Le bâtiment passe au BIM

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AGC crée ses objets BIM © ean-Michel Byl – AGC Glass Europe, 2016 – Architect : Kraaijvanger Architecten
AGC crée ses objets BIM © ean-Michel Byl – AGC Glass Europe, 2016 – Architect : Kraaijvanger Architecten

Objets BIM, maquette numérique, modélisation… le langage informatique investit le secteur et les premiers chantiers BIM sortent de terre. Objectif : réduction des coûts, de la conception, à la maintenance du bâti.

Si le secteur accuse un certain retard en France, notamment au regard des pratiques initiées dans les pays d’Europe du Nord, il semble que le processus BIM soit désormais bien engagé. Mais au fait, de quoi s’agit-il ? « Le BIM peut être défini comme un processus de collaboration entre tous les acteurs d’un projet et dans toutes ses phases », résume Emmanuel Di Giacomo, Responsable Europe développement des écosystèmes BIM chez Autodesk.

Il permettrait de réaliser des économies, de la conception à la gestion du bâtiment. « Amener tous les acteurs à travailler sur la même base en utilisant des formats communs doit fluidifier la communication et permettre d’identifier les problèmes en amont, au lieu de les découvrir sur le chantier », argumente Yann Pommaz, Responsable marché francophone d’Acosoft.

Or les dysfonctionnements sur les chantiers sont coûteux ! Ce n’est donc pas un hasard si les entreprises de construction s’emparent du BIM. En théorie, plus la maquette numérique, alimentée par les objets BIM et les données s’y rapportant, est étayée, donc intelligente, plus les projets seront précis, les bâtiments de qualité et leur maintenance facilitée ! En France, les acteurs du marché attendent l’uniformisation des formats.

« Le BIM est efficace, nous aimerions bien en développer l’usage », déclare Laura Ferry, Chargée de communication chez VD Industry, qui préfère mettre le sujet de côté dans l’attente de règles communes. Même réaction chez Profils Systèmes : « la définition des champs de données rattachés au produit est en cours de discussion, à date, la vraie solution BIM n’est pas encore aboutie », admet Éric Fonteneau, Responsable assistant technique chez Profils Systèmes.

L’offre en logiciels

Les grands éditeurs internationaux (Autodesk, par exemple, qui édite Revit, Advent avec ArchiCad) proposent des solutions généralistes pluridisciplinaires. À leurs côtés, une foule d’éditeurs locaux fournissent des solutions très pointues. Selon les métiers, les besoins diffèrent.

« Ainsi », explique Yann Pommaz, « alors qu’un maître d’œuvre se satisfait de Revit pour la conception, le bureau d’études aluminium jusqu’à l’entreprise de fabrication et de pose, utilisent notre solution Athena, qui s’avère être un meilleur chemin vers la précision nécessaire en 2D et 3D pour notre métier ». Chacun doit donc se renseigner et tester les logiciels avant de s’équiper. « C’est pourquoi nous proposons une phase de test gratuite d’une durée de 30 jours », ajoute Yann Pommas. Une manière de répondre aux besoins des entreprises dans un marché complexe.

Chez Allplan France, Charles Parissier, Responsable marketing, confie cibler « les architectes, les bureaux d’études de structure et béton armé, les gestionnaires de patrimoine et les entreprises générales ». Les poseurs de menuiserie peuvent opter pour BlueBeam Revu, un produit hybride qui permet « de suivre le chantier autour du format PDF et de travailler en temps réel en annotant les plans, par exemple », explique Charles Perissier. Cette solution de pré BIM représente un premier pas vers le collaboratif à un prix abordable (400 € HT).

Les gammiste remplissent leurs bibliothèques

Du côté des gammistes, tout l’enjeu est de proposer des objets BIM aux prescripteurs afin qu’ils puissent générer leur maquette numérique.

« Dans notre groupe, cette méthode de travail a démarré sur les marchés allemand et anglais dès 2010. En France, nous avons commencé à intégrer des objets conçus en interne pour alimenter une bibliothèque qui comprend 43 gammes de produits et qui est disponible sur plusieurs plateformes avec un niveau de détails très élevé. Il est également possible de créer des objets spécifiques », explique Alexandre Krupka, Responsable Projets et Promotion chez Schüco. La bibliothèque s’enrichit au fil de l’eau.

Technal s’est positionné assez tôt. « Nous avons découvert le BIM grâce aux Anglo-saxons qui nous ont sollicité pour des modélisations d’éléments de menuiserie en 3D », témoigne Bertrand Assenat, Directeur du développement informatique de Technal. Le gammiste a donc initié la création d’objets BIM, renseignés d’informations techniques, mis à disposition sur les plateformes Bimstore (utilisées au Royaume-Uni) et BIMobject®.

« Cette démarche est insuffisante, c’est pourquoi nous avons créé avec mes équipes, l’outil Tech3D® by Technal, un configurateur de menuiserie qui dispose de différents modules permettant notamment aux architectes de modéliser une façade Technal en 3D et de l’intégrer dans sa maquette numérique », ajoute Bertrand Assenat. L’outil devrait évoluer en 2017, notamment avec un lancement de l’application directement depuis un bouton dans Revit.

« L’avantage étant de permettre aux architectes de disposer d’un format natif Revit avec toutes les caractéristiques propres à un fond propriétaire et ainsi de gagner du temps », ajoute Bertrand Assenat. Wicona a démarré depuis deux ans la constitution d’une bibliothèque BIM au format Revit sur le Web, mise à la disposition des concepteurs de bâtiment pour une insertion directe dans leur projet.

