Architecture : quand l’esthétique défie la technique

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"The Opus" imaginé par l’architecte irako-britannique Zaha Hadid (disparue en mars 2016) : 6 000 m² de verre teinté courbé au coeur de Dubaï ; la dynamique de ses lignes architecturales repousse les limites technologiques réalisables. Débutée en 2012, la construction s’est achevée en octobre 2017 par les travaux sur l’enveloppe ©Zaha Hadid Architects

Lorsque le ciel et les nuages envahissent les façades pour les embellir, les architectes touchent au sublime… les verriers, de leur côté, réalisent des prouesses techniques pour que ce scintillant habit de lumière ne nuise pas au confort intérieur.

Globalement, en France, Sophie Weckx, porteparole de Guardian, observe deux tendances : « soit le bâtiment en verre se veut hyper neutre et transparent, soit le verre doit être un peu plus réfléchissant pour permettre à la façade de jouer avec son environnement. Le bâtiment devient alors un mirage dans le paysage ».

Certaines réalisations, récentes, sont déjà emblématiques : « la Philharmonie d’Hambourg montre ce qu’il est possible de faire avec le bombage du verre. A Bordeaux, la Cité du Vin reste une belle référence en France, avec une utilisation de verre très transparent combiné à un verre de couleur dorée », ajoute Sophie Weckx. Pour répondre aux enjeux techniques, tout comme aux désirs esthétiques des architectes, les projets actuels font appel à plusieurs types de solutions.

Mixer les vitrages de contrôle solaire…

L’esthétique des façades est en partie créée par le reflet de leur environnement. Pour illustrer cette tendance, Philippe Grell, directeur marketing & technique de Pilkington Glass Service, évoque « la Tour la Marseillaise, où ont été mis en oeuvre des vitrages de contrôle solaire de différents indices ». Légère et transparente, cette tour haute de 135 m, propose des bureaux avec vue sur la mer. Jean Nouvel l’a imaginée pourse fondre dans le paysage et
pour donner un nouveau style à la cité phocéenne, avec ses lignes épurées et sa haute technicité.

A Rome, le siège de la banque BNL-BNP intègre également cinq verres de contrôle solaire différents. Avec une surface globale de 75 000 m², cet immeuble de douze étages et quatre sous-sols, réalisé par BNP Paribas Real Estate, sur un projet du cabinet d’architecture 5+1AA, présente un design original et innovant. L’immeuble, classe Leed Gold, accueillera jusqu’à 3 300 postes de travail. Ici aussi, « en fonction des heures et de la météo, l’immeuble reflète le ciel », rappelle Sophie Weckx.

… Et privilégier les « extra clairs »

« Le Tribunal de Grande Instance de Paris – sis en bordure de la Zac de Clichy et signé Renzo Piano NDLR – montre bien la volonté qu’ont actuellement les architectes et les bureaux d’études de marier les exigences esthétiques aux performances énergétiques et environnementales », explique Franck Lefebure, responsable du marché façades pour Saint-Gobain Habitat. Ici, la façade comprend différentes compositions. L’enjeu étant de répondre aux besoins de confort et d’efficacité énergétique de chaque partie du bâtiment, tout en conservant l’harmonie de l’ensemble.

Pour y répondre, SGG Cool-Lite ST Bright Silver confère à la façade son aspect brillant. Ce verre a été utilisé en simple vitrage pour la peau extérieure de la façade double peau, et assemblé en verre feuilleté avec la couche contre l’intercalaire PVB pour la façade en simple peau. Pour garantir le confort thermique et acoustique, la peau intérieure est dotée d’un vitrage isolant SGG Climaplus XN Silence.

Précisément, la façade simple peau intègre trois types de double vitrage. Afin d’assurer l’homogénéité esthétique du bâtiment, les ailes bénéficient d’un verre feuilleté composé d’un verre sérigraphié SGG Seralit Protect Cool-Lite ST Bright Silver avec la couche assemblée contre le PVB, ainsi que d’un deuxième SGG ST Bright Silver avec une couche également assemblée contre le PVB.

« La façade change de couleur et d’aspect selon le temps et la lumière du jour, cette recherche de transparence donne un côté vivant au bâtiment », commente Isabelle Pires, chef de marché tertiaire & cloisons Saint-Gobain Glass Bâtiment France. Vitrine du savoir-faire de Saint-Gobain, la nouvelle tour qui abritera son siège social, se veut aussi emblématique.

Conçue par l’agence Valode et Pistre comme une grande sculpture cristalline qui joue avec la lumière, elle se décline en trois éléments : un « corps », et deux rhomboèdres (la tête et les pieds). Le prisme qui occupe le pied du bâtiment abrite notamment le showroom. La coiffe, plus grande, accueillera des salles de réunion, des lieux de rencontre au milieu de jardins en gradins. Ici, le choix s’est porté sur une façade VEA qui maximise la transparence.

