser la qualité de leur offre. Par ailleurs, le CSTB mène des travaux de recherche sur l’ensemble des sujets concernant le bâtiment.

Le fruit de ces travaux de recherche alimente les pouvoirs publics dans l’élaboration de leur politique et l’ensemble des acteurs qui souhaitent s’appuyer sur les compétences scientifiques. Enfin, il contribue au partage des connaissances au travers d’activités d’édition, de formation et de production de logiciels.

«Pouvez-vous nous présenter la marque NF et ses modalités ? »

La certification NF est une conformité à un référentiel de certification élaboré par un comité collégial. Elle suppose une évaluation du site de fabrication. Le menuisier établit un dossier technique et qualité que nous confrontons aux exigences du référentiel de la marque, puis nous réalisons des essais ainsi qu’un audit dans l’entreprise.

Ces essais nous permettent de valider les performances qui seront affichées sur chaque produit certifié. Le dossier, constitué à la lumière de ces différentes analyses, est présenté devant une commission qui propose le droit d’usage de la marque. Dans le secteur de la baie, la certification NF se décline en NF/QB Fenêtres, NF Fermetures et NF Portes de garage.

Il faut compter 2 à 3 mois minimum de délai pour l’obtenir en fonction des dossiers présentés. Une fois que le droit d’usage a été attribué, la société fait l’objet d’audits de contrôle tous les 6 mois, qui permettront de vérifier la constance de la fabrication et les performances produit. Le référentiel de certification suit les évolutions du marché et les innovations du secteur.

«Combien d’entreprises sont détentrices des certifications Fenêtres, Fermetures et Portes de garage ? »

A date, près de 190 entreprises sont titulaires de la marque NF Fenêtres, près de 40 pour la marque NF Fermetures et 5 de la marque NF Portes de garage. La certification concerne tous les types d’entreprise, de la TPE aux plus grandes entreprises.

Laura Ferry, chargée de communication VD-Industry : « VD-Industry a obtenu le marquage CE feu * »

Laura Ferry, chargée de communication VD-Industry ©V&MA
Laura Ferry, chargée de communication
VD-Industry ©V&MA

« Depuis Mars 2017, VD-Industry a obtenu le marquage CE feu, nous sommes les premiers en France ! Le 1er novembre 2019, le marquage CE sera obligatoire, avec une période de 3 ans devant faire coexister l’ancien système et le nouveau.

Les normes, certifications et labels représentent un gros investissement pour VD-Industry, nous y consacrons un budget important et une ingénieure à temps plein se charge de la veille normative, de la certification de nos produits et de notre société.

Jusqu’à aujourd’hui, pour commercialiser hors frontière, il fallait tester les produits selon la norme de chaque pays pour y être ensuite certifiés. Nous pourrons désormais vendre dans tout l’Espace Economique Européen sans contraintes. »

*Le marquage CE matérialise la Conformité Européenne (CE) d’un produit et s’appuie sur des normes publiées au journal officiel de l’UE.

Et dans le PVC ?

Le SNEP est porteur de la marque QualiPVC fenêtre, lancé en 2016, qui s’adresse aux menuisiers et assembleurs français. Les exigences du référentiel sont similaires à celles de Menuiserie 21. L’enjeu est de prouver une fabrication de qualité sous DTA et de traçabilité. Un cahier des charges est mis en place.

Les entreprises sont auditées par Socotec. QualiPVC fenêtre s’inscrit dans la démarche RGE. Les premières entreprises QualiPVC devraient être connues dans les semaines qui viennent. De son côté, Profialis gère une marque privée : « Profils de France ».

« Cette marque atteste d’une appellation, elle est destinée à communiquer sur l’origine des profils PVC, fabriqués et transformés en France, et de produits conçus, fabriqués et posés en France », commente Sylvain Gaudard, responsable communication de Profialis.

 

Vitrage : le rôle de Cekal

Nelly Philipponnat, présidente de cekal ©Cekal
Nelly Philipponnat, présidente de cekal ©Cekal

Cekal gère la certification des verres isolants, feuilletés et trempés suivant la norme européenne au niveau des produits et des process. L’organisme délivre des certificats aux fabricants de vitrage sur la base de contrôles et d’essais. Les entreprises qui entrent volontairement dans une démarche de certification s’engagent donc à respecter ces cahiers des charges.

« Les audits réguliers, réalisés par un organisme tiers, permettent de s’assurer qu’il n’y a pas de dérives dans le temps », commente Nelly Philipponnat, présidente de Cekal. Cekal a récemment engagé une démarche de clarification du périmètre des vitrages certifiés et procédé à la révision des certificats. Deux cahiers des charges, dédiés au vitrage isolant et au vitrage feuilleté, sont téléchargeables directement sur le site Internet cekal.com.

 

Les bâtiments HQE gagnent des parts de marché

R-Révolution Santé à Montpellier (34) : bâtiment HQE conçu par l’architecte Jean-Paul Meyran et réalisé avec les menuiseries Profils Systèmes Tanagra® et Pazco®©Richard Sprang – Profils Systèmes
R-Révolution Santé à Montpellier (34) : bâtiment HQE conçu par l’architecte Jean-Paul Meyran et réalisé avec les menuiseries Profils Systèmes Tanagra® et Pazco®©Richard Sprang – Profils Systèmes

Maillon français d’un réseau mondial, l’Alliance HQE-GBC se mobilise en faveur du cadre de vie durable. HQE™ est une démarche globale et volontaire pour la construction, rénovation ou l’exploitation des bâtiments. « Les certifications sont des outils pertinents pour accompagner la transformation du marché, car ils permettent, à travers un référentiel, de positionner les pratiques professionnelles usitées par rapport aux bonnes pratiques », indique Anne-Sophie Perrissin-Fabert, directrice de l’Alliance HQE-GBC.

En 2016, en France, 1 logement collectif neuf sur 4 est certifié HQE, plus de 14 % des bâtiments tertiaires neufs mis en chantier le sont aussi. « Les bénéfices sont réels, car ces bâtiments sont plus respectueux de l’environnement, plus agréables à vivre », commente-t-elle. Le nouveau cadre du référentiel a permis de mettre sur la table les sujets comme la transition numérique (avec le BIM, les objets connectés) et la qualité d’usage.

Parmi les projets de l’Alliance, l’analyse du cycle de vie des bâtiments rénovés est actuellement en phase d’expérimentation pour comprendre, avec les mêmes règles du jeu que l’expérimentation E+C- pour les bâtiments neufs, quels sont les enjeux environnementaux et de réduction carbone pour le parc existant. Est également à l’ordre du jour le devenir de la façade, à la fois connectée, mais aussi vecteur de biodiversité, etc.

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