Pour relever
les défis fixés par la réglementation thermique 2015, les menuiseries
deviennent de plus en plus techniques et leurs montants complexes.
Tous les
professionnels le martèlent : la performance énergétique d'une fenêtre ne
dépend pas des seuls profilés, mais de l'ensemble des éléments composant le
produit, soit le cadre ET le vitrage. En 2009, pour obtenir le crédit d'impôt,
les contribuables doivent justifier d'une fenêtre PVC affichant un coefficient Uw
inférieur ou égal à 1,4 W/m2.K ; ou d'une fenêtre en aluminium
affichant un coefficient Uw inférieur ou égal à 1,8 W/m2.K. Fabricants
et gammistes travaillent donc main dans la main pour atteindre ces bons
résultats, voire les dépasser comme l'exige la RT 2015. Les profilés en PVC
bénéficient pour l'instant des propriétés intrinsèques du matériau, qui
"naturellement" isole, mais les industriels devront revoir leur copie
avant 2015. Le secteur de l'aluminium y travaille déjà.
Plus de chambres dans les
cadres PVC
Du côté du PVC, les services R&D ont du pain sur la planche. La
maison passive, ou le bâtiment peu énergivore de demain, avec une consommation
de 50 kwh/an/m2, nécessite des menuiseries "très"
isolantes. Certes, le PVC enregistre de bons résultats, mais le secteur a vécu
sur ses acquis. Pour gagner en performances, les profilés PVC auront « tendance
à s'épaissir ou à intégrer des parois réfléchissantes à l'intérieur pour
refléter les infrarouges » annonce Philippe Macquart délégué général
de l'UFME (Union des fabricants de menuiseries extérieures). Aujourd'hui deux
solutions sont mises en œuvre. « Nous optimisons nos profilés en jouant
sur le nombre de chambres, avec deux chambres de 11 mm chacune par exemple,
l'air ne tournois plus » explique Eric Brun, responsable marketing
opérationnel d'Atlantem. Autre piste, le renforcement de la structure. « Comme
en aluminium, le profilé PVC a besoin d'être renforcé, mais il va falloir
éviter l'utilisation de renfort en acier trop conducteur et qui dégrade donc le
coefficient du profilé » ajoute Marie-Jeanne Houdusse, chef de produit
menuiserie chez Franciaflex. Au vrai, les fabricants sont à l'affût des solutions
proposées par les gammistes. Si le renfort acier est toujours d'actualité,
d'aucuns espèrent le voir disparaître.
Le point sur les perspectives du marché
Après l'optimisation thermique des années 2000
(notamment pour répondre aux exigences de la RT 2005), les fenêtres n'ont pas
connu d'évolutions majeures. C'est du moins ce que constate le cabinet TBC, Générateur
d'innovation, dans son étude sur les fenêtres : "Le marché français,
les tendances technologiques et les évolutions prévisibles de la baie à
l'horizon 2012" (novembre 2008). Pour qualifier les progrès réalisés à
l'époque et les bons résultats obtenus, les auteurs n'hésitent pas à déclarer
« Un tel degré de maturité technologique souligne la fin du cycle
d'innovation ». Mais quid d'un nouveau ? Les exigences thermiques
étant plus contraignantes, TBC parie d'une part sur la progression des menuiseries
mixtes (Alu-PVC) et de l'autre sur le développement de l'isolation par
l'extérieur, qui devrait contribuer à modifier les gammes.