Montée en température

Dans la cité arlésienne, le nouveau bâtiment de la Fondation Luma, conçu par Franck Gehry, témoigne également de l’engouement pour les verres extra clairs. « Ce bâtiment présente un caractère exceptionnel. Le transformateur verrier, AGC IVB à Troyes, a proposé Stop Ray Silver extra clair, au look métallique ainsi que des verres coupe-feu extra blancs, hautement transparents », indique Valérie Vandermeulen, responsable marketing & communication d’AGC.

« L’enjeu étant de favoriser les reflets de la lumière et du soleil sur la paroi ». L’idée rappelle le style propre à l’architecte, mais a nécessité des adaptations techniques. « Il a fallu trouver des produits adéquats et développer notamment des joints de scellement qui résistent à de fortes températures », ajoute-t-elle. En toiture, le choix s’est porté sur Ipasol 25-17, qui conjugue un facteur solaire et une transmission lumineuse particulièrement basse.

« Compte tenu de l’ensoleillement et des températures élevées en été, la contrainte était forte, d’autant qu’il n’y a pas de climatisation, une sérigraphie blanche a donc été ajoutée », précise Valérie Vandermeulen. Enfin, un verre très réfléchissant a été installé pour cacher le béton à certains endroits. « La tour déstructurée et sculpturale de Franck Ghery doit réfléchir un maximum de lumière », résume-t-elle. Au total, au moins 5 000 m² de verre ont été commandés pour ce projet.

Ligne épurée

Vitrocsa qui a développé un savoir-faire inédit dans la fenêtre minimaliste est consulté par les architectes pour des projets aussi variés qu’atypiques. « Les architectes viennent visiter notre showroom avec leurs clients, la discussion s’engage alors avec nos ingénieurs », déclare Pascal Sébayhi, PDG de Vitrocsa. Ce fabricant propose des produits techniques permettant d’envisager 18 m² de vitrage d’un seul tenant. Plusieurs produits sont déclinés – coulissant,pivotant, à guillotine – les trois pouvant être mixés, l’idée étant de faire entrer un maximum de lumière dans le bâtiment.

« Nous travaillons en commun avec les architectes afin de les accompagner et optimiser techniquement la mise en place du projet », explique Pascal Sébayhi. « Avec des vitrages lourds, les contraintes techniques sont réelles, mais pas plus complexes que celles à régler avec une structure en béton » argumente-t-il.

Et ça marche ! Ingrid Taillandier, architecte DPLG, dirigeante d’ITAR architectures, témoigne : « la finesse de ces menuiseries les rendent exceptionnelles, elles sont également remarquables par les hauteurs de verre envisageables ». Cette architecte a fait appel à Vitrocsa pour plusieurs projets et notamment pour la transformation d’un garage en un bureau, un logement et un jardin.

Son défi ? Exploiter toutes les lignes fortes du bâtiment préexistant – un garage industriel des années 1930 – pour faire émerger une nouvelle identité. La coupe en verre devait être très pure pour contraster avec la structure en béton, massive. Cerise sur le gâteau, « au niveau du patio, l’ouverture des vitrages en angle et les seuils invisibles – offrant la continuité du matériau de sol, le marbre – amplifient la relation extérieur/intérieur », se félicite Ingrid Taillandier. Finesse, continuité, ouverture, des mots magiques pour un architecte !

Intercalaire warm-edge, l’accessoire esthétique

Le chantier du nouveau TGI de Paris témoigne de la compatibilité entre les deux exigences, les performances techniques et l’esthétique, compte tenu de la hauteur du bâtiment (160 m) et de l’exposition des solutions verrières au vent et aux températures. « Notre client Glassolutions Coutras y a mis en oeuvre des intercalaires TGI-Spacer M de grande dimension (avec les lames d’air de 22 et 24 mm) de couleur RAL 7035 gris clair », indique Victor Arnaud, responsable produit de Technoform Glassinsulation (TGI).

Répondant ainsi à une contrainte d’uniformisation esthétique. Car au-delà de leurs performances thermiques, les espaceurs warmedge peuvent donc aussi faire la différence au plan esthétique. « Nous apportons à nos clients une solution sans raccordement visible, puisque le raccordement s’opère dans l’angle », précise de son côté Alain Monribot, responsable commercial France d’Edgetech. En évitant les traits de jonction, l’intercalaire assure un cordon continu.

TGI de Paris

  • Architecte : Renzo Piano Building Workshop
  • Façade double peau :
    • peau extérieure en simple vitrage feuilleté SGG Stadip Protect Cool-Lite St Bright Silver avec la couche positionnée en face intérieure pour l’aspect brillant,
    • peau intérieure en vitrage isolant SGG Climaplus Xn Silence pour le confort thermique et acoustique.
  • Façade simple peau :
    • SGG Climaplus avec un verre feuilleté SGG Stadip Protect composé de deux verres de contrôle solaire :
      • SGG Cool-Lite St Bright Silver assemblé avec la couche contre l’intercalaire PVB pour l’esthétique,
      • SGG Climaplus Protect Cool-Lite SKN 054 sur substrat extra-clair SGG DIAMANT
    • SGG Cool-Lite Xtreme 60/28 pour les performances solaires et thermiques,
    • SGG Climaplus Protect One sur substrat extra clair SGG Diamant

 

