Marquage CE des fenêtres : un délai supplémentaire
« CE » n'est pas un gage de qualité, mais
une sorte de passeport pour permettre aux produits de circuler en Europe,
intra-muros. Rendu
obligatoire en 2010, le marquage CE des fenêtres exige un contrôle administratif
contraignant, sans pour autant apporter une valeur commerciale aux menuiseries.
Le
marquage CE des fenêtres arrive et s'il ne va pas révolutionner le secteur, il
entraîne quelques contraintes. Le consommateur a maintenant pris l'habitude de
consulter les étiquettes de performances énergétiques apposées aux produits
"blancs". La fiche "Energie" indique le niveau de
consommation d'énergie (de la classe A la plus économe, à la classe G, la moins
économe), l'efficacité du produit, sa capacité, son niveau de nuisance
sonore. Demain, un même genre d'étiquette sera accolée aux fenêtres vendues dans
l'espace européen. Initialement rendu obligatoire pour 2009, le marquage CE des
fenêtres bénéficie d'un report d'une année et ne le sera qu'à compter du 1er
février 2010 précisément. La décision de reporter l'application de la norme NF
EN 14 351-1 a été prise en novembre dernier par les partenaires européens, pour
permettre aux fabricants de qualifier leurs gammes. Le marquage CE exige en
effet des essais sur chaque gamme de produits. La demande était telle que les
laboratoires sont engorgés. À ce jour, tous les acteurs du marché ne sont donc
pas prêts à marquer leurs produits. Le délai est le bienvenu. Et la profession se
mobilise.
Une obligation réglementaire
Le marquage CE est la
conséquence directe de la directive européenne sur les produits de
construction. Son objectif est de favoriser l'adoption d'un langage commun par
les acteurs du marché européen. Ainsi, selon la norme NF EN 14 351-1, les
menuiseries extérieures doivent répondre à 6 exigences : résistance
mécanique et stabilité ; hygiène, santé et environnement ; sécurité
d'utilisation ; protection contre le bruit ; économie d'énergie et
isolation thermique ; sécurité incendie. C'est pourquoi le marquage CE
correspond à l'affichage des caractéristiques du produit sur une étiquette, qui
atteste de leur conformité à ces exigences. C'est au fabricant (ou à
l'importateur) de témoigner que ses produits sont conformes aux exigences des
spécifications techniques. Le marquage s'applique aux fenêtres fabriquées et
vendues à un tiers qui les pose. Il ne concerne pas les fabricants qui se
chargent eux-mêmes d'installer leurs menuiseries. Ceux-là sont totalement
responsables du chantier. Le marquage concerne les revendeurs qui sont donc désormais
censés vérifier que les produits qu'ils achètent et qu'ils vendent sont bien
conformes aux exigences européennes. Un artisan qui a pour habitude de vendre et
poser des produits selon les directives d'un gammiste est tenu au marquage
CE. En revanche, si le même chef d'entreprise conçoit et fabrique un produit
dédié à un ouvrage exceptionnel, il ne l'est pas pour ce chantier. Le marquage
est déclaratif et obligatoire. Le fabricant est également tenu de mettre en
place un système de contrôle de sa production en usine, et ce système doit être
documenté. La déclaration de conformité établie par le fabricant est accompagnée
d'un dossier technique avec, pour la procédure de type 3, un ou des rapports
d'essais AEV ainsi que la valeur des performances thermiques et acoustiques
délivrés par un organisme notifié.
Avis d'expert : Philippe Macquart délégué général de l'UFME (Union des fabricants de menuiseries extérieures
Un atout pour la profession ?
« Le
marquage CE est un droit de passage, qui permet aux produits de circuler en
Europe. Il ne représente en aucun cas un gage de qualité. La norme européenne
EN 14351-1 est tellement peu exigeante que le marquage CE qui en découle
devient immédiat et moins contraignant en termes de performances des produits
que ne l'est la certification. Pour obtenir une certification, les industriels
investissent et font contrôler leur production par des organismes tiers, et ce
de manière aléatoire. Les certifications sont donc obtenues sur les
performances réelles. Au contraire, avec le marquage CE et l'auto-déclaration
des performances, celles-ci ne sont pas garanties. Elles sont vérifiées lors
des essais de type initiaux, mais quid des procédés de fabrication dans les
différentes usines ? Bref, on fait croire que les performances ont été
contrôlées, et c'est faux. Nous risquons donc d'assister à une baisse de la
qualité des produits. Pour le reste, le marquage CE ne pose pas de problèmes à
nos adhérents puisqu'ils sont quasiment tous certifiés ».
Des essais initiaux moins
fiables que la certification
À la différence de la certification volontaire, le
marquage CE répond à un besoin réglementaire. Il justifie la légitimité d'un
produit à être commercialisé. Il peut résulter d'une certification, mais ce
n'est pas obligatoire. Les industriels qui bénéficient de certifications de
produits ou d'un label qualité l'obtiennent automatiquement puisque les
exigences remplies sont supérieures à celles qui sont demandées par le
marquage. Dans les autres cas, le fabricant doit soumettre un échantillon à des
essais d'évaluation techniques, dits "initiaux". Soit il fait faire
l'essai, soit il utilise les résultats de ceux du gammiste. Ces essais ont lieu
une seule fois.Ils ne sont ni répétitifs ni aléatoires. Leur valeur est donc
moindre que celle des essais dédiés à une véritable certification qualité. Le
fabricant de fenêtres doit au préalable définir la gamme candidate au marquage
(et ses déclinaisons avec les tailles, le nombre de vantaux...), puis
sélectionner un échantillon présentant les moins bonnes performances. C'est cet
échantillon qui subit l'essai de type initial. Lorsqu'un fabricant se sert des
systèmes marqués CE par un gammiste, il doit observer quelques règles de bon sens. « La
norme prévoit que le fabricant peut utiliser les essais de type initiaux
appliqués à la gamme, sous réserve qu'il utilise tous les éléments
(quincaillerie, joints) propre à cette gamme, on admet alors que cet essai est
transféré en cascade » explique Jean-Luc Marchand, délégué général du SNFA
(Syndicat national de la construction des fenêtres, façades et activités
associées). Ainsi, témoigne Pierrick Letanneur, chef de produit portes et
fenêtres chez Technal, « nos clients qui assemblent nos systèmes
peuvent s'appuyer sur nos documents pour mettre en avant le marquage CE ». Mais,
précise-t-il : « les artisans doivent suivre nos recommandations
et n'utiliser que les éléments composants nos systèmes ». Lors des
essais de type initiaux réalisés, l'étanchéité du système est par exemple
testée, mais le résultat n'est valable que pour tel profilé, équipé de tel
joint d'étanchéité. Si le menuisier utilise un profilé provenant d'un système et
des accessoires différents de ceux que préconise le gammiste, le marquage n'est
plus valable, il peut être considéré comme faux. Le coût des essais étant
prohibitif pour les plus petites entreprises, l'homologation via les essais en
cascade représente en outre une solution économe.