Le gammiste bénéficie également d’un configurateur Wic3d, outil permettant de dessiner en 2D et en 3D des objets et réalisation de façades architecturales en aluminium. Profils Systèmes annonce la mise à disposition des Objets BIM de sa gamme Cuzco sur Revit au moment du lancement du produit. Les fabricants suivent.

« Nous avons souhaité accompagner le BIM sur nos produits différenciants avec notre gamme de menuiseries multimatériaux M3D et M3Ds. Nous sommes le 1er fabricant de menuiseries à avoir développer des menuiseries au format BIM », assure Florent Ardouin, Directeur communication et marketing du groupe Millet Industrie.

Lumicène s’est aussi lancé.  « Notre produit est complexe et dynamique, la maquette numérique facilite le travail de l’architecte qui peut paramétrer l’ouverture de Lumicène, le positionnement des stores et obtenir un rendu réaliste de la façade », commente Clément Salvaire, Directeur général de Lumicène, pour qui le BIM représente aussi un outil de diffusion et qui participe au Concours BIM Polantis.

Les verriers se mobilisent

Les verriers construisent également leurs bibliothèques. D’ailleurs, ils – AGC, Pilkington Glass Service et SGG – participent à un groupe de travail au sein de la CSPVP (groupement VIR) pour créer un dictionnaire « produit » commun à la profession. AGC travaille avec Polantis qui crée les objets (fenêtres) et les textures (verres laqués par exemple).

« Nous croyons fortement au développement du BIM, d’où la nécessité de créer nos produits virtuels ; aujourd’hui les plus demandés sont les vitrages isolants pour le résidentiel, les systèmes de façade, les garde-corps et les verres de protection incendie », précise Valérie Vandermeulen, Directrice communication et marketing AGC France.

Autre exemple, les objets BIM de Guardian ont été produits par l’Institut royal des architectes britanniques (RIBA) et chaque produit Guardian comporte deux types de fichiers associés : les composants et les matériaux, en formats IFC et Revit. Au final, en France, en l’absence de cadre et de norme, le BIM cherche encore ses marques.

« L’aspect visuel est géré, mais la donnée qui est pourtant le fer-de-lance de la méthode, a besoin d’un cadre, la profession y travaille et planche sur la définition des propriétés des objets », indique Alexandre Krupka. La livraison d’objet n’est qu’un début.

Le centre hospitalier d’Ajaccio : un chantier BIM

Le projet de 5 étages (R+4) s’étire sur deux bâtiments, pour une surface totale de 36 000 m². Le bâtiment est aux normes HQE.

  • Maître d’oeuvre : société INSO
  • Fabricant installateur : société FM BAIES (20) avec la participation de la société d’ingénierie EBSOR
  • Architecte : cabinet AART (75)
  • Menuiserie : Sepalumic par l’intermédiaire de son service Project fournit les modèles de menuiseries aluminium BIM
  • Livraison prévue : fin 2017

« Nous sommes très fiers de participer à ce premier chantier BIM, pour lequel nous avons fourni tous les modèles BIM à la maquette, notamment des châssis à frappe avec dormant adaptés à la pose ITI en applique », commente Martin Renaud, Chargé de marketing Sepalumic. Au total, 1 200 fenêtres  une dizaine de portes d’entrée lourdes, 55 coulissants et 25 murs-rideaux doivent être mis en œuvre.

À consulter !

Le site www.ffbim.fr, ouvert par la FFB le 1er décembre, présente et explique le BIM. Vidéo, témoignages d’entrepreneurs, exemples d’utilisation d’objet BIM, quizz, le contenu permet de se familiariser avec le processus. L’objectif de la FFB étant de le démystifier. Jacques Chanut, le président de la FFB, explique :

« le BIM, c’est avant tout une source d’opportunité qui aidera chaque acteur du bâtiment à être plus efficace et à mieux échanger avec les autres. Ce sera moins de temps passé à des tâches chronophages et sans valeur ajoutée. La 3D permettra une meilleure compréhension du projet. Le BIM contribuera également à une meilleure gestion des interfaces ».

SnapKin, nouveau service de modélisation 2D/3D

La réalisation d’une maquette numérique à partir d’un nuage de points peut s’avérer chronophage. Après 4 ans de R&D, la start-up montpelliéraine SnapKin a développé le premier service de modélisation 2D/3D, qui convertit, en quatre étapes seulement, un nuage de points issus des scanners 3D Faro, Trimble, Leica, Google Tango, Real Sense, Structure.io.

« Dédié au marché de la réhabilitation et de la rénovation en amont des travaux, notre service évite aux intervenants de revenir sur le chantier en cas d’erreurs de prise de cote, par exemple », commente Jérémy Guillaume, Cofondateur de SnapKin.

Le service SnapKin délivre alors une maquette de l’intérieur des bâtiments, aux formats Revit, DWG ou IFC, compatibles avec la plupart des logiciels, ainsi que le plan d’architecte. Snapkin vise ainsi à réduire les opérations manuelles et à simplifier l’activité des architectes, des bureaux d’études, des géomètres etc, leur permettant de se recentrer sur leur cœur de métier.

Bloc in Bloc rend les maquettes « BIM Ready »

La jeune start-up nantaise Bloc in Bloc propose une application simple et ergonomique qui permet de visualiser en réalité augmentée une maquette 3D, en toute mobilité, sur tout support numérique et sans connexion Internet. « Nous récupérons les données d’une maquette et nous proposons un outil de consultation ergonomique, simple d’accès, et utilisable sur les chantiers », explique Laurent Bartholomeus, Cofondateur de Bloc in Bloc. La maquette intègre des filtres métiers, afin que chacun utilise les données dont il a besoin.

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