La solution est dans la mixité pour
l'aluminium
L'aluminiumest un matériau
naturellement conducteur. Plus sa masse est fine, moins il est exposé à l'air
extérieur et plus la performance thermique est optimisée. Cherchant à corriger
le défaut de l'aluminium, les industriels ont diversifié leurs profilés en
insérant des barrettes de rupture de pont thermique. Ces barrettes existent
depuis longtemps sur le marché, mais elles ont épaissi au fil des ans. Ainsi,
indique Pierre Cotté, responsable norme et réglementation thermique chez
Technal, « les barrettes utilisées au début des années 2000 mesuraient
7 mm d'épaisseur, aujourd'hui elles mesurent 17 mm, voire 22 mm et sont plus
efficaces ». Actuellement en polyamide, elles seront peu à peu remplacées
par des barrettes en PVC. Eric Marsaglia, responsable du bureau d'études de
Kawneer, évoque « l'intégration de la rupture de pont thermique à
l'endroit précis où elle sera la plus efficace, position qui diffère selon la
dimension du profilé et sa forme ». Il mentionne également l'apport
d'éléments nouveaux pour corriger la donne, comme l'arrivée des mousses qui
empêchent la convection. « Il ne faut pas se leurrer »,
remarque Philippe Macquart, « l'aluminium représente 19 % du marché des
fenêtres, il est utilisé pour ses performances mécaniques et son potentiel
esthétique, mais les industriels doivent faire évoluer leur système technique
pour atteindre le niveau des exigences en matière de performances énergétiques ». L'avenir
est dans la mixité des profilés qui seront demain composés d'une paroi
aluminium à l'extérieur et d'une structure PVC ou bois à l'intérieur. Pour
l'heure, l'un des produits mis en avant à Equip'Baie en novembre dernier,
"Satin Road®" de Profils Systèmes, un profilé aluminium à
rupture de pont thermique par barrettes polyamides (de 22 à 38 mm sur le
dormant, de 28 à 36 mm sur les ouvrants) dédié aux châssis coulissants atteint
avec un double vitrage un coefficient Uw de 1,6 W/m2K. Équipé d'un
triple vitrage, il atteint même la valeur de 1,4 W/m2K. « Or,
pour les coulissants, la RT 2005 fixe comme valeur de référence 1,8 W/m2K »,
souligne Aymeric Reinert, directeur du bureau d'études de Profils Systèmes. Pour
mettre ce produit au point, l'industriel a mis l'accent sur trois points :
l'augmentation de la surface vitrée, l'augmentation de l'épaisseur du vitrage
(32 mm au lieu de 28 mm) et l'intégration de trois chambres. L'augmentation de
la surface vitrée a comme conséquence directe la diminution de celle du
profilé. Ce qui impose d'autres contraintes comme l'utilisation d'un dormant à
coupe droite qui permet de grignoter deux centimètres environ et le choix de la
quincaillerie, le cadre est équipé de la serrure multipoint la plus petite du
marché.
L'augmentation de la surface vitrée sert un meilleur éclairage naturel. « Or,
en matière de performances énergétiques, si l'aspect isolation est important,
la lumière naturelle l'est aussi.L'approche ne peut donc être que globale »
résume Pierre Cotté. C'est toute la démarche de l'ouvrant caché. En privilégiant
des cadres minces, qui gagnent en profondeur plutôt qu'en face vue, les
industriels cherchent à améliorer le facteur solaire. D'autres pistes sont
explorées comme l'influence du laquage sur les résultats. Les recherches portent
sur la maîtrise du rayonnement de la chaleur. Le vitrage se caractérisant par sa
basse émissivité, pour réduire l'émission de chaleur, la composition du laquage
recouvrant le cadre doit être modifiée. Idem pour la couleur. Le blanc absorbe
peu alors que le noir absorbe beaucoup. « Si on parvient à mettre au
point une couleur foncée qui absorbe moins, le profilé chauffe moins »
explique Pierre Cotté. Des travaux ont été menés en ce sens chez Technal sur
cinq couleurs, mais la demande du marché porte sur une cinquantaine de teintes
« Les recherches ont abouties, mais rien n'est industrialisable, car
les coûts seraient trop élevés pour une demande restreinte »,
indique-t-il encore.
Reste que le chantier est ouvert, les fabricants
s'efforcent de modifier les composants de leurs profilés pour optimiser leurs
résultats.
V.M.
Crédits photos : Franciaflex - Internom Fenêtre SAS - Socredis