Ce gigantesque puzzle en 3D intègre les Super Spacers® TriSealTM d’Edgetech ©Zaha Hadid Architects
Ce gigantesque puzzle en 3D intègre les Super Spacers® TriSealTM d’Edgetech ©Zaha Hadid Architects

Cube ou glaçon flottant sous le soleil du désert, « chef-d’oeuvre architectural et technique, fascinant à tous points de vue » pour Daniel Zhang, responsable des ventes Edgetech/Quanex en Chine : « chacun des 4 544 volumes verriers formant le vide bleu sombre est une pièce unique réalisée sur-mesure, constituée dans leur grande majorité par un double vitrage isolant courbe. Seul un intercalaire souple pouvait répondre aux exigences d’imperméabilisation et d’aspect, et garantir des performances exceptionnelles sous un climat extrême ».

Connectées à leur vibrante métropole par de spectaculaires installations de Leds commandées individuellement, les façades transparentes des deux tours rectangulaires sont constituées de double vitrage isolant traité anti-U.V. et de points colorés imprimés de différentes tailles, réduisant l’énergie solaire emmagasinée et l’éblouissement.
Outre Edgetech, des équipes de différentes spécialités ont ici apporté leur expertise, comme celles du façadier Alu Nasa, des consultants de Koltay Façades à Dubaï, de Pilkington Glass et du fabricant de verre isolant Shennanyi, lequel a développé une technologie spéciale pour cintrer à chaud et tremper le verre (chauffe du verre à 700°C, trempe après moulage et refroidissement au moyen de buses à air comprimé pour augmenter la résistance à la rupture).
Les plaques composées de 8 mm de verre à faible émissivité (enduit à l’intérieur), 16 mm de vide entre les vitrages, 6 mm de verre transparent, 1,52 mm de laminé coloré en PVB et encore 6 mm de verre transparent ont été fabriquées par Pilkington Chine. Le choix du verre a fait l’objet d’un long processus de sélection et de modélisation, où les calculs ont porté sur les données de résistance à la compression, à la traction et à la flexion pour les vitrages courbes…
A 71 m d’élévation, les tours se rejoignent en une passerelle parasismique ; sur 38 m, les plaques en double vitrage isolant et cadre aluminium montées sur une structure en acier, ondoient élégamment. À elle seule, cette partie du bâtiment pèse 1 000 tonnes. Plus de 10 000 profilés en aluminium cintrés individuellement ont été livrés du Danemark et des Pays-Bas.

 

Guardian cherche à inspirer …

En lançant la plateforme Guardian Inspiration, le verrier propose un portefolio en ligne dédié aux architectes et qui présente des projets. Interactive, la plateforme permet aux internautes de partager leur expérience.

« Nous n’avons pas encore assez de recul pour pouvoir nous prononcer sur les retours de Guardian Inspiration, mais nous continuons en tous cas à travailler activement pour étoffer la liste de projets », déclare Sophie Weckx.

 

7 000 m² de verre pour un éclairage naturel

Campus Sartorius de Göttingen : les verres Okasolar S d'Okalux assurent un confort thermique et visuel élevé ©Okalux
Campus Sartorius de Göttingen : les verres Okasolar S d’Okalux assurent un confort thermique et visuel élevé ©Okalux

La nouvelle construction de Bünemann & Collegen permettra d’augmenter de 25 000 m² les capacités du principal fournisseur international de produits pharmaceutiques et de laboratoire Sartorius. Le bâtiment situé sur le campus Sartorius de Göttingen en Allemagne, a été conçu selon les normes du Conseil allemand du bâtiment durable. Il comprend un hall de production de deux étages, des bureaux et un bâtiment en béton armé dédié au développement des produits.

Un atrium en verre, dans lequel se trouve l’entrée principale, relie les deux zones. Le but étant d’utiliser la conception de ce complexe pour communiquer les valeurs d’ouverture et de durabilité. En plus d’un bilan écologique positif, ce bâtiment offre des conditions de travail agréables à ses utilisateurs, notamment au plan thermique et au niveau visuel avec près de 7 000 m² de verre. Le verre Okasolar d’Okalux notamment, a été choisi pour ses performances et sa capacité à assurer un éclairage uniforme, renforcé grâce à la protection solaire intégrée.

 

Une liaison verre/pierre

Comment créer un ensemble harmonieux et lumineux et fondre dans un même ensemble, façade et volets, constitués du même parement en pierre attachée ? Telle est la question à laquelle les équipes dédiées à l’habitat collectif de Maine Fermetures (groupe Maine) ont dû répondre pour prendre part à la réalisation d’un bâtiment de 41 logements de standing dans le 15e arrondissement de Paris.

« Il a d’abord fallu réduire le poids des volets selon la réglementation en vigueur puis assurer une isolation par l’extérieur, le tout soumis au contrôle rigoureux de l’Atex », commente Zébouniça Rebours, chargée de communication du groupe. Pour ce projet, Maine Fermetures a conçu un panneau de pierre Paloma de 5 mm sur une structure nid d’abeille en aluminium avec deux peaux de fibre de verre d’une épaisseur totale de 20 mm